Frédéric Blaimont, fidèle témoin de son temps à la Galerie de l’Ancien Courrier (Montpellier)

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© Virginie Moreau

A la Galerie de l’Ancien Courrier se tient actuellement l’exposition "Mes semblables". La galeriste Claire Bornerand a rassemblé pour l’occasion une bonne vingtaine de tableaux de différents formats de Frédéric Blaimont, peintre qui se présente comme un observateur de son temps. L’artiste fait défiler ses contemporains sur ses toiles, dans des situations du quotidien dont il exacerbe certains détails par divers procédés…

De la vérité en peinture

Il a affiné sa technique au fil des années, après avoir étudié à l’École nationale supérieure des Arts décoratifs de Paris et à la Kunstgewerbeschule de Bâle, en Suisse, au début des années 70, et a effectué un parcours dans la publicité en parallèle de sa carrière de peintre. Il aime la sensualité de la peinture à l’huile. Guidé par son instinct, il ne part pas de la théorie mais de l’action, qui guide son geste et ses recherches picturales, jamais achevées, puisque « chaque nouveau tableau est un pas vers l’inconnu ».

« Ma plus belle toile est sans doute la prochaine. »

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Arrière-pensée.

Les personnages que peint Frédéric Blaimont ne sont pas forcément beaux, mais vrais, car pour lui, le critère de beauté n’existe pas : la sincérité et la vérité priment. Qu’ils soient chargés de parasols, concentrés sur leur lecture, plongés dans de sombres pensées, en train d’attendre leur tour pour un bain à remous en thalassothérapie, en séance de selfie ou en pleine partie de pétanque, ses personnages ne sont pas forcément à leur avantage, sans pour autant être des caricatures. L’idée du peintre n’est pas les dévalo­riser. Il exacerbe seulement les situations, de telle sorte que l’on trouve dans ses tableaux la réalité du vécu. 

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Léger régime.

Déformations, cadrages, zones non peintes ou en aplats

« La façon dont je traite le sujet prime sur le sujet lui-même. »

« J’aime observer mes contemporains ; je les photographie. Ce sont des gens comme vous et moi. Une fois arrivé dans mon atelier, j’essaie de focaliser l’intérêt sur eux. Je dispose de plusieurs moyens : les déformations, qui me permettent d’exacerber l’impression que j’ai eue en les voyant, et le cadrage. Le fond monochromatique est une façon de les sortir de leur contexte et de les faire ressortir », affirme Frédéric Blaimont. C’est le cas de ce Pointeur tout entier concentré sur sa tâche, représenté en pleine tension vers son objectif, comme si sa vie entière en dépendait.

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Pétanque II (le Pointeur).

Une autre de ses techniques consiste à laisser certaines zones de ses tableaux non peintes, ou peintes en aplats. « Je travaille sur des masses. Il s’agit presque d’un travail d’abstraction, de pure composition sur la toile.

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Les Baroudeurs

Par exemple, dans le tableau Les Baroudeurs, où je représente les estivants qui arrivent à la plage avec tous leurs accessoires, je n’ai peint que les carnations des personnages, et j’ai laissé en masses grisées leurs vêtements et accessoires de plage.

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A l’attaque.

Dans A l’attaque, j’ai uniquement peint les carnations et les casquettes et chapeaux, et dessiné au crayon les contours des touristes, mais sans peindre leurs autres vêtements » explique le peintre. Tout se joue alors dans l’opposition de masses, qui permet de révéler certaines choses, comme les expressions ou le manque d’expression des visages.

En effet, « après avoir passé une journée entière à photographier des vacanciers arrivant sur la plage, harnachés comme des mules, j’ai eu l’impression de voir des militaires avec leur paquetage, rejouant le Débarquement à l’envers. J’ai donc essayé de retranscrire cette sensation avec les moyens qui sont les miens : le pinceau, la couleur et le dessin. J’appelle cette série Les Guerriers », explique-t-il. Actuellement, le peintre épure de plus en plus ses fonds et privilégie les tableaux de groupes, pour trouver plus de force et de puissance. Pour Frédéric Blaimont, la couleur ou l’absence de couleur participe à l’émotion qu’il souhaite – ou pas – communiquer. « L’usage de la couleur est instinctif chez moi », estime-t-il.

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Egobisou.

Habile chroniqueur du quotidien, des gestes, petites habitudes et des travers de ses contemporains, pour lesquels il éprouve une forte empathie, Frédéric Blaimont livre à la Galerie de l’Ancien Courrier des tranches de vies, dans lesquelles nous sommes nombreux à nous reconnaître…

Informations pratiques

> Galerie de l’Ancien Courrier – 3, rue de l’Ancien Courrier Montpellier – Tel. : 04 67 60 71 88.

Exposition visible jusqu’au 7 juillet 2018 inclus, du mardi au jeudi de 14h à 19h et du vendredi et samedi de 10h à 12h30 et de 14h30 à 19h.

« Toute peinture est un autoportrait ; je m’y projette d’une certaine façon. »

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