Egon Schiele, l’expressionniste viennois marionnettiste de la distorsion (Paris, fondation Louis Vuitton)

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Egon Schiele. Autoportrait au gilet, debout, 1911 (détail). Gouache, aquarelle et crayon gras sur papier, monté sur carton. 51,5 x 34,5 cm. Ernst Ploil, Vienne. Photo : Courtesy of Ernst Ploil, Vienne.

La Fondation Louis-Vuitton propose actuellement la première monographie d’Egon Schiele à Paris depuis vingt-cinq ans. L’événement est marquant, en cette année de commémoration du 100e anniversaire du décès de l’artiste.

1890-1918. Il n’aura vécu que 28 ans mais aura créé en une dizaine d’années environ 300 tableaux et plusieurs milliers de dessins, avant d’être emporté par la grippe espagnole dans la fleur de l’âge. Il aurait pu rester sagement dans la droite ligne de l’Académie, mais préféra fonder en 1909 le Neukunstgruppe. Un temps proche de la Sécession viennoise et de Gustav Klimt, puis de Kokoschka, il sut s’éloigner de ces figures tutélaires pour trouver son propre style : l’expressionnisme.

Aux cimaises figurent des œuvres de tout premier ordre, comme Autoportrait à la lanterne chinoise (1912) emprunté au Leopold Museum de Vienne, Femme enceinte et mort (mère et mort – 1911) de la Národní galerie de Prague, Portrait de l’épouse de l’artiste, Edith Schiele, tenant sa jambe (1917) de la Morgan Library & Museum de New York, Nu féminin debout avec tissu bleu (1914) du Germanisches Nationalmuseum de Nuremberg, Nu masculin assis vu de dos (1910) de la Neue Galerie de New York ou Autoportrait (1912) de la National Gallery of Art de Washington.

Parcours de l’exposition

L’exposition – placée sous le commissariat de Dieter Buchhart – suit l’évolution stylistique d’Egon Schiele. Tout d’abord, indique Suzanne Pagé, directrice de la Fondation Louis-Vuitton, « le trait est ornemental sous l’influence directe de Klimt. Puis le trait se fait plus anguleux, tortueux, cassé par la vigueur d’un élan très expressionniste. Dans une troisième phase, la ligne cherche un nouvel équilibre. Cette période correspond à l’emprisonnement de Schiele en 1912. Enfin, la ligne sera recomposée à mesure que le peintre renouera avec un certain modèle ».

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Egon Schiele. « Femme avec un miroir », 1915. Gouache et crayon sur papier. 49,6 x 32,5 cm. Tel Aviv Museum of Art Collection, ca. 1953. Photo : © Elad Sarig.

Autoportraits, portraits et modèles

Chez Schiele, l’autoportrait est omniprésent. L’importance du reflet dans le miroir, du double, ne saurait être négligée. Le peintre questionne sans cesse son identité en se représentant si souvent. Nombreuses sont les modèles à peine nubiles qui se succèdent dans son atelier, et qui posent dénudées. Schiele fut d’ailleurs accusé de pornographie et emprisonné puis relaxé. Wally sera longtemps son modèle de référence, avant l’arrivée d’Edith, jeune fille de bonne famille dont il fera son épouse et modèle. 

Vues plongeantes

Les vues plongeantes sont fréquentes dans les œuvres d’Egon Schiele. En effet, le peintre avait pour habitude de monter sur une échelle pour obtenir l’angle de vue qu’il souhaitait sur son modèle allongé sur le lit. Un angle de vue inhabituel évoquant l’intimité.

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Egon Schiele. « Nu masculin assis, vu de dos », 1910 Aquarelle, gouache et crayon gras sur papier. 43,8 x 31,1 cm. Neue Galerie New York. Don de la Serge and Vally Sabarsky Foundation, Inc. Photo : © Hulya Kolabas for Neue Galerie New York.

Distorsion des corps

Dans les œuvres du Viennois, les corps sont souvent représentés dans des positions inconfortables, ou comme arthritiques. Les articulations sont exacerbées. Les contours sont marqués. Sous le crayon de Schiele, les corps se font anguleux. On pourrait penser que cela provient du choix des modèles, souvent pauvres, qui venaient dans son atelier pour se faire quelques sous, plus que d’un parti-pris esthétique. Mais l’argument ne tient pas : il représentait sa propre sœur de la même façon. Il n’hésitait pas non plus à choquer par l’expression des visages, ou en représentant une femme enceinte nue. Pour Schiele, nulle recherche de beauté ne se faisait ressentir. La déformation avait la primauté. Et les personnes en marge de la société présentaient pour lui un intérêt pictural ou graphique majeur. 

L’une des expositions incontournables de l’hiver…

Informations pratiques

Fondation Louis Vuitton
8, avenue du Mahatma Gandhi
Bois de Boulogne
75116 Paris
Tel. : 01 40 69 96 00.

> A voir jusqu’au 4 janvier 2019.

> Entrée plein tarif : 16 euros.

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