André Robillard, itinéraire d’un artiste attachant, au Musée d’Art Brut de Montpellier

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Le Musée d’Art Brut de Montpellier propose une immersion dans l’univers naïf et enfantin d’André Robillard, dernier artiste vivant d’art brut reconnu par Jean Dubuffet, fondateur de ce mouvement. Comme de nombreux artistes relevant de l’art brut, André Robillard a passé de nombreuses années en hôpital psychiatrique. L’octogénaire y vit d’ailleurs encore, dans une annexe, totalisant plus de 70 années passées dans ce lieu.

Créer des « fusils » à partir de matériaux et d’objets récupérés ici ou là et assemblés avec du Scotch ou divers liens a été pour lui une thérapie plus efficace que les médicaments. Et lui a assuré une notoriété inter­nationale à compter du milieu des années 60, lorsque son psychiatre a montré ses créations à Jean Dubuffet, et que les expositions se sont enchaînées.

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Le Musée d’Art Brut Fernand-Michel de Montpellier expose, outre ses fusils, les premiers vaisseaux et satellites, bombardiers et autres spoutniks réalisés par André Robillard, rassemblés, pour la première fois en Europe, dans une installation d’envergure appelée La Conquête spatiale, qui occupe un pan de mur entier de la salle réservée aux expositions temporaires. Figurent aussi des dessins au feutre noir sur toile et ses plus récents pistolets. On y découvre l’univers attachant d’un homme-enfant hors du commun, dont le génie artistique a changé la destinée. Un homme dont les médecins ont compris qu’il s’accomplirait si on le laissait poursuivre la voie qu’il s’est tracée. Bien leur en a pris…

 

Créer pour exister

On ne peut s’empêcher d’être ému en découvrant l’univers d’André Robillard, nous disent toutes les personnes qui le côtoient. Il vit en région Centre, dans une chambre-atelier encombrée de centaines d’objets récupérés ou offerts qui lui servent à créer ses assemblages ; son lit est envahi de peluches, et il vit entouré d’animaux familiers – poules, hamsters, lapins – et ne se déplace jamais sans eux. Outre les assemblages d’objets tous plus hétéroclites les uns que les autres, son style se révèle dans la saturation d’écritures explicatives et de motifs au feutre, sur les objets auxquels il donne naissance, comme s’il voulait être parfaitement compris. Son imaginaire est nourri d’images télévisées. Ses créations déclinent trois thèmes de façon obsessionnelle : la guerre, la conquête de l’espace et les animaux.

Des fusils pour « tuer la misère »

André Robillard a été traumatisé par la Seconde Guerre mondiale. Il dit concevoir ses fusils et pistolets pour « tuer la misère ». Notamment la misère intellectuelle et sociale dans laquelle il s’est trouvé. Et ça lui a réussi, puisqu’à partir du moment où son art a été reconnu par Jean Dubuffet, André Robillard a pu exposer de par le monde, et voyager. Sur chaque « arme », il indique au feutre noir le modèle ou le nom, ainsi que les caractéristiques. Au Musée d’Art Brut de Montpellier, un fusil indien ancien (voir ci-dessous), remontant aux années 60, composé d’une râpe à fromage, de tubes, de bois, de plumes, d’une pile électrique et d’une boîte de nettoyant assemblés entre eux par des liens en cuir, en côtoie d’autres, un peu plus récents, réunissant des instruments de musique pour enfants, des paquets de cigarettes, assemblés à l’aide de Scotch®.

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« Fusil indien rapide WA18 ». 40 x 130 x 15 cm.

« Chaque création est le reflet de la vie d’André Robillard, mais aussi de son temps », explique le cofondateur du musée, Patrick Michel. « Les objets que collecte Robillard sont directement issus de son quotidien : les boîtes de conserve dans lesquelles sont conservés les aliments qu’il consomme, les paquets de Niñas qu’il fume, les instruments de musique dont il joue, etc. Ils sont également inscrits dans leur époque. C’est grâce à cela que l’on peut dater les œuvres. » Le musée montre aussi un immense fusil. Mais l’octogénaire, aux mains percluses d’arthrose, ne peut désormais plus réaliser de fusils. Il crée désormais des revolvers, dont la dimension est plus adaptée à son âge et sa condition.

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La conquête spatiale, une passion de jeunesse qui perdure

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« La Conquête spatiale » ou « Les premiers pas de Neil Armstrong sur la Lune ». 8 m x 2,50 m x 3 m..

Fasciné par les premiers pas de l’homme sur la Lune, qu’il a pu suivre en 1969 grâce à la télévision de l’hôpital psychiatrique, André Robillard représente des fusées, bombardiers et explorateurs lunaires créés à partir de chauffe-eau, Minitel, bouteilles de lait et autres objets inattendus. Grande première européenne, le Musée d’Art Brut de Montpellier présente au public la totalité des premiers vaisseaux et satellites conçus par André Robillard entre 1970 et 2005, réunis dans une installation d’envergure intitulée La Conquête spatiale.

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« Neil Armstrong ». 140 x 61 x 51 cm.

On y voit Neil Armstrong planter le drapeau américain sur la Lune, près de la fusée Apollo 11, surplombé de satellites et non loin d’un véhicule d’exploration lunaire. Plus loin, un vaisseau spatial de Martiens, autre grand sujet d’intérêt de l’artiste, est cerné par des bombardiers. Ses créations fourmillent d’inscriptions et de précisions en all-over.

Des animaux fascinants

Le musée d’art brut de Montpellier présente également quelques dessins et sculptures de Robillard représentant des animaux préhistoriques ou exotiques… Son intérêt pour cette thématique, déjà bien présent, a été accru par sa découverte des sculptures d’Auguste Forestier à la Collection d’art brut de Lausanne en 1977.

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Virginie MOREAU
vm.culture@gmail.com

De l’importance du mécénat… Le cofondateur du musée d’art brut de Montpellier, Patrick Michel, n’hésite pas à le dire : sans mécénat, il aurait été difficile de monter une exposition de cette envergure. Convaincu de l’importance de diffuser l’art dans la cité, le promoteur immobilier Terres du Soleil a contribué financièrement à l’organisation et au montage de l’exposition consacrée à André Robillard. Par ailleurs, les œuvres exposées ont été prêtées par différents musées et collectionneurs privés français et étrangers.

 

Informations pratiques

Musée d’Arts brut, singulier et autres / Atelier Fernand-Michel 
1, rue Beau Séjour – 34090 Montpellier – Tel. : 04 67 79 82 22.
Ouvert du mercredi au dimanche de 10h00 à 13h00 et de 14h00 à 18h00.
Prix / Plein tarif : 8 € par personne – Tarif réduit : 6 € par personne (étudiants…)
Gratuit pour les enfants jusqu’à 10 ans.
> L’exposition s’achèvera le 30 septembre 2017.

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