« Torques et compagnie » exposition au Lattara-musée Henri Prades

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Cette exposition révèle la richesse et la complexité de la culture gauloise via 350 objets de la collection du musée d’Épernay. Elle vient également en contrepoint de ce que l’on connaît sur le littoral méditerranéen aux mêmes périodes, présenté dans les collections permanentes du musée archéologique Henri-Prades sous l’intitulé « Lattara, port gaulois en Méditerranée ».

Torques et compagnie, cent ans d’archéologie des Gaulois

Explorée depuis le XIXe siècle, la craie champenoise a livré un nombre considérable de nécropoles généreuses en objets qui ont aidé les générations successives d’archéologues à forger des références partagées pour construire et reconstruire l’image des Gaulois.
D’abord convoités pour leurs qualités antiques et esthétiques, les torques – colliers rigides faits de bronze ou d’or – tout comme les fibules – broches indispensables à maintenir les étoffes – les bracelets, ou encore les armes mis au jour en Champagne sont rapidement considérés comme des indices incontournables pour concevoir la chronologie de l’âge du Fer européen.
Replacées dans leur contexte de découverte, à l’échelle de la tombe, du site ou du territoire des Celtes de Champagne et d’Europe, parures, armes mais aussi céramiques se révèlent alors utiles non seulement pour comprendre l’organisation des sociétés de l’âge du Fer, pour cerner leur répartition géographique mais encore pour discuter leur évolution au fil des siècles.
Après une présentation au musée de Bibracte et au musée du Pays Châtillonnais – Trésor de Vix, l’exposition Torques et compagnie est visible pour la première fois dans le sud de la France, sur le Site archéologique Lattara – musée Henri Prades. Elle révèle la richesse et la complexité de la culture gauloise via 350 objets de la collection du musée d’Épernay. Elle vient également en contrepoint de ce que l’on connait sur le littoral méditerranéen aux mêmes périodes, présenté dans les collections permanentes du musée archéologique Henri Prades sous l’intitulé : Lattara, port gaulois en Méditerranée. L’opportunité de présenter cette collection de biens archéologiques du musée d’Épernay permet de prolonger le propos du musée Henri-Prades pour apporter aux visiteurs une vision encore plus précise de la civilisation gauloise, qu’ils découvrent dans toute sa complexité.
Cette exposition conçue en partenariat par Bibracte et le musée du Vin de Champagne et d’Archéologie régionale d’Épernay a été adaptée par le Site archéologique Lattara – musée Henri Prades.

Quelques torques des nécropoles de la Marne conservés au musée du vin de Champagne et d’archéologie régionale de la ville d’Epernay, datés du Ve au IIIe siècle avant notre ère.

Une exposition incontournable à la compréhension de l’âge de fer en Europe

Explorée depuis près de deux siècles, la craie champenoise fournit aux vestiges du passé des conditions de conservation et de détection exceptionnelles. Aux générations successives d’archéologues qui l’ont fouillée, elle a livré un nombre considérable de nécropoles généreuses en objets qui les ont aidées à forger des références partagées pour construire et reconstruire l’image des Gaulois. D’abord convoités pour leurs qualités antiques et esthétiques, les torques – colliers rigides faits de bronze ou d’or – tout comme les fibules – broches indispensables à maintenir les étoffes – ou encore les bracelets et les armes mis au jour en Champagne sont rapidement considérés comme des indices précieux pour concevoir la chronologie de l’âge du Fer européen.

Né du dynamisme des fouilleurs champenois, le musée de la ville d’Epernay conserve aujourd’hui une collection riche de plus de 100.000 objets, devenue incontournable pour l’étude et la compréhension de l’âge du Fer en Europe. Actuellement soumis à un ambitieux programme de rénovation en vue de sa réouverture à l’horizon 2019-2020, le musée d’Epernay s’associe à Bibracte pour remettre en lumière ces collections trop longtemps soustraites aux regards du public.

En rassemblant près de 350 objets et archives parmi les plus emblématiques de cette collection, l’exposition itinérante Torques et compagnie invite à parcourir les grandes étapes de l’histoire de l’archéologie en Champagne : collectionneurs du XIXe siècle et amateurs de beaux objets, fouilleurs qui, au début du XXe siècle, élaborent les premiers outils pour enregistrer leurs observations sur le terrain, archéologues qui s’intéressent pour la première fois, dans les années 1950, aux sites d’habitat et aux objets du quotidien, conservateurs et spécialistes qui réexaminent méthodiquement les collections et données de leurs prédécesseurs à l’aune des découvertes récentes, autant de contributions qui racontent aussi les Gaulois de Champagne.

Les six principales étapes du parcours

Les Gaulois dans la craie

Sous ses étendues cultivées, bordées à l’ouest par le vignoble et les plaines de la Brie, au nord-est par les reliefs boisés des Ardennes et au sud par le plateau de Langres, la Champagne « crayeuse » fournit aux vestiges du passé des conditions de conservation exceptionnelles. Le contraste de couleurs et de textures de la terre noire sur la craie blanche facilite aussi la détection des vestiges archéologiques qui révèlent une occupation humaine plusieurs fois millénaire, étonnamment dense à l’âge du Fer, l’époque des Gaulois.

XVIIIe et XIXe siècles : retours aux sources

Effleurée dès le XVIIIe siècle, l’archéologie champenoise connaît un extraordinaire essor à partir des années 1860. De nombreuses nécropoles celtiques sont découvertes au gré des explorations de paysans désœuvrés ou de riches notables passionnés d’antiquités, stimulés par l’attrait du bel objet. Torques, fibules, épées et poignards de la Marne alimentent de prestigieuses collections privées, immortalisées par des albums richement illustrés, sortes de musées de papier. Ils contribuent aussi à donner naissance au Musée des Antiquités nationales et aux musées locaux comme ceux de Reims et de Châlons-en-Champagne.

L’identification des trouvailles reste longtemps hasardeuse et les datations confuses. A la fin du XIXe siècle, l’archéologie locale consolide pourtant ses fondements, se nourrissant des avancées de la discipline à l’échelle européenne et l’alimentant en retour. Les objets emblématiques des Gaulois sont clairement identifiés – à l’image du torque, ce collier rigide en bronze ou en or dont le nom est hérité des auteurs antiques – et les collections champenoises servent de référence aux plus grands savants d’Europe pour élaborer une chronologie fine de l’âge du Fer.

1900-1940 : un essor inattendu et Favret, l’abbé archéologue

Au début du XXe siècle, l’abbé Favret s’impose comme explorateur infatigable des nécropoles celtiques des environs d’Epernay et de Châlons. Il s’initie à la fouille en 1904 à Saint-Memmie (Marne), où il découvre un étonnant vase en forme d’oiseau. Cet objet atypique deviendra plus tard l’emblème du musée d’Epernay.

Torques en bronze, fibules, pendeloque, bracelets et boucles d’oreilles
en bronze, perles en verre bleu, vases en céramiques de la tombe 56 de
Villeneuve-Renneville, « Le Mont Gravet » (Marne). Première moitié du Ve
siècle avant notre ère. © Bibracte, A. Maillier / Collections du musée
d’Epernay.

Entre 1910 et 1914, l’abbé fouille plus de 600 tombes gauloises, en compagnie du peintre Amaury Thiérot et du capitaine Léon Bérard. Ce dernier met à profit son sens de l’observation aiguisé et la rigueur de ses notes prises sur le terrain. Dans une Champagne ravagée par la guerre, Favret poursuit ses recherches.

En 1923, il découvre une vaste nécropole à Chouilly, au lieu-dit « Les Jogasses ». Favret y distingue deux groupes de sépultures, dont un livre des objets plus anciens que ceux des nécropoles marniennes connues jusqu’alors. Cette découverte donne un tour nouveau à la carrière de Favret et à la compréhension des sociétés qui peuplaient la Champagne il y a 2.500 ans. Les objets collectés par Favret viennent enrichir les collections de la ville d’Epernay, qu’il contribue à mettre à disposition du public au sein du musée archéologique municipal, inauguré en 1931 dans les sous-sols de l’hôtel de Ville.

1930-1970 : le temps des décapages et le tandem Brisson / Lopin

La génération suivante est marquée par la contribution remarquable d’André Brisson, agriculteur passionné d’archéologie, qui explore pendant 40 ans les terres de Champagne. Avec André Loppin, ce virtuose du maniement de la sonde et de l’interprétation des vestiges fouille des nécropoles déjà connues et en dévoile de nouvelles. Il pratique le décapage intégral de plusieurs d’entres elles, comme à Villeneuve-Renneville, à Villeseneux, à Fère-Champaenoise, ce qui lui permet d’analyser finement l’organisation des espaces funéraires. Soucieux du détail, il note scrupuleusement toutes ses découvertes et constitue ainsi des archives d’une qualité telle qu’elles peuvent encore être exploitées aujourd’hui.

Détail des torques de Villeseneux «La Barbière» (Marne), IIIe siècle avant notre ère.

Brisson étudie la répartition géographique des torques et en conclut que chaque peuple gaulois se distinguait par des modèles spécifiques : torques à tampons chez les Rèmes, torques à décor « ternaire » pour les Tricasses et les Sénons. Il s’intéresse aussi aux vestiges d’habitat ignorés jusqu’alors et met en lumière les objets du quotidien. Au fil de ses fouilles, il rassemble plus de 10.000 objets, d’abord exposés chez lui à Ecury-le-Repos. Déposés au musée d’Epernay, ils sont finalement achetés en 1951 par l’Etat et la municipalité d’Epernay pour garantir leur conservation sur place.

1970-2000 : de nouvelles dynamiques archéologiques en Champagne

Compagnons de route de Brisson pour ses dernières fouilles et la préparation de la réouverture du musée d’Epernay, Jean-Jacques Hatt, conservateur et universitaire à Strasbourg, et Pierre Roualet, instituteur natif d’Epernay, mènent avec ténacité la reprise de la documentation accumulée et la publication des fouilles anciennes. Ils réexaminent les collections à l’aune des résultats de fouilles récentes, discutent les calages chronologiques et accueillent une nouvelle génération de chercheurs. Les céramiques notamment sont au cœur des préoccupations : l’étude de leur décor, de leur répartition géographique et des techniques de fabrication révèle à la fois l’originalité des artisans gaulois et les influences qu’ils reçoivent de Méditerranée.

2000-2017 : contrepoints contemporains

Le parcours de l’exposition est ponctué par l’évocation de découvertes très récentes qui, sur le terrain ou en laboratoire, apportent un nouvel éclairage sur les collections anciennes du musée d’Epernay. Depuis quinze ans, le développement de l’archéologie préventive multiplie en effet les opportunités d’explorer les vestiges du passé et de préciser l’organisation des sociétés de l’âge du Fer. Les campagnes de la Champagne celte dévoilent par exemple un maillage serré et évolutif de fermes. A la périphérie de Troyes (Aube), le domaine funéraire champenois s’enrichit de la découverte à Lavau, par l’Inrap, d’une exceptionnelle tombe princière qui met en évidence l’existence d’une aristocratie inconnue jusqu’alors en Champagne. Char, bijoux en or et luxueuses pièces de vaisselle méditerranéennes permettent d’attribuer au « prince de Lavau » un prestige bien supérieur à celui des défunts déjà richement parés des cimetières de la Marne.
Enfin, de nouvelles études, lancées sur les collections du musée dans le cadre du chantier de préparation de sa réouverture, donnent accès à des informations insoupçonnées conservées dans les objets, telles ces céramiques qui, derrière leur apparence commune, livrent les secrets de la cervoise gauloise à qui sait lire l’altération de leur paroi.

Crédits photos : © Bibracte, Antoine Maillier / Collections du musée du vin de Champagne et d’Archéologie régionale, Ville d’Épernay.


Informations pratiques

Tarifs
Plein tarif : 4,00 €
Tarif Pass Métropole : 3,00 €
Tarif réduit : 2,50 € (enfants et adolescents de 6 à 18 ans résident hors Montpellier Méditerranée Métropole, achat simultané de 10 entrées ou plus, visiteurs munis de la City card)
Entrée gratuite le premier dimanche de chaque mois.

Horaires
Semaine : 10h-12h et 13h30-17h30.
Samedis, dimanches et jours fériés : 14h-18h et 14h-19h à compter du 1er avril.
Fermé le mardi et les 1er mai, 14 juillet et 15 août.

Site archéologique Lattara – musée Henri-Prades
390, route de Pérols – 34970 Lattes
Tél. : 04 67 99 77 20.


A lire

Conférence Archéologie à Lattara : d’Henri Prades à nos jours, jeudi 15 novembre

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