« Feuilles & Merveilles, l’univers des papiers décorés », expo au Musée Médard à Lunel

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Marbreur de papier dans "Recueil de planches sur les sciences, les arts libéraux, et les arts mécaniques", tome 5, Paris, 1765. Gravure sur cuivre de Robert Benard, Collection privée.

Avec "Feuilles et merveilles", du 17 avril au 28 septembre 2019, le musée Médard propose de découvrir ces papiers souvent cachés et si intimement liés à la bibliophilie de collectionneurs exigeants comme Louis Médard. La feuille de papier n'est pas qu'un support fonctionnel pour l'écriture, la typographie ou le dessin. Au cours des siècles, elle devient un champ libre et épatant d'effets décoratifs, d'assemblages de motifs et de couleurs les plus divers.

Une collection d’une grande richesse

Fragile et tenace en même temps, la feuille de papier n’est pas qu’un support fonctionnel pour l’écriture, la typographie ou le dessin.  Si sa bibliothèque regorge de papiers marbrés, insérés dans les pages de garde ou cartonnés en reliure, l’exposition permet d’élargir le regard sur les papiers dominotés, imprimés et colorés à partir de gravures sur bois. Alternent motifs géométriques, feuillages, fleurs et dessins raffinés proches des indiennes imprimées sur tissu. D’autres techniques sont également montrées : papiers à la colle, gaufrés, dorés… Il s’agit d’une présentation extrêmement riche, réalisée grâce à l’apport des collections de Valérie Hubert, Marianne Peter et Marie-Ange Doizy, ainsi qu’aux prêts de plusieurs partenaires privés et institutionnels.

Le papier marbré

Aux origines incertaines et marquées par des récits légendaires, l’art de la marbrure sur papier serait né au XIIe siècle au Japon. Le suminagashi, « l’encre qui flotte sur l’eau en mouvement », permettait de fixer un dessin sur le papier grâce à l’utilisation d’un produit gras. Cette technique, qui précède le marbré, était destinée principalement aux papiers pour la calligraphie et la correspondance. Cependant, quelques sources écrites attestent d’une production de papier marbré en couleurs déjà au Xe siècle, en Chine. De l’Extrême-Orient, suivant le chemin emprunté par la diffusion du papier, on retrouve l’art de la marbrure en Perse et dans l’Empire ottoman, où l’univers du livre connaît un grand développement au XVIe siècle.

Support de l’écriture de poèmes et de la calligraphie, parfois associé à l’enluminure, le papier marbré est alors défini comme « art du nuage » (ebrû), présentant une spécificité technique : les pigments interagissent dans une eau épaissie avec de la gomme adragante. Quant aux motifs, ils sont créés à l’aide de peignes et de bâtonnets. Au-delà du livre, la marbrure se fait peinture, décoration, accessoire de mode… Cette vitalité, mise à l’honneur au musée Médard avec Feuilles et merveilles, est célébrée à sa manière par l’artiste des mots Jean-Noël László, en collaboration avec les mains expertes de Marianne Peter.

Page de garde en papier marbré, motif : peigné. Musée Médard, Lunel.

Carte blanche à 12 créateurs

Le musée Médard a donné carte blanche à 12 créateurs de papiers décorés afin de composer une galerie artistique au cœur de l’exposition Feuilles et merveilles. Une seule consigne leur a été donnée : créer un diptyque représentatif de leurs réalisations avec variation de teintes et de motifs, au format raisin (50 x 65 cm).

  • Marie-Anne Hamaide (Grosrouvre, Yvelines) / papier marbré
  • Brigitte Chardome (Court-Saint-Étienne, Belgique) / papier à la colle et papier à la térébenthine
  • Zeynep Uysal (Raon-l’Étape, Vosges) / papier marbré ;
  • Véronique LE BORGNE (Puylaurens, Tarn) / papier à la colle ;
  • Anne Lasserre (Trémolat, Dordogne) / papier marbré ;
  • Thomas Braun (Strasbourg, Bas-Rhin) / papier dominoté ;
  • Hervé Dugas (Marseille, Bouches-du-Rhône) / papier à la colle ;
  • Sylvie Hournon (Foix, Ariège) / papier à la colle et suminagashi ;
  • Baykul Baris Yilmaz (Paris) / papier marbré ;
  • Marie-José Felgines (Saint-Léonard-de-Noblat, Haute-Vienne) / papier marbré ;
  • Katalin Perry (Saint-Martin-la-Garenne, Yvelines) / papier marbré ;
  • Marianne Peter (Naves, Corrèze) / papier marbré.

Les papiers décorés : une passion, un métier

Marie-Ange Doizy est devenue au fil du temps une spécialiste émérite des papiers décorés. Si, depuis son enfance, elle voue une véritable passion aux livres, c’est grâce à l’apprentissage de la reliure qu’elle a développé une sensibilité particulière pour les papiers décorés, notamment pour les papiers marbrés, que l’on retrouve à l’intérieur des documents anciens. Sa volonté a été de pouvoir les « décrypter ». Ses connaissances ont permis au musée Médard d’étoffer la présentation de papiers décorés pour l’exposition Feuilles et merveilles.

L’habillage du livre

Les papiers décorés et l’habillage du livre

Dans le livre, les papiers décorés trouvent historiquement une place de choix : couvertures provisoires (dites « d’attente », comme des brochures) ou alternatives au cuir trop cher, pages de garde pour protéger avec la reliure les feuillets du volume. Les belles feuilles de dominotés, produites ou récupérées par les éditeurs, pouvaient couvrir aussi bien des impressions populaires (comme les almanachs) que des ouvrages plus élitistes. Les pages de garde, quant à elles, pouvaient être plus ou moins recherchées en fonction de l’importance de la reliure.

Les beaux papiers de Médard

Bibliophile averti, Louis Médard annote avec rigueur la qualité et les caractéristiques des papiers de ses volumes : vélin, grand papier, de Hollande, de Chine, fin d’Annonay, d’Auvergne… Mais il s’attarde rarement sur les papiers décorés présents dans ses reliures ; parmi ses quelques observations : « papier imitant l’étoffe », « papier des plats assortis », « couverture en papier de paille ». D’autres papiers singuliers qui ornent les livres de Médard complètent cette présentation : des élégants monochromes, des gaufrés et des dorés liés à la grande tradition allemande. Très rare, un papier estampé avec dégradés de couleur orne une reliure de Simier conçue pour un fac-similé lithographique d’un ouvrage du XVIe siècle.

Tranches marbrées et dorées

La marbrure des tranches remonte au début du XVIIe siècle et serait une invention française. Cette opération, particulièrement délicate, est réalisée par le marbreur, comme le montre l’illustration de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert. Il place le livre entre deux planches de bois et plonge légèrement ses tranches dans le bain de marbrure où les couleurs ont été préparées comme pour la marbrure des feuilles. Plusieurs livres de la bibliothèque de Louis Médard présentent des tranches différemment marbrées ou mouchetées avec des projections de couleur. Puis, pour les reliures de luxe, « on passe le livre au doreur qui y couche son or » (Encyclopédie). Ainsi, pour voir la marbrure sous-jacente, il faut feuilleter les tranches.

Papiers à la colle

Il s’agit d’une technique très ancienne et simple à réaliser : les couleurs sont mélangées avec de la colle de farine ou d’amidon et posées directement sur le papier à l’aide d’une brosse. Au milieu du XVe siècle, les cartiers l’ont utilisée pour décorer le dos des cartes à jouer ; plus tard, les papiers à la colle figurent en couverture de livres, en pages de garde et en décoration d’objets, surtout en Allemagne et en Italie. Comme le montre l’exposition Feuilles et merveilles, les techniques à la colle font l’objet d’un fort intérêt de la part des artisans contemporains.

Les papiers dominotés

Un papier dominoté est une feuille de papier décorée dont le motif est imprimé à partir d’une planche de bois gravée, et les couleurs sont appliquées au pinceau ou au pochoir. En France, ces feuilles de papier ornées de motifs géométriques ou floraux ont connu leur apogée au XVIIIe siècle. Elles étaient fabriquées par les dominotiers, artisans qui exerçaient également les métiers de cartier (fabricant de cartes à jouer) et d’imagier (fabricant d’images). À cette même époque, d’autres pays se distinguent par la production de papiers dominotés, comme l’Allemagne et l’Italie. N’ayant pas le droit d’utiliser des caractères d’imprimerie, les dominotiers étaient déjà actifs au XVIe siècle dans la production d’images et de papiers en couleur.

 

Papier dominoté en couverture de livres, France, seconde moitié du XVIIIᵉ siècle. Collection Valérie Hubert.

Préparées à l’atelier par le dominotier, les couleurs sont composées de pigments naturels liés avec de la colle de peau ou d’amidon, de la gomme arabique ou de la poudre d’alun. La gamme chromatique est limitée : noir (noir de fumée), bleu (indigo), jaune (graines d’Avignon), rouge (vermillon ou bois du Brésil). Ces couleurs se déclinent en différentes nuances, selon le mélange des ingrédients.

Le dominotier grave ses planches lui-même ou fait appel à un artisan graveur. Il est d’usage qu’un bois gravé porte en lisière le nom du dominotier, la ville où il exerce et un numéro de planche. Les bois étaient transmis de génération en génération ou changeaient de propriétaire en cas de décès ou de faillite. La signature du prédécesseur pouvait alors être effacée d’un simple coup d’échoppe, d’où l’appellation de « signature échoppée ».

Martin Engelbrecht. Une dominotière, vers 1735. Bibliothèque des Arts décoratifs, Paris.

Informations pratiques

Musée Médard
71, place des martyrs de la Résistance
34400 Lunel.

Horaires d’ouverture : du mercredi au vendredi de 14h à 18h et le samedi de 10h à 18h.
Fermeture annuelle : les dimanches, lundis et jours fériés.

Contact :
Accueil du musée : 04 67 87 83 95
Réservations : 04 67 87 84 21 / 04 67 87 84 22
E-mail : museemedard@ville-lunel.fr


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