Art Brut : Jano Pesset, « Une oeuvre c’est du temps apprivoisé »

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Jano Pesset habite et travaille aujourd’hui dans la Vallée de Chevreuse. L’histoire « singulière » de cet artiste ne débute pas à Saintes le 3 août 1936 – sa date de naissance officielle – mais chez sa grand-mère à Orgibet, dans les Pyrénées et cette Occitanie qu’il affectionne tant. Là, gamin, il observe, découvre la nature, joue avec les bois de noisetier et les tiges de lierre. L’époque est à la guerre et Jano Pesset passe une grande partie de son enfance, dans cette campagne où il garde les vaches et sculpte des formes imaginaires avec son petit canif.

A la Libération, à Bordeaux, son CAP d’ajusteur en poche, il côtoie la vie urbaine qu’il n’aime guère. Il désertera le sud-ouest pour Paris en 1957. A 21 ans à peine, il découvre la capitale où il sera successivement ajusteur, « intervalliste » aux studios Jean Image, manoeuvre puis emballeur, agent technique et enfin chef-magasinier. Côté arts, il célèbre le monde populaire mais sans tomber dans l’art populaire traditionnel, et poursuit son aculturation parisienne. C’est en cherchant son style artistique qu’il rencontre en 1968-69, sa future épouse Loli, brodeuse d’art, avec qui il poursuit toujours la belle aventure. A la fin des années 60, il s’ouvre à la littérature, analyse, réfléchit et découvre Schopenhauer mais surtout « Asphyxiante culture » de Jean Dubuffet qui devient son livre de chevet.

Jano Pesset. © HJE 2019, Daniel Croci

 

A une rétrospective de Picasso où figure la célèbre tête de vache faite d’une selle de vélo et d’un guidon, il comprend avec surprise que l’art peut être dérision. L’humour va être et reste aujourd’hui, le fil rouge de son oeuvre. Il se met alors à retravailler le lierre, ce matériau pauvre, tordu, rejeté dont les tiges sinueuses jouent le rôle du dessin, remplaçant le trait dans ses assemblages. Pour ses compositions, il délaisse le cloutage pour la collage (moins bruyant pour les voisins, sourit-il). Il expose enfin ses première oeuvres à l’Atelier Jacob en 1977 puis participe aux « Singuliers de l’Art » et à l’exposition des « Outsiders » à Londres l’année suivante. Il est resté depuis très lié avec La Fabuloserie où l’on peut voir la majeure partie de son oeuvre.

Réalisés entièrement en bois de lierre et noisetier teinté ou peint, les assemblages de Jano Pesset réunissent toujours dans un ou plusieurs décors des ensembles de petits personnages. Ils sont le caractère narratif que soulignent d’assez abondantes inscriptions, disposées dans des phylactères. Empreints de couleurs sombres – le brun et le vert profond de la nature – l’humour et la satire y prédominent. « L’humour c’est ma couleur » dit-il. Mais, il se défend de vouloir adresser des messages à la postérité « Je ne veux surtout pas être un meneur !». Dans son atelier, où il poursuit sa tache artistique, trônent quelques fabuleuses créations : « J’aime être entouré de moi-même, c’est mon petit musée ». Après « La mère possessive » ou « L’Instinctellectuel », la dernière création en date s’appelle « Le déserteur de l’utile ». Quand on lui demande d’analyser sa production, il répond l’oeil rieur et facétieux « Une oeuvre c’est du temps apprivoisé ».

Laurent DANCHIN / Daniel CROCI


Œuvres de Jano Pesset,
à voir au Musée d’Art Brut de Montpellier,
jusqu’au 29 septembre

1 rue Beau Séjour. Tél. 04 67 79 62 22.
www.atelier-musee.com.

Ouvert du mercredi au dimanche (hors jours fériés), de 10h à 13h et de 14h à 18h.


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