Agnès Robin : les nouvelles orientations culturelles pour Montpellier

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Agnès Robin, adjointe déléguée à la Culture et la Culture scientifique à la Ville de Montpellier © Virginie Moreau.

Les enjeux culturels sont nombreux à Montpellier, entre les tiraillements concernant l’art contemporain et le devenir du MOCO, les revendications des artistes montpelliérains, les travaux portant sur le Carré Sainte-Anne, la création éventuelle d’un Musée de la Connaissance, la candidature de la ville au patrimoine mondial de l’Unesco, les nouvelles ambitions concernant les ZAT, et la programmation estivale, qui doit être décidée ces jours-ci… Agnès Robin, nouvelle adjointe à la Culture et à la Culture scientifique, issue de la société civile, a reçu l’HJE dans son bureau, à l’Hôtel de Ville, le 29 juillet, pour évoquer tous ces sujets. Interview complète…

La nouvelle politique culturelle municipale, en bref

Agnès Robin : « Nous avons une philosophie universaliste de diffusion et de partage de la connaissance auprès du public. Selon nous, tout le monde doit pouvoir bénéficier de la connaissance, qui est une barrière contre l’obscurantisme et la pauvreté. Nous souhaitons « utiliser » la culture pour nouer du lien social. »

Quels sont les changements envisagés concernant l’art contemporain à Montpellier ?

« L’art contemporain a véritablement trouvé sa place dans la ville, notamment à La Panacée, dédiée jusqu’à présent au numérique. La création d’une structure comme le MOCO était nécessaire. Sa composition en trois parties (Ecole nationale supérieure des beaux-arts, Panacée et MOCO) est aujourd’hui actée. Nous ne souhaitons aucunement sacrifier cette nouvelle institution et sommes conscients du dévouement des équipes qui y travaillent. Néanmoins, nous souhaitons faire procéder à un audit pour comprendre son coût et sa faible fréquentation. Nous souhaitons ouvrir le MOCO en direction des habitants pour qu’ils se l’approprient. Pour cela, il faudra créer des liens plus forts avec les écoles, les collèges, les lycées. Nous ne voulons pas que l’art contemporain reste destiné à une poignée d’initiés. La médiation est une nécessité pour aborder l’art contemporain. Nous pourrions largement la développer. L’idée globale de notre politique culturelle est de nouer un lien social. Nous entamons également une réflexion autour de la création d’une collection au MOCO. De plus, partant du constat que le Fonds Régional d’Art Contemporain Occitanie-Montpellier a des locaux trop restreints pour exposer convenablement sa collection, nous pourrions envisager, avec l’accord de la Région, de mettre en valeur ce fonds, au MOCO ou ailleurs. Nous sommes en bonne entente avec la Région, mais rien n’est acté. »

Le MOCO.

Les artistes montpelliérains et de la métropole auront-ils à l’avenir une place plus importante dans la programmation des lieux d’art montpelliérains ?

« Ils sont déjà exposés à l’espace Bagouet et à Saint-Ravy (salle réservée aux artistes débutants). Nous voulons nouer des relations partenariales avec les universités pour qu’elles accueillent de jeunes talents et leur réservent des temps d’exposition. Nous devrons créer une réelle synergie entre les universités et la mairie. Par ailleurs, nous voulons dédier aux artistes des lieux, même temporaires, pour développer leur projet en prenant le temps, car le temps de la création – comme le temps de la recherche scientifique – est important. Cela vaudrait aussi bien pour des compagnies de danse que des artistes plasticiens. Les résidences pourraient s’accompagner de temps d’échanges avec le public scolaire et donner ensuite lieu à des expositions ou spectacles, selon les disciplines. L’idée serait de créer l’événement autour de ces résidences d’artistes, de rendre les choses plus dynamiques et innovantes. Nous insistons sur l’importance des espaces et temps d’échanges avec les élèves, qui pourront ainsi comprendre comment un artiste travaille. Cela créera de la visibilité pour les artistes et un lien dynamique avec les habitants. »

Une vue du Carré Sainte-Anne.

Qu’en est-il du Carré Sainte-Anne ?

« Il est fermé depuis deux ans pour des travaux qui, à ma connaissance, n’ont pas encore débuté ! C’est très ennuyeux ! C’était un lieu d’exposition magnifique. Nous sommes attristés de cet immobilisme et voudrions demander un petit audit pour savoir en quoi consistent ces travaux de rénovation. A l’avenir, notre souhait serait d’y redévelopper une activité artistique ; de le transformer si possible en atelier où des artistes pourraient créer puis exposer une partie de l’année. »

A quand le retour du théâtre à l’Opéra Comédie ?

« Nous sommes conscient que la scène de l’Opéra Comédie est un espace restreint qui ne permet pas d’accueillir de grosses formations. La réintégration du théâtre dans ce lieu devra être faite de manière appropriée. Notre maire a rencontré le directeur du théâtre Molière de Pézenas. Dans le cadre des 400 ans de la naissance de Molière en 2022, nous pourrions imaginer de voir jouer des pièces de Molière dans ce lieu. Nous vérifierons également la  faisabilité technique de ce projet. »

L’opéra Comédie © Office de tourisme de Montpellier.

La création d’un Musée de la Connaissance a été évoquée par votre équipe lors de la campagne des municipales. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce projet ?

« Il nous tient beaucoup à cœur. Là aussi, nous voulons créer des partenariats avec les universités, si elles le souhaitent, pour monter des expositions scientifiques dans des lieux de la Ville. Il faudrait selon nous que les collections des universités soient davantage mises en valeur. Nous allons rechercher des financements et solutions pour opérer cette valorisation dans un lieu non encore défini. Aucun périmètre précis n’est encore fixé ; tout dépendra de ce qui figure dans les collections. Comme le maire l’a annoncé à la presse le 30 juillet, la ville va présenter sa candidature au patrimoine mondial de l’Unesco. Montpellier pourrait ainsi être identifiée par sa tradition historique d’art et de sciences. Le Musée de la Connaissance pourrait renforcer ce projet de classement. Cet énorme chantier de la candidature à l’Unesco est porté par Boris Bellanger, adjoint délégué au Patrimoine historique et à l’Ecusson. Tous nos services transversaux alimenteront le dossier de candidature. Je le répète, Montpellier est une ville de sciences et d’arts. Nous estimons que les habitants doivent en profiter. C’est un vrai enjeu de société. Si l’on souhaite éloigner l’obscurantisme, il faut amener la connaissance. Comme le font les conférences de l’Agora des Savoirs, d’ailleurs. Avec les enjeux climatiques et environnementaux, les citoyens s’emparent aujourd’hui de plus en plus de la recherche scientifique (sciences participatives). On le voit notamment à la Maison des Sciences de l’Homme, avec la Boutique des sciences, où les citoyens échangent avec des scientifiques pour faire avancer la réflexion. Nous voulons défendre le fait que la connaissance n’est pas uniquement institutionnelle, mais aussi citoyenne. »

En quoi consistera le soutien au street art qui a été annoncé ?

« Nous disposons de nombreuses possibilités. Jusqu’à présent, la Ville ne s’en était pas emparée. Nous pourrions proposer aux artistes urbains montpelliérains d’exposer au MOCO à l’occasion d’un événement dédié. Le street art est spontané, vivant. Soit dit en passant, il pose des questions juridiques passionnantes. On pourrait aussi envisager de faire un parcours street art dans la villle, d’intégrer le street art dans les ZAT, ou même, pourquoi pas, de créer un festival spécial art urbain. »

Justement quelle est la nouvelle ambition concernant les ZAT ?

« Les ZAT, créées en 2010, arrivent à leur terme, qui était initialement de dix ans. Nous souhaitons réimpulser cette initiative, sous ce nom ou sous un autre. Peut-être faut-il les repenser afin de renouer avec l’esprit d’origine, qui était de créer un dialogue entre les artistes et les associations de quartiers, quel que soit leur domaine. Nous voulons aller plus loin dans le tissage de lien social. »

Le maire a annoncé qu’une programmation estivale était à l’étude pour cet été. Pouvez-vous préciser ?

« Nous travaillons dessus actuellement. L’idée est d’apporter notre soutien à des artistes en leur permettant d’investir de façon allégée l’espace public extérieur. Le tout dans des conditions sécurisées sur le plan sanitaire. L’Etat avait lancé l’appel à projets national Quartiers d’été dans les quartiers prioritaires. Nous sommes en train d’opérer une sélection parmi des projets qui n’ont pas pu se faire dans ce cadre afin de les intégrer dans la programmation estivale de la ville. »

Agnès Robin, adjointe à la Culture et la Culture scientifique de la Ville de Montpellier © Virginie Moreau.

Agnès Robin, quel est votre parcours ?

« Je suis universitaire, enseignante-chercheur, maître de conférences à la faculté de droit de Montpellier, spécialisée dans le droit de la propriété intellectuelle et le droit du numérique, responsable des masters 1 et 2 de droit de la propriété intellectuelle et droit du numérique. »

Quels liens entretenez-vous avec la culture ?

« Ma délégation recouvre la culture et la culture scientifique, ce qui est, à mon sens, une excellente synthèse des domaines que j’ai pu enseigner et étudier au cours de mes recherches. Le droit de la propriété intellectuelle, c’est au fond le droit de la création, qu’elle soit littéraire, artistique, patrimoniale, ou technique et scientifique (propriété industrielle). Le droit du numérique impose la transversalité des domaines. A titre personnel, l’appétence de ma famille pour la musique a généré en moi une grande curiosité en ce domaine. J’apprécie beaucoup la danse contemporaine, j’ai pratiqué le théâtre lorsque j’étais étudiante, je m’intéresse aux arts plastiques et graphiques, à la photographie. Et j’ai une grande curiosité pour l’histoire des sciences, la sociologie des sciences, l’épistémologie. »

Propos recueillis par Virginie MOREAU
vmoreau.hje@gmail.com

1 réponses

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  1. A propos de l’Art de la rue ou Street Art : Vandalisme pour les uns, expression digne de figurer dans les musées pour les autres, l’art urbain a toujours été marqué par l’ambivalence.
    Né dans les années soixante de part et d’autre de l’Atlantique, il hérite aussi bien de la publicité que des avant-gardes politiques. Porté par une poignée d’artistes conceptuels ou frondeurs en rupture avec l’institution et le marché, il s’affirme également comme la quête de reconnaissance des laissés-pour-compte.
    Irrévérencieux, sulfureux voire insurrectionnel, il n’évite pas toujours le mercantilisme ni les sirènes de la commande publique.
    Regardé comme un délit lorsqu’il se déploie dans la rue, il est célébré dans les galeries d’art et les musées…
    Ces oeuvres urbaines, par définition éphémères, essayent de vous restituer la diversité d’une forme d’expression toujours controversée malgré une histoire de près de cinquante ans, où se mêlent graffitis, œuvres conceptuelles, happenings et contre-propagandes.
    Je rejoins donc Nicole Bourriaud sur le fait que l’Art de la rue se doit de rester dans la rue et non dans des lieux tels que des musées ou des centre d’art contemporain.

    UCE – FSC/P.34 – .
    Médias/Actualités/Editions.
    Philippe Maréchal.

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