Jordi : l’énergie de la nature à l’Espace Bagouet, à Montpellier

Par |
portrait-jordi-par-virginie-moreau
© Virginie Moreau.

Après avoir été peintre paysagiste figuratif, puis s’être dirigé vers l’abstraction géométrique chère à Vasarely, le Montpelliérain Jordi s’est lancé dans l’abstraction lyrique. Depuis vingt-six ans, à l’instar d’un Viallat, il décline toujours la même forme… en peinture comme en sculpture. Sa tête de taureau stylisée est devenue sa signature. Rencontre avec le plasticien à l’Espace municipal Dominique-Bagouet, qui lui consacre une exposition personnelle.

Une forme récurrente

Il y a vingt-six ans, Jordi s’est lancé un pari sur le plan formel : créer une forme aisément reconnaissable qui deviendrait sa base de travail. Il s’agissait au départ d’une tête de taureau stylisée, qu’il a mis trois ans à finaliser pour qu’elle ne soit pas trop figurative. La « forme Jordi » associe le féminin et le masculin, selon lui. Elle peut aussi évoquer les ondulations de la mer. Avec ce parti pris, l’idée du plasticien était de se situer dans la lignée de Niele Toroni, qui peint toujours les mêmes motifs et se revendique du minimalisme, dit aussi « le degré zéro de la peinture », ou de Daniel Buren et ses rayures.

jordi-sphere

Déclinaisons de la forme en séries

Egalement féru de photographie, Jordi décline inlassablement sa forme en peinture comme en sculpture, jouant de la variété des propositions. Il travaille par séries. L’Espace Bagouet en montre quelques extraits dans l’exposition Ecce Terra.

Rééquilibrer sa relation à la nature

Fervent défenseur de l’environnement, Jordi plaide, à Bagouet, dans son installation
Petit jardin, pour la sauvegarde de la nature, et notamment de la Camargue, où est situé son atelier. L’artiste a déposé, dans des contenants usinés à sa forme, de la terre, du sel, de l’eau et du riz de Camargue. Il a associé minéral et végétal pour suggérer au public, hyperconnecté, de retrouver le lien originel à la nature. Dans la scénographie, plusieurs dispositifs rassemblent des sculptures réalisées dans ou à partir de matériaux bruts.

Le premier, qu’il appelle « la forêt méditerranéenne », est une métaphore de l’environnement méditerranéen ; il est composé de sculptures en sel de Camargue, écorce de pin, bois brûlé ou terre craquelée. Autant d’allégories des ressources, des incendies ou de la sécheresse typiques de notre région.

jordi-foret

Le second dispositif est un contraste entre la nature et les activités humaines. On y voit notamment une sculpture en tuyau d’arrosage, une autre avec des pailles, et une troisième avec des bouchons en plastique. La notion de pollution se rappelle au public. Jordi a également enserré des branches de laurier sauce dans sa forme métallique, symbolisant l’emprisonnement de la nature par l’homme. Et, évoquant sa prochaine exposition, il montre une compression à base de tomates de son jardin, issue de sa série L’Eloge de la tomate. L’imagination et le jeu sont au rendez-vous, et les matières sont variées.

jordi-pailles

Le troisième dispositif, allusion évidente aux forces telluriques, présente des sculptures en obsidienne d’Arménie et en marbre de Carrare, ainsi qu’une autre, rouillée après être restée longtemps enterrée.

jordi-forces-telluriques

Retrouver les origines de la peinture

Fasciné par la grotte de Lascaux, la Vallée des Merveilles et l’art pariétal en général, Jordi revient aux origines de la peinture en peignant avec de la terre de son jardin montpelliérain ou de Camargue. La terre de Camargue est aisément reconnaissable à son aspect sablonneux et à sa couleur plus grise que celle de Montpellier.

jordi-terre

Peinture au cordeau ou boustrophédon, rigide ou plus lyrique, empreintes de tampons d’acier, sur toile libre, toile enchâssée ou bois, là encore la diversité prime.

Le temps

On retrouve souvent la notion de temps dans ses créations. Chez Jordi, le passage du temps est notamment symbolisé par la rouille et par la lenteur du processus de cristallisation du sel.

jordi-vanites

Dans l’une de ses œuvres sur papier, les formes Jordi semblent même devenir des vanités. Une illusion de métamorphose.

Virginie MOREAU
vm.culture@gmail.com

Informations pratiques

Espace Dominique Bagouet 
Esplanade Charles de Gaulle
Montpellier
Tel. : 04 67 63 42 78.

> L’exposition Ecce Terra de Jordi est visible jusqu’au 3 décembre 2017.
> Visites libres du mardi au dimanche de 10h à 13h et de 14h à 18h. Visites guidées hebdomadaires tous les mercredis à 16h. Visites en groupe : réservation obligatoire par courriel à visites@ville-montpellier.fr ou par téléphone au 04 67 66 88 91.
> Des œuvres de Jordi sont présentées en permanence à la boutique de design LLUCK, sur le boulevard du Jeu de Paume, à Montpellier.

 

Commentaires

Vous devez être abonné pour commenter.

Abonnement newsletter

L’actualité juridique et économique de l’Hérault toutes les semaines dans votre boite mail.