Art : Joaquim Baptista Antunes, la célébration du hasard

Par |
Joaquim Baptista Antunes © Virginie Moreau.

Alors que le nombre d’expositions consacrées à cet artiste plasticien de par le monde est quasiment incalculable, le Musée d’art brut de Montpellier présente jusqu’à fin avril une belle sélection de ses tableaux et sculptures. L’occasion pour le public montpelliérain de découvrir le parcours et les œuvres surprenantes de cet artiste singulier…

Une vocation née d’un déclic

C’est par hasard qu’à 20 ans, un jeune garçon de table portugais, ancien gardien de moutons, découvrit, à New York, deux tableaux de Marc Chagall alors qu’il se rendait à l’opéra pour y voir une représentation de La Dame aux camélias. Il eut alors la révélation de sa vie, amplifiée lorsqu’il se rendit au Metropolitan Museum, où il fut fasciné par le Guernica de Pablo Picasso. Dès lors, bien qu’il n’ait aucune culture artistique, il n’eut de cesse de dessiner, peindre et sculpter, jusqu’à devenir un artiste à part entière. Antunes dit aujourd’hui volontiers : « Mon dieu, c’est le hasard. C’est le hasard qui m’a fait ». Car même sa carrière s’est construite au hasard d’une rencontre, avec un employé de la bibliothèque nationale de Lisbonne, qui montra ses dessins à l’artiste surréaliste Mario Cesariny. Ce dernier l’encouragea à persister et lui donna ce conseil : « Cultive tes propres formes ». Sans même l’avoir demandée, il obtint une bourse de la Fondation Gulbenkian qui lui permit de s’installer à Paris pour créer. Mais il ne put jamais intégrer l’Ecole des beaux-arts. La grande collectionneuse d’art Cérès Franco lui organisa une exposition. Sa carrière artistique était lancée… Sa renommée est actuellement internationale.

« Les 3 sentiments », huile sur toile, 2007,, Joaquim Baptista Antunes.

Des œuvres puzzles

Pour créer, Antunes part d’abord du titre, qui peut lui être dicté par l’actualité (Panama Papers), la géographie (Les Cinq continents) ou la politique (Margaret Thatcher)…

…Ses tableaux comme ses sculptures sont peuplés de personnages imbriqués, eux-mêmes habités par d’autres personnages. Des aplats colorés cernés de noir lui permettent de séparer les êtres vivants les uns des autres. Les couleurs exubérantes et la lumière du Portugal se reflètent dans ses œuvres, ultra­colorées. Mais faut-il y voir pour autant de la gaieté ? Oui et non. L’artiste dit aimer la vie et son côté lumineux. Mais il s’avoue également rongé par une angoisse à rapprocher de l’instinct primaire de l’animal. « Toute la vie terrestre est angoissée. Ma plus grande angoisse, c’est le présent », affirme-t-il, lui qui déteste la violence, les multinationales, les pollueurs, le règne de l’argent et la bureaucratie.

« Ballerine », 1997, Joaquim Baptista Antunes.

L’amour de la nature

Grand amoureux de la nature, il en récupère des matières premières pour composer ses œuvres. Antunes évoque aussi les racines dans plusieurs de ses tableaux (L’Intérieur de la terre). Ses personnages sculptés et peints – faits en bois flotté recouvert d’une pâte formée de sciure de bois, de colle de bois et de cendres de bois – sont extrêmement expressifs. Leurs yeux et bouches en coquilles d’huîtres sont grands ouverts. Et leurs mains révèlent leurs « sentiments » : certains implorent, torturés, tandis que d’autres ordonnent ou croisent les bras, déterminés…

« L’Idole technologique ou religieuse », 2010, Joaquim Baptista Antunes.

Créer, se cultiver… une liberté

Passant du surréalisme à l’art brut puis singulier, Antunes a trouvé la liberté par la création artistique. Il dit se cultiver au fur et à mesure qu’il crée, grâce à ses recherches sur Internet, notamment pour trouver des titres à ses réalisations. La critique d’art Ileana Cornea, commissaire de l’exposition du Musée d’art brut, voit dans certaines de ses œuvres des références aux motifs brésiliens et des aborigènes d’Australie. Antunes est également influencé par les légendes celtes qui lui furent racontées dans son village natal, au Portugal, durant son enfance. Actuellement, il est passionné par le cosmos, au point de créer sa propre cosmologie dans ses peintures. Un tableau résume la philosophie de vie de l’artiste : « L’Homme voit dans le ciel ce qu’il a envie d’y voir ».

« L’Homme voit dans le ciel ce qu’il a envie d’y voir », 2004, Joaquim Baptista Antunes.

Les étranges personnages en métamorphose de Joaquim Baptista Antunes gravitent dans un univers parallèle qui méritait d’être montré aux Montpelliérains. Encore une fois, le Musée d’art brut propose une exposition de qualité. Du joli travail pour un musée privé !

Virginie MOREAU
vm.culture@gmail.com

Joaquim Baptista Antunes auprès de sa sculpture la plus récente. © Virginie Moreau, HJE.

Informations pratiques

Musée d’arts brut , singulier et autres – 1, rue Beau Séjour – 34000 Montpellier. Tel. : 04 67 79 62 22.
> Ouvert du mercredi au dimanche, de 10h à 13h et de 14h à 18h. Fermé les lundis, mardis et jours fériés.
> Tarif d’entrée : 8,00 € par personne ; tarif réduit : 6,00 €.

1 réponses

Vous devez être abonné pour commenter.

Commentaires

Vous devez être abonné pour commenter.

Abonnement newsletter

L’actualité juridique et économique de l’Hérault toutes les semaines dans votre boite mail.

En renseignant votre adresse email, vous accepter de recevoir nos derniers articles par email et vous prenez connaissance de notre Politique de confidentialité