Marcel Gromaire, quand la peinture se fait sculpture

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Marcel Gromaire 1892 – 1971. "Femme d’Asie" (détail), 1927 Huile sur toile, 100 × 81 cm. Legs du Docteur Maurice Girardin en 1953. Musée d’Art moderne de la Ville de Paris – Inv. AMVP 717 © ADAGP, Paris, 2019 ©Musée d’Art Moderne / Roger-Viollet.

Le Musée Paul-Valéry de Sète consacre son exposition hivernale à Marcel Gromaire, peintre né en 1892 dans le nord de la France, à Noyelles-sur-Sambre, et décédé en 1971. 

Cette rétrospective itinérante, sous-titrée L’élégance de la force, vient d’être présentée au musée Eugène-Boudin d’Honfleur et sera montrée à La Piscine de Roubaix au printemps 2020. On peut y découvrir 130 peintures et dessins provenant de prestigieuses collections publiques et privées, dont des chefs-d’œuvre et des inédits.

Le style à la fois cubiste et expressionniste de Gromaire s’y révèle, dans une palette
volontairement réduite, pour traiter des thématiques souvent engagées socialement… 

Marcel Gromaire 1892 – 1971. « Portrait de l’artiste », 1921. Huile sur toile, 55 × 46,5 cm. Legs du Docteur Maurice Girardin en 1953. Musée d’Art moderne de la Ville de Paris – Inv. AMVP 645. © ADAGP, Paris, 2019. © Musée d’Art Moderne / Roger-Viollet.

Paysages

Marcel Gromaire est très attaché à son lieu de naissance, dont il apprécie tout particulièrement « la magnifique lumière ». Les couleurs terreuses des Flandres inspirent sa palette ; leur sol nourrit les paysans, autre sujet qui intéresse le peintre, dont les préoccupations sociales se révèlent très tôt. Il crée de grands paysages à Noyelles. Plus tard, il se focalisera sur les paysages urbains de New York et Paris.

Géopolitique et lutte des classes

En 1914, il est rattrapé par le contexte géopolitique. La Première Guerre mondiale éclate. Il est mobilisé. Blessé, il doit recevoir de longs soins. Il en restera profondément traumatisé. En témoigne son chef-d’œuvre La Guerre, présenté au Salon des indépendants en 1925, où des « hommes-­robots, comme caparaçonnés dans leurs ­uniformes-cuirasses, rappellent implacablement que la guerre fut mécanique, industrielle et surtout déshumanisante »,
selon Philippe Bouchet. La Guerre est un tableau-manifeste.

Marcel Gromaire 1892 – 1971. « La Guerre », 1925. Huile sur toile, 130 × 97 cm. Legs du Docteur Maurice Girardin en 1953. Musée d’Art moderne de la Ville de Paris – Inv. AMVP 649. © ADAGP, Paris, 2019. © Musée d’Art Moderne / Roger-Viollet.

Allant souvent à l’essentiel, il crée des archétypes dans ses portraits de métiers, comme La Batelière ou Les Terrassiers. Le milieu populaire, les fameux travailleurs, de la terre ou de l’industrie, attirent beaucoup son attention. Dans ses œuvres, Marcel Gromaire met en avant l’injustice sociale. 

Loisirs

Mais, bien qu’exploité, le petit peuple sait s’amuser. Gromaire représente les joies du monde ouvrier, les loisirs modestes que peut s’offrir le bas peuple : le café, les animations foraines, les balades dans la rue, les femmes de petite vertu…

Marcel Gromaire 1892 – 1971. « Le Dimanche en banlieue », 1927. Huile sur toile, 162 × 130 cm. Galerie de la Présidence, Paris. © ADAGP, Paris, 2019 © Collection M. Alvin Ukman, Chicago,
États-Unis.

Et le peintre vante les mérites de la pratique sportive, mettant en scène des corps sculpturaux, comme dans sa Promenade en barque. Le sport est, selon lui, ce qui peut rassembler l’humanité au-delà des classes.

Portraits et nus

En totale empathie vis-à-vis de l’être humain, Marcel Gromaire réalise de nombreux portraits, de ses proches notamment. Il représente aussi la beauté féminine, la nudité, vouant un culte à la femme idéale. L’élégance domine, les chairs sont comme sculptées…

Virginie MOREAU
vm.culture@gmail.com

Informations pratiques

Musée Paul-Valéry
148, rue François Desnoyer – 34200 Sète
Tél. : 04 99 04 76 16.
www.museepaulvalery-sete.fr

Exposition visible jusqu’au 23 février 2020.

Marcel Gromaire 1892 – 1971. « Femme d’Asie », 1927. Huile sur toile, 100 × 81 cm. Legs du Docteur Maurice Girardin en 1953. Musée d’Art moderne de la Ville de Paris – Inv. AMVP 717. © ADAGP, Paris, 2019 ©Musée d’Art Moderne / Roger-Viollet.

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