Art : Jean Ranc, de la bourgeoisie montpelliéraine à la royauté française et espagnole

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Vue de l'exposition. "Vertumne et Pomone" accompagné de la robe de Pomone recréée par des artisans pour l'événement.

Jusqu’au 26 avril 2020, le Musée Fabre propose aux visiteurs de redécouvrir un peintre montpelliérain illustre en son temps, Jean Ranc (1674-1735), essentiellement apprécié pour ses talents de portraitiste, ses grandes qualités et audaces en tant que coloriste et son habileté à reproduire les différents tissus, velours et soieries. Au point qu’après avoir représenté les riches Montpelliérains, il fut appelé à la Cour pour réaliser un portrait en majesté du jeune Louis XV, puis à Madrid pour devenir le peintre officiel de la Cour d’Espagne. Une formidable ascension retracée au fil de la scénographie, particulièrement réussie.

Un portraitiste hors pair

Fils d’Antoine Ranc, peintre connu régionalement pour ses tableaux religieux, Jean Ranc débuta dans l’atelier de son père, où il devint maître peintre à 13 ans. Il rejoignit ensuite celui de son ami Hyacinthe Rigaud à Paris, en tant que collaborateur. Rigaud l’initia à son style, composé de réalisme et d’élégance. En 1700, Jean Ranc fut suffisamment mature pour s’émanciper. Dès ses débuts, il réalisa de nombreux portraits de bourgeois drapés dans de beaux velours ou soieries donnant de la monumentalité aux personnages. Particulièrement habile pour retranscrire les effets de moirure ou de brillance des divers tissus, les petits mouchetés dans les moirures et le caractère amidonné des draperies étaient caractéristiques de son style. De même que la douceur, les joues rosées. Son audace de coloriste était relativement prononcée pour l’époque.

Jean Ranc fut admis à l’Académie royale de peinture et sculpture en 1700 et reçu académicien trois ans plus tard en tant que portraitiste avec deux portraits à voir aux cimaises : celui de Platte-Montagne, présentant l’homme du monde, et celui de François Verdier, montrant une facette intime et une nouvelle vision de l’élégance masculine. Au musée Fabre, certaines œuvres de Ranc sont mises en parallèle avec d’autres de Rigaud pour évoquer les rapprochements thématiques et stylistiques entre les deux peintres. Dont un Christ en croix (1710) de Ranc et un Christ expirant sur la croix de Rigaud.

Jean Ranc (Montpellier, 1674 – Madrid 1735). « Portrait de Joseph, futur baron de la Mosson », 1702, huile sur toile, 146 x 116 cm, Montpellier, musée Fabre
© Musée Fabre de Montpellier Méditerranée Métropole. Photographies : Frédéric Jaulmes.

Portraitiste de la bourgeoisie parisienne, Jean Ranc l’était aussi de la bourgeoisie montpelliéraine, qui faisait le déplacement jusqu’à Paris pour se faire portraiturer. Ce fut le cas du premier président de la cour des comptes de Montpellier ou encore de Joseph Bonnier, alors futur baron de la Mosson. Au début du XVIIIe siècle, Jean Ranc prit l’habitude de situer ses personnages dans des jardins, sous les frondaisons des arbres, dans des parties de chasse, assimilant les femmes à des divinités de la mythologie, telle Diane. Son chef-d’œuvre Vertumne et Pomone réalisé vers 1710-22 s’inscrit dans ce cadre. 



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Dans la Cour des grands

En 1715, sa carrière prit un tournant important lorsqu’il fut appelé pour faire le portrait du Régent, puis en 1719 celui de Louis VX, qui n’avait alors que 9 ans. Dans ce portrait d’apparat, le roi est représenté avec ses attributs : , le sceptre, la couronne, le manteau royal, la main de justice. On relève la somptuosité des étoffes bleues marquées de la fleur de lys, et la blancheur contrastante de l’hermine. 

Jean Ranc (Montpellier, 1674 – Madrid 1735), « Portrait de Louis XV, âgé de 9 ans, en costume royal, assis sur le trône », 1719, huile sur toile, 226 x 168 cm, Versailles, châteaux de Versailles et de Trianon. © RMN-Grand Palais (Château de Versailles) / Gérard Blot./ Service presse / Musée Fabre.

En 1722, le roi Philippe V d’Espagne le manda à son tour à Madrid. Jean Ranc devint alors le portraitiste officiel de la cour d’Espagne. Son immense Portrait équestre de Philippe V, représentant le roi en combattant, survolé par une Victoire ailée, reste un modèle du genre. Ranc peignit la famille royale d’Espagne puis fut dépêché pour représenter celle du Portugal, à la faveur du mariage entre l’infante Marie-Anne Victoire et le prince Joseph de Bragance. Il avait atteint là l’apogée de sa carrière.

Jean Ranc (Montpellier, 1674 – Madrid 1735), « Portrait équestre de Philippe V, roi d’Espagne », vers 1723, huile sur toile, 335 x 270 cm, Madrid, Museo Nacional del Prado. © Museo Nacional del Prado, Dist. RMN-GP / image du Prado. Service presse / Musée Fabre.

Une exposition bien scénographiée. Dès l’entrée, on aperçoit au fond le magistral Vertumne et Pomone par un jeu de découpe des cloisons. Aux murs, les couleurs mettent les différentes sections et les œuvres principales en valeur. Deux costumes (celui de Pomone et celui de l’infant Ferdinand, futur roi d’Espagne) recréés par des artisans d’après deux tableaux donnent une certaine vie à ces personnages (voir la photo tout en haut de l’article). Un arbre généalogique permet de situer la lignée des Bourbon. Et une application numérique, sur une tablette tactile, révèle les dessous de la technique de Ranc, révélés grâce à un tableau inachevé. Enfin, une salle à selfies avec des accessoires de style XVIIIe siècle complète l’ensemble. Une exposition plaisante et intelligemment conçue.

Virginie MOREAU
vm.culture@gmail.com

Informations pratiques

Musée Fabre – 39, boulevard Bonne Nouvelle – 34000 Montpellier.



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