« Picasso et la guerre » explore l’œuvre et les archives personnelles d’un artiste militant

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Le Musée de l'armée, aux Invalides, à Paris, propose jusqu'au 28 juillet 2019, une exposition qui explore de façon inédite les différentes manières dont la guerre a nourri et a eu des répercussions sur l’œuvre de Pablo Picasso, tout au long de son parcours artistique.

Une exploration inédite de l’influence de la guerre sur son œuvre

De la guerre d’indépendance cubaine à la guerre du Vietnam qui s’achève deux ans après son décès, Picasso (1881-1973) a été le contemporain de conflits majeurs. Les conflits armés ont ponctué son existence. Espagnol résidant en France de 1901 à son décès en 1973, il n’a paradoxalement jamais participé activement à une guerre, ni même été soldat. Libéré de l’obligation de service militaire, l’artiste a vécu les guerres du XXe siècle en tant que civil. Considéré comme un repère fondamental et célébré dès la Libération comme artiste résistant et militant, ses prises de position politiques lui confèrent un rôle inédit dans l’Histoire.

Parcours de l’exposition

Picasso, né en 1881 et mort en 1973, a été le contemporain de conflits majeurs. Si l’artiste ne s’est jamais engagé en tant que soldat, il a vécu les guerres du XXe siècle en tant que civil, en tant qu’Espagnol et en tant qu’Espagnol résidant en France.

La relation de Picasso à la guerre est complexe. Les représentations de conflits sont très rares dans son œuvre, et ses prises de positions publiques sont ponctuelles au regard de ses quatre-vingt-douze années d’existence et de ce XXe siècle marqué par deux guerres mondiales, la guerre froide et les conflits liés à la décolonisation.

Comment Picasso parvient-il à toucher ses contemporains par son œuvre et ses moyens picturaux, au-delà des cercles artistiques, et à écrire l’histoire de son époque ? L’une de ses œuvres, Guernica, est devenue l’icône universelle du pacifisme. La toile monumentale peinte par l’artiste dans les jours qui suivent le bombardement de la ville basque, le 26 avril 1937, scinde le siècle de Picasso en deux : dans sa relation à la guerre, il y a un avant et un après Guernica.

Pablo Picasso (1881-1973), Étude pour le cheval (II). Dessin préparatoire pour « Guernica », Paris, 1er mai 1937, Madrid, Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofia.

La fabrique de la peinture d’histoire

Formé aux côtés de son père, José Ruiz y Blasco (1838-1913), ainsi que dans différentes écoles et académies des Beaux-Arts (La Corogne, Barcelone, Madrid), Picasso suit l’enseignement classique d’un artiste du XIXe siècle où la hiérarchie des genres domine encore, donnant la prééminence à la peinture d’histoire. Pendant sonenfance et sa période de formation, la guerre et ses motifs sont présents dans son œuvre (croquis et scènes de batailles). Il développe dès son plus jeune âge un intérêt pour l’histoire de son pays, marqué par les conflits traumatiques de la fin du XIXe siècle.
Exempté de l’obligation de service militaire, Picasso se rend à Paris en 1900, au moment de l’Exposition universelle. Ses premiers engagements, en faveur d’anarchistes espagnols avec la signature du « Manifeste de la colonie espagnole résidant à Paris » en 1900, et sa participation à la manifestation contre l’exécution de Francisco Ferrer en 1909, sont peut-être à l’origine de son engagement pacifiste.

Pablo Picasso (1881-1973), Épisode de la guerre contre les Français, Barcelone, vers 1896, Barcelone, Museu Picasso, dation Pablo Picasso, 1970.

En marge de la Première Guerre mondiale

Alors que les prémices du premier conflit mondial touchent les Balkans en 1912, la guerre frappe pendant l’été 1914 la France, où Picasso réside désormais. Ses plus proches amis partent au front. En tant que ressortissant d’un pays neutre, l’artiste n’est pas mobilisé. Fait remarquable, Picasso ne représente pas ce conflit d’une ampleur inédite. Absorbé par les recherches formelles menées sur le cubisme, la figuration d’inspiration cézannienne, puis pointilliste, Picasso paraît dissocier complètement son art des événements en cours, et particulièrement de la guerre qui bouleverse le continent européen.
Elle surgit toutefois sous des formes inattendues, non en tant que motif esthétique, mais dans des documents privés, voire intimes, qui révèlent son soutien à la France comme l’attention soucieuse qu’il porte à la situation de ses proches. Au fil des mois, la figure d’Arlequin, déjà présente pendant la période rose principalement, s’impose à nouveau dans son art.

Pablo Picasso (1881-1973), « Bouteille et journal », 1913, Dublin, National Gallery of Ireland, Bequeathed Evie Hone.

De l’inaudible à l’indicible : Guernica

Les années 1930 voient Picasso s’affirmer dans le champ politique. Si la montée des fascismes en Europe trouve d’abord peu d’échos visibles dans son œuvre et sa vie, son amitié avec le poète Paul Éluard, proche du Parti communiste, et la relation amoureuse qu’il entretient avec la photographe et militante antifasciste Dora Maar à partir de 1935, l’engagent à prendre des positions publiques. Soutien officiel du Front populaire en France, puis surtout du Frente Popular en Espagne, élus en 1936, il est plongé dans l’engagement politique à la faveur du drame que représente, pour l’Europe, et intimement pour Picasso, la guerre d’Espagne. Cette guerre civile, terrain d’entraînement des régimes autoritaires, symbole prophétique, comme chacun le perçoit du conflit mondial à venir, signifie aussi pour Picasso un exil définitif hors de sa terre natale. Engagé auprès des Républicains, Picasso multiplie les marques de soutien et continue à le faire auprès des Espagnols obligés de fuir leur pays après la victoire du camp du général Franco en 1939.

Pablo Picasso (1881-1973), « La Femme qui pleure », Paris, 18 octobre 1937, Paris, Musée national Picasso-Paris, dation Pablo Picasso, 1979.

La guerre dans l’atelier

Pablo Picasso (1881-1973), L’homme au mouton, Paris, 1er mars 1943, Paris, Musée national Picasso-Paris, dation Pablo Picasso, 1979.

La Seconde Guerre mondiale constitue un moment de repli pour Picasso qui demeure dans son atelier. Après l’invasion de la Pologne, la France et le Royaume-Uni déclarent la guerre à l’Allemagne nazie le 3 septembre 1939. En août, il retourne à Paris, dans son atelier des Grands-Augustins où il demeure pendant toute la durée de l’Occupation et se consacre à son art. Il multiplie les moyens d’expressions : de ses carnets aux fragiles sculptures, de ses écrits aux peintures, l’utilisation de couleurs sombres et les motifs des crânes et le thème de la mort font écho à la période de l’Occupation. L’atelier est toutefois un lieu de réunion pour ses proches et pour la communauté espagnole. Ainsi en 1944, lors de la Libération de Paris, ce sont les soldats américains qui se rendront dans l’atelier de Picasso.

Camarade Picasso

Resté à Paris pendant toute l’Occupation, Picasso devient une célébrité à la Libération. Le 5 octobre 1944, le journal L’Humanité annonce son adhésion au Parti communiste français.
Qu’il s’agisse de commémorations ou d’expositions liées à la Seconde Guerre mondiale, Picasso répond aux sollicitations et commandes qu’il reçoit du Parti ou d’associations qui en sont proches.

L’immédiat après-guerre est marqué par le début des conflits liés à la décolonisation et, à partir de 1947, la guerre froide divise le monde en deux camps opposés. Le Parti communiste français suit dès lors la ligne de Moscou. Artistes et intellectuels communistes font de la paix leur thème de prédilection dans leur combat contre l’impérialisme américain. Picasso occupe une place à part. Il met son image au service du Parti et répond à diverses commandes.

Il est aussi une personnalité, au poids symbolique essentiel. Toutefois, il conserve son style distinct du réalisme socialiste, ce qui lui vaut des critiques internes au mouvement.

Pablo Picasso (1881-1973), « Crâne, oursins et lampe sur une table », Antibes Paris, 27 novembre 1946, Paris, Musée national Picasso-Paris, dation Pablo Picasso, 1979.

Contre la guerre, pour la paix

Depuis la réalisation de l’affiche du premier congrès mondial des partisans de la paix en 1949, le motif de la colombe est décliné sous des formes variées et connaît une diffusion internationale. Picasso, artiste de la colombe, est considéré comme celui de la paix, d’autant que l’URSS lui décerne par deux fois le prix de la paix en 1951 et 1962.
Parallèlement, Picasso reçoit les commandes de deux grands décors architecturaux. Véritables odes à la paix, ils sont l’illustration de la violence du mal et de la guerre face à la quiétude du bien. Ainsi, installé à Vallauris, Picasso réalise, en 1952, deux ensembles de panneaux, où guerre et paix se font face, pour l’ancienne chapelle du château de la ville transformée en chapelle de la guerre et de la paix. En 1958, il compose, d’autre part, La Chute d’Icare pour le nouveau siège de l’UNESCO.

« La colombe qui fait boum », 1950, Nanterre, La Contemporaine – musée des mondes contemporains.

Peinture d’histoire, l’histoire en peinture

Dans l’euphorie de la Libération, Picasso dessine une bacchanale d’après Le Triomphe de Pan de Nicolas Poussin (24-28 août 1944). L’artiste puise une inspiration renouvelée dans l’œuvre de Poussin, David, Goya, Delacroix et Manet, et recourt à la peinture d’histoire aux grandes heures de sa faveur alors que des conflits débutent, en particulier pendant la guerre froide et à l’occasion de la décolonisation. Première dans la hiérarchie des genres jusqu’au XIXe siècle, la peinture d’histoire représente des sujets nobles propres à élever l’esprit, puisés dans les sources bibliques, mythologiques ou historiques. Alors que le genre perd sa prééminence dans le XXe siècle des avant-gardes, la coïncidence entre la peinture d’histoire et l’Histoire en cours est remarquable chez Picasso. Si ces œuvres ne sont pas à proprement parler engagées, elles inscrivent l’art de Picasso dans la tradition picturale classique et confèrent, par le biais de la réinterprétation, une distance au tragique des événements.

Pablo Picasso (1881-1973), « Massacre en Corée », Vallauris, 18 janvier 1951, Paris, Musée national Picasso-Paris, dation Pablo Picasso, 1979.

L’exposition en vidéo

Programme complet et les manifestations autour de l’exposition

musee-armee.fr


Informations pratiques

Hôtel national des Invalides
129, rue de Grenelle – 75007 Paris.
Tél: +33 (0)1 44 42 38 77

Horaires et tarifs
Tous les jours de 10h à 18h (sauf les 26-27 avril et le 1er mai).
Du vendredi 5 avril 2019 au dimanche 28 juillet 2019.

Conditions d’accès :À partir de 12€ (gratuit pour les moins de 18 ans).


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