Art Montpellier : des couleurs et des formes plein les yeux sur les stands des galeries !

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Le street art à l'honneur, parmi d'autres styles, sur Art Montpellier.

"Faites-vous plaisir en cette période complexe, filez avant dimanche soir à la Sud de France Arena découvrir les œuvres de près de 400 artistes" invite le directeur artistique d'Art Montpellier, Didier Vesse. Aperçu de quelques œuvres à découvrir sur place. Le reportage photo de l'HJE.

Les petits collectionneurs comme les grands devraient trouver de quoi satisfaire leurs envies sur Art Montpellier. Les 57 galeries présentes à la foire méditerranéenne des arts contemporains présentent entre 350 et 400 artistes : de grands noms, mais aussi des œuvres d’artistes moins connus, pour satisfaire toutes les bourses. Les styles y sont aussi divers que les techniques, de la peinture à la sculpture en passant par la photographie plasticienne, objet des deux expositions de prestige.

Bien évidemment, les conditions sanitaires sont assurées avec une jauge de 1 000 visiteurs, des allées élargies, des signalétiques pour éviter que les visiteurs ne se croisent, etc.

Dès l’entrée, l’art brut et l’art singulier du Musée d’arts brut, singulier et autres (Montpellier, Beaux-Arts) fait son show. On remarque notamment un tableau de la surdouée Danielle Jacqui. Et les bâtisses fantastiques de Sylvain Corentin. Sylvain Corentin crée des assemblages en bois naturel et cagettes assortis de modelages en terre qu’il peint ensuite en blanc, avec désormais quelques touches de couleur. Des branches d’arbres récupérées dans le Lez qui coule derrière chez lui donnent la forme principale de la sculpture, son squelette. Puis viennent les petits ajouts qui ajoutent la part de rêve. « Quand je crée, je me raconte de petites histoires. En fait, je compose des sortes de refuges, comme des maisons. Des abris dépositaires des rêves des gens mais aussi des miens ; des boîtes un peu sacrées, merveilleuses, dans lesquelles il se passe quelque chose qui incite à l’émerveil­lement », indique Sylvain Corentin.

A voir aussi, deux œuvres de Pepe Doñate, artiste qui fait actuellement l’objet de l’exposition temporaire du musée. Un tableau de Joaquim Baptista Antunes complète l’ensemble. Pour créer, Antunes part d’abord du titre, qui peut lui être dicté par l’actualité, la géographie ou la politique. Ses tableaux comme ses sculptures sont peuplés de personnages imbriqués, eux-mêmes habités par d’autres personnages. Des aplats colorés cernés de noir lui permettent de séparer les êtres vivants les uns des autres. La critique d’art Ileana Cornea voit dans certaines de ses œuvres des références aux motifs brésiliens et des aborigènes d’Australie. Antunes est également influencé par les légendes celtes qui lui furent racontées dans son village natal, au Portugal, durant son enfance. Actuellement, il est passionné par le cosmos, au point de créer sa propre cosmologie dans ses peintures. Le titre du tableau exposé sur le stand du musée résume la philosophie de vie de l’artiste : « L’Homme voit dans le ciel ce qu’il a envie d’y voir ».

Joaquim Baptista Antunes, Sylvain Corentin et Pepe Doñate, musée d’arts brut, singulier et autres (Montpellier).

Autre fidèle d’Art Montpellier, l’AD Galerie propose des tableaux de l’Islandais Erro. Engagé, critiquant les guerres qui ont ravagé et ravagent encore la planète, ainsi que la folie des hommes, Erró ne fait pas dans la dentelle. Une grande partie de la production picturale de ce peintre reflète son horreur de la guerre et des conflits. Autre sujet de révolte, le système économique, qui crée de la pollution et entretient les guerres. Dans ses toiles, des super héros sont les seuls qui soient capables de sauver le monde.

Erro, AD Galerie.

On admire le superbe portrait en pied de son épouse Geneviève par Robert Combas. Cofondateur de la figuration libre, Combas peint les femmes, le sexe, la musique, Sète ; s’intéresse à la bande dessinée, à la religion, à la guerre ; rend des hommages un peu fous à des maîtres de la peinture ; recycle des images populaires ou artistiques ; pratique la peinture et le collage, la sculpture, fabrique du mobilier, chante… Et les titres de ses tableaux sont autant de poèmes déjantés ou plus sérieux. Combas est un touche-à-tout génial. Son style pictural, caractérisé par la saturation de couleurs, la densité de la peinture, de gros cernes noirs qui contraignent les couleurs, et des thématiques entre comédie et drame, est aisément reconnaissable.

Robert Combas, AD Galerie.

Un joyeux tableau à la thématique sous-marine d‘Hervé Di Rosa attire l’attention. Hervé Di Rosa a étudié à l’Ecole des Beaux-Arts de Sète. Il a fondé la figuration libre avec Robert Combas à l’âge de vingt ans et créé le Musée International des Arts modestes en 2000. Ses Renés, multivers et autres n’en finissent pas de peupler ses tableaux, que la thématique soit historique, sous-marine, muséale ou festive.

Hervé Di Rosa, AD Galerie.

Aux cimaises de l’AD Galerie, on voit aussi des portraits et sculptures de Philippe Pasqua. Visages d’enfants et de femmes partagés entre joie et douleur, comme abandonnés à leurs émotions… Dans ses tableaux, Philippe Pasqua, qui a souvent peint des personnes trisomiques, aveugles ou transsexuelles, montre l’extrême vulnérabilité de l’être humain. Il représente la chair dans toute sa crudité, avec des gestes énergiques et sensuels. Il procède par couches successives composées de matière, de taches et d’empâtements. Héritier auto-proclamé de Francis Bacon et Lucian Freud, il développe dans ses toiles une esthétique de l’inachevé et s’attache essentiellement à retranscrire des émotions dans ses peintures très physiques. En sculpture, il réalise d’immenses fontes de bronze représentant souvent des crânes (vanités), plongées ensuite dans des bains de chrome.

On remarque aussi les sculptures pop de Maxime Lhermet, assemblages de jouets pour enfants notamment (le stand de l’Atelier 14 présente des objets dérivés de cet artiste).

Maxime Lhermet, AD Galerie (Montpellier).

La Serre et Le Réservoir exposent pour leur part des œuvres de l’Américain Obey, alias Shephard Fairey. Obey a utilisé et approfondi les codes de l’art urbain. Il lie les codes du graphisme et les codes esthétiques de la propagande soviétique des années 1920-1970. Ses œuvres sont très reconnaissables, très évidentes, par leur façon étonnante d’allier le message et l’image. Affichiste au départ, son art et sa réputation se sont vite propagés. Il a eu une résonance nationale puis internationale à une vitesse phénoménale. La campagne de soutien à l’élection de Barack Obama – baptisée Hope – l’a propulsé sur le devant de la scène internationale, mais il avait déjà mené des campagnes auparavant et bénéficiait déjà d’une forte reconnaissance.

Obey, La Serre/Le Réservoir.

A voir aussi, avec toujours autant de plaisir, une Fondation et une Anarchitecture du Sétois Jean Denant, figure très en vue de l’art contemporain, notamment depuis que le roi du Maroc s’est fait offrir l’une de ses œuvres par François Hollande.

Jean Devant, La Serre / Le Réservoir.

La Serre et Le Réservoir montrent également de magnifiques œuvres sur tissu de Claude Viallat, cofondateur du mouvement Supports-Surfaces. A l’instar des membres de Supports-Surfaces (mouvement créé en 1970, dont Viallat s’affranchira en 1971, tout en restant fidèle à ses principes de base de déconstruction de la peinture), Claude Viallat a quasiment toujours mis un point d’honneur à ne pas peindre sur une toile montée sur châssis (sauf à ses débuts, figuratifs). Depuis 1966, il applique à l’infini toujours la même forme volontairement « quelconque », que l’on pourrait comparer à un haricot, à l’acrylique, sur des supports extrêmement variés et relevant de l’usage quotidien, usagés, voire sales : toiles de parasol, tapis, nappes… Ces tissus « variés et improbables » sont souvent « raboutés (mis bout à bout) au hasard », selon lui, et restent garnis de leurs accessoires d’origine, comme des rivets, sangles et autres morceaux de plastique.

Claude Viallat, Art et Patrimoine – La Serre à Montpellier et Le Réservoir à Sète.

La galerie sétoise Dock Sud présente les tableaux si lumineux et colorés de Maurice-Elie Sarthou. Son ami Picasso l’appelait « le peintre de la lumière ». Membre de la Nouvelle Ecole de Paris, Maurice-Elie Sarthou (1911-1999) a composé des paysages d’une grande sensualité – plages, étangs et de splendides incendies – mêlant figuration et abstraction. Fasciné par les éléments naturels – l’eau, la terre, le feu et le ciel – et par sa jeunesse provençale et languedocienne, Maurice-Elie Sarthou n’eut de cesse de fixer ses impressions sur la toile.  A découvrir aussi, les valises-portraits de Christian Cerisola, fascinantes.

Maurice-Elie Sarthou, Galerie Dock Sud (Sète).

Sur le stand de la PrestaArt Galerie, on peut notamment découvrir des portraits de célébrités en grillage réalisés par JM Collell (David Bowie, Jack Nicholson, Julia Roberts). « Pour réaliser chaque tableau, au départ, je sélectionne une photo iconique d’une célébrité. Je débute chaque œuvre par un long travail de préparation sur photo qui nécessite des heures de concentration et de minutie. Puis le motif résulte de la super­position de grillage découpé à la pince coupante visant à mettre en valeur les détails : regard, grains de beauté, rides… Dans la mesure du possible, chaque plaque de grillage est d’un seul tenant. Mes tableaux jouent sur la transparence. Ce qui donne toute sa force au portrait est le contraste entre l’absence de fond (donc le mur sur lequel il est posé) et le grillage noir », indique l’artiste.

JM Collell, Presta Art Gallery.

Sur le même stand, on remarque aussi les photographies sexy et séductrices ainsi que des sculptures de Philippe Shangti. Depuis quelques années, la tendance est au pop, à l’imprégnation des personnages de Marvel, DC Comics et Disney dans l’art contemporain. De nombreuses galeries présentent des créations dans cette tendance.

Philippe Shangti, Prestaart Gallery.

On retrouve avec plaisir des Fœtus d’Alexandre Nicolas, chez plusieurs galeristes. Ses superhéros, Yoda, Joker et autres, emprisonnés dans du cristal de synthèse, viennent titiller notre fibre adolescente

Alexandre Nicolas.

Sur Art Montpellier, Mediart met à l’honneur les Dogs de Michel Soubeyrand, artiste présenté en solo show. Il situe ses créations « entre art toys et art contemporain ». Il y a quinze ans, à la mort de sa chienne – un Beauceron qu’il affectionnait – Michel Soubeyrand a souhaité lui créer un mausolée. La sculpture qui la montrait chevauchant un cheval a beaucoup plu. Son chien est alors devenu sa mascotte. Il se déguise et se métamorphose au gré des envies de son créateur en Killer Dog, Mao Dog, Japan Dog, Skate Dog, Dog Vador ou Slave Dog, en petits et moyens formats ou en versions monumentales.

Michel Soubeyrand pose près de son « Dog Mao ».

On ne peut s’empêcher de sourire en découvrant deux pièces en résine de Foncky Two présentées par la Galerie Schanewald. Ces grenades en résines, dont la forme rappelle les culbutos de notre enfance, prennent les visages de Donald Trump et Kim-Jong-Un, semblant s’affronter. Ici, le milieu politique, la rhétorique guerrière et le monde de l’enfance forment un singulier contraste.

Foncky Two, Galerie Schanewald.
Foncky Two, Galerie Schanewald.

Autre découverte que les tableaux du quadragénaire thaïlandais Somsak Hanumas, chez Asiart Gallery. Ses œuvres ressemblent à des tissages par la multiplication du geste et des touches de peinture.

Somsak Hanumas, Asiart Gallery.

Il semble impossible de montrer tous les styles et toutes les œuvres exposés sur Art Montpellier. Seule une visite permet de se rendre compte de la diversité de l’offre artistique, et faire naître des coups de cœur !

Virginie MOREAU
vmoreau.hje@gmail.com

 

Ne ratez pas les conférences, aux thèmes variés

Plusieurs conférences se tiennent durant la foire d’art contemporain :

Les enseignes et l’art – vendredi 9 octobre de 15h30 à 16h30 par Anne-Sophie Aguilar, docteur en histoire de l’art contemporain et spécialiste de la critique d’art et des institutions artistiques (en partenariat avec l’éditeur Citadelles et Mazenod).

• La création photographique contemporaine – vendredi 9 octobre de 17h à 18h15 par le critique d’art Christian Noorbergen.

• Une histoire de l’art moderne et contemporain de 1910 à 2020 – samedi 10 octobre de 14h à 15h avec le peintre et graphiste Raurich.

• La photographie plasticienne et le mouvement Transfiguring – samedi 10 octobre de 15h30 à 16h30avec les artistes Georges Dumas, Adrienne Arth et Olivier de Cayron.

• Histoires de rencontres extraordinaires – dimanche 11 octobre de 11h à 12h15 par l’expert en objets d’art Laurent-Adrien Asselineau.

Des projections de films fictionnels ou documentaires sur ou avec des artistes alternent avec les conférences, toute la journée, chaque jour de la foire.

Programme détaillé : https://www.art-montpellier.com/visiter/conferences-et-projections/


A lire aussi :

Art Montpellier / Didier Vesse : « Maintenir la grand-messe de l’art »


Informations pratiques

Horaires d’ouverture :
Vendredi 9 octobre : 11h – 20h
Samedi 10 octobre : 10h – 20h
Dimanche 11 octobre : 10h – 18h

Tarifs
Entrée : 9€
Tarif réduit (enfants de 12 à 18 ans, Pass Métropole et TAM) : 6,50 €
Entrée gratuite pour les enfants de moins de 12 ans et les personnes à mobilité réduite.

Billetterie et informations sur le site : https://www.art-montpellier.com/

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