Art’bribus d’Istres : l’art intégré dans l’espace public sous l’égide d’Anagraphis

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L'Art'bribus d'Hervé Di Rosa © Anagraphis.

Au lieu de détruire ses vieux abribus en béton et de les remplacer par d’autres plus contemporains, depuis 2012, la Ville d’Istres a choisi de les faire habiller par des peintres pour mettre l’art à la portée du public. Conseillée par l’éditeur d’art Anagraphis, elle a au fil des années sélectionné des artistes de renom. Résultat, ses Art’bribus sont prisés par la population. Enquête sur les coulisses d’un projet réussi…

La démarche rappelle un peu celle d’un certain André Gélis, maire de Sérignan, qui, à force de patience, avait réussi à monter un musée d’art contemporain dans un village d’environ 6 000 âmes – depuis repris par la Région Occitanie et renommé MRAC pour Musée Régional d’Art Contemporain… A Istres, ville d’environ 43 000 habitants, coexistent déjà la Diagonale de Buren devant l’Hôtel de Ville, l’Art’Zoo, les squares de Ben, les oursins flottants de Zanca au bord de l’étang de l’Olivier et, depuis 2012, les abribus, transformés en Art’bribus grâce au talent de nombreux artistes.

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L’Art’bribus de Robert Combas. © Anagraphis.

Genèse du projet

« En 2012, la ville avait d’abord fait appel à des artistes locaux : Laurent Dessupoiu, Cedranna, Laurent Meert, Myriam Mulet et Eric Dedebant, mais elle s’est vite trouvée à court d’idées. Elle a donc fait appel à nous », se souvient Thierry Angles, gérant d’Anagraphis.

« Nous lui avons donc soumis une liste d’artistes de qualité, reflétant des mouvements artistiques extrêmement variés. Des artistes français et étrangers de renommée internationale ayant un fort rayonnement », complète Louis Angles, qui cumule les casquettes de directeur artistique, sérigraphe d’art et commercial chez Anagraphis. « Quand nous leur avons soumis l’idée, les artistes, même les plus grands, ont immédiatement adhéré à ce projet artistique inséré dans la ville, à cette visibilité de leurs œuvres pour tous les publics », se réjouit-il.

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Thierry et Louis Angles, photographiés sur le stand d’Anagraphis lors du salon Solid’Art 2019 © Virginie Moreau.

D’autant que l’année 2013 était celle de la Capitale européenne de la Culture. De grands noms de la peinture contemporaine l’ont donc rapidement intégré : Ricardo MOSNER, Jacques VILLEGLE, Robert COMBAS, Hervé DI ROSA et ROBERT CRUMB.

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L’Art’bribus de Robert Crumb (BD) © Anagraphis.

En 2015, c’était au tour du mythique Peter KLASEN de créer un diptyque en entrée de ville, à hauteur du Ranquet. En 2016, le peintre argentin Antonio SEGUI s’est ajouté à la liste des grandes signatures en posant son œuvre à hauteur de la Tour de Nedon et de la clinique, sur le chemin du Rouquier. Pierre BENDINE-BOUCAR a apposé sa signature au Boucasson. 2018 a été une année particulièrement prolifique. En novembre, Pierre BURAGLIO a présenté son Art’bribus nommé Station debout !, « œuvre qui emprunte, d’une part Le Baigneur de Paul Cézanne et qui s’inspire, d’autre part, d’un signe pictographique coopté… ».

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Le graffeur Mist en train de réaliser l’un de ses deux Art’bribus © Anagraphis.

MIST a également signé deux Art’bribus, et le peintre BOCAJ, recordman jusqu’à présent du nombre d’Art’bribus, revendique la paternité de quatre d’entre eux ! Louis Angles explique qu’en général, un seul Art’bribus est attribué par artiste, à moins qu’ils ne soient très rapprochés géographiquement. Dans le cas de MIST et BOCAJ, la multiplicité s’explique donc par des raisons de proximité.

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L’Art’bribus du peintre islandais ERRO.

Aspects techniques

Si la conception a été signée par les artistes, la réalisation a le plus souvent été confiée à un peintre muraliste, pour des questions de coût et de disponibilité. En effet, mobiliser durant une semaine Robert Combas, par exemple, pour peindre un Art’bribus aurait eu un coût significatif. Quant à le bloquer une semaine entière sur ce projet, cela aurait semblé quasi impossible, au vu de son emploi du temps chargé. Anagraphis a donc confié la réalisation des Art’bribus aux bons soins d’Olivier Costa, notamment connu pour son trompe-l’œil à la jonction du boulevard du Jeu-de-Paume et de l’Observatoire.

« Olivier Costa est extrêmement talentueux. Il a des capacités d’observation et d’abnégation indéniables. Il sait s’effacer derrière l’artiste dont il copie le trait et le travail, sachant que par ailleurs, c’est aussi un artiste ! Pour les Art’bribus, il travaille à proximité du public, qui le voit progresser chaque jour dans sa tâche. Croyez-moi, ça vaut le coup d’œil », affirme Louis Angles.

Le graffeur MIST a bien évidemment réalisé lui-même ses deux Art’bribus, cette pratique murale faisant partie de son ADN.

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L’Art’bribus de SEGUI en cours de réalisation par Olivier Costa © Anagraphis.

L’odyssée Anagraphis vue par Thierry Angles. « L’entreprise de sérigraphie Anagraphis a été créée en 1979-80 par une bande de fous. Ils travaillaient avec l’excellent sérigraphe Philippe Viala. Leur projet était de faire des sérigraphies de bandes dessinées : des petites cases de BD en grand. Tous les grands de la BD ont travaillé avec Anagraphis : Moebius, Jano… et bien d’autres. En 1993, j’ai intégré l’équipe pour développer le commercial. Et j’ai axé sur l’art contemporain, avec Hervé Di Rosa, Robert Combas, la figuration libre. En 1997, j’ai acheté Anagraphis, qui était en redres­sement. J’ai gardé le sérigraphe, continué l’atelier et développé les projets, comme la pose de sculptures dans les espaces publics, les expositions (Solid’Art Lille, Montpellier et prochainement la Friche de la Belle de Mai ; l’expo « Picasso céramiste et la Méditerranée » ; Anagraphis est éditeur de Picasso). Nous avons un catalogue de 120 à 150 artistes. En 2001, on a créé la Sérithèque, devenue l’an dernier l’Artothèque, pour mettre des sérigraphies à la location. Mon fils Louis a développé des liens avec les street artistes : JonOne, Popay, Aleteia, L’Atlas… » 

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Thierry Angles et Bocaj à l’arrière-plan, Olivier Costa au premier plan © Anagraphis.

L’avis du peintre montpelliérain Jean-Paul Bocaj sur les Art’Bribus. « Marie Barral, l’assistante de direction d’Anagraphis, m’a contacté il y a environ un an pour me proposer de faire des Art’bribus. Quand elle m’en a parlé, j’ai eu un mouvement de recul en m’imaginant peindre moi-même quatre abribus, ce qui représente un travail considérable et très physique ! Puis elle m’a expliqué que ce serait Olivier Costa qui s’occuperait de la réalisation. J’ai donc sélectionné des tableaux qui me semblaient emblématiques et créé des maquettes simplifiées en retravaillant les images avec l’équipe d’Anagraphis. La mairie d’Istres a choisi ses quatre visuels préférés parmi un éventail d’œuvres. C’était rassurant pour moi de savoir qu’Olivier Costa s’occuperait de retranscrire mes œuvres. Nous sommes amis depuis longtemps. Pour la petite histoire, il m’a représenté sur son trompe-l’œil situé en bas du boulevard du Jeu-de-Paume. C’est un très grand professionnel. Nous avons déjà travaillé ensemble à la cave de Saint-Chinian ; j’avais fait appel à ses services pour m’aider à peindre une fresque murale, notamment sur des tuyaux. Olivier a un œil incroyable. Je lui ai donné carte blanche pour réaliser mes Art’bribus. Il avait ma totale confiance. Le résultat est superbe. Voir mes œuvres reproduites dans un tel format, c’est impressionnant ! Mes Art’bribus sont tous les quatre situés en cœur de ville, face aux arènes, près du lycée. C’est un projet dont je suis très fier. Il devrait être bientôt inauguré… »

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L’un des quatre Art’bribus signés Bocaj © Anagraphis.

Virginie MOREAU
vm.culture@gmail.com

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