Art / Chloé Viton ou le post-Anthropocène à Lunel

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Chloé Viton auprès de son animal marin dans la seconde salle de l’Espace Louis-Feuillade © Virginie Moreau / HJE

Dans le cadre de la nouvelle trilogie sur l’environnement qui s’ouvre en 2020, et qui est cette année consacrée au monde vivant, pour se poursuivre l’an prochain avec le temps et s’achevant en 2022 avec l’univers, Sylvie Logeux, responsable de la galerie Musidora du lycée Feuillade de Lunel, a proposé à Chloé Viton d’investir la galerie du lycée et l’Espace Louis-Feuillade situé dans le centre-ville.

Depuis de nombreuses années déjà, en partenariat avec le Frac, le projet Musidora met en valeur les œuvres de jeunes artistes contemporains et instaure des dialogues entre ces artistes et les lycéens. Aperçu de l’exposition de Chloé Viton à l’Espace Louis-Feuillade et interview…

Quelle est votre préoccupation principale lorsque vous créez ?

Chloé Viton : « Ce qui m’intéresse dans mes créations est le contraste entre l’artificiel et le naturel ; et que l’on se pose des questions, que l’on doute au sujet des matériaux que j’utilise. Mes installations sont un mélange d’animal, de végétal et d’humain. »

On trouve certaines récurrences dans vos productions…

« Oui, les cheveux synthétiques, le latex – les gants en latex assemblés de façon touffue notamment –, les graines – par exemple de haricots, ramenées de mes voyages – qui symbolisent à elles seules le potentiel d’une pousse, reviennent régulièrement dans mon processus créatif.  »

Des graines de haricots emprisonnées dans du latex par Chloé Viton © photo Virginie Moreau.

L’installation présentée à l’entrée de l’espace Louis-Feuillade intrigue…

« Réalisée à Château Capion, à Aniane, en 2018, cette installation est le résultat d’une année de résidence et de collecte sur place, sur le domaine ou dans les vignes. Symboliquement, disons qu’il s’agit de plantes post-apocalyptiques, comme si une catastrophe s’était produite et que l’humain n’existait plus, et qu’une nouvelle sorte de « nature » s’était reconstruite à partir de l’existant : latex, graines… De la matière plastique, des mousses de protection représentent le sol, comme de l’humus, un terrain fertile. Les tuyaux peints en violet évoquent les rhizomes, font le lien. Ils permettent de créer un parcours pour l’œil, un chemin, une histoire… »

L’installation à l’entrée de l’Espace Louis-Feuillade. © photo Virginie Moreau.

Une bande son, produite par une vidéo diffusée dans l’alcôve, accentue le mystère…

Chloé Viton : « Cette vidéo, que j’ai réalisée à Venise, porte sur l’hydrogène, une molécule très présente dans l’espace et l’eau ; sur la mythologie. Il s’agit de cheveux et d’algues flottant dans l’eau. J’ai composé la bande-son en différents chapitres, comme une symphonie. C’est une sorte de musique aquatique appelée Sea-phonie. Je compose de la musique depuis un an. »

Sur le podium trône Fée électricité, un pylône électrique revisité, de la forme chat…

« Cette sculpture étant déjà présente dans la nature, j’ai imaginé qu’elle pourrait être redécouverte après la disparition de l’être humain ! »

© photo : Virginie Moreau.

Et dans la seconde salle, on croirait presque distinguer une baleine échouée, découpée en tranches… Quelle vision mélancolique !

Chloé Viton : « J’aime beaucoup le mot mélancolie. Pour cette installation, j’avais envie de travailler entre animal et minéral, sur un animal marin. J’ai recherché des textures et des matières, et assemblé des éléments que je n’avais jamais associés : une grande forme en tissu et résine pour l’animal, des gants noirs pour les algues, des cailloux modifiés… Et une bande son mystique évoquant le fond des océans, comme un désert aquatique, que j’ai appelée Desert Holy Snake. »

Et qu’en est-il de vos dessins ?

« Mes dessins sont des moyens de trouver de nouvelles formes que je crée ensuite en sculptures. Issus de la série Blue Moon, ceux que j’expose à l’Espace Louis-Feuillade sont réalisés aux crayons de couleurs, à l’encre et au vernis à ongles. »

Propos recueillis par Virginie MOREAU
vm.culture@gmail.com

Détail d’une installation de Chloé Viton © photo : Virginie Moreau.

Parcours

Chloé Viton est diplômée de l’école des beaux-arts de Montpellier. Elle a fait une exposition personnelle remarquée, Métamorphes Primitifs, à Château Capion, à Aniane, en juillet et août 2018, et a participé à des expositions collectives au FRAC et à la Panacée, ainsi qu’à la ZAT 100 artistes dans la ville en 2019 au sein du collectif In Extremis.


Les expositions lunelloises de Chloé Viton

Adventice à la galerie Musidora du lycée Louis-Feuillade
49, rue Romain-Rolland jusqu’au 6 février
Hypernature à l’Espace Louis-Feuillade
48, boulevard Lafayette jusqu’au 23 février.

Détail d’une sculpture de Chloé Viton © photo : Virginie Moreau.

 

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