Nina Childress, ex-fan des sixties & seventies, des petites baby dolls

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Sylvie (grosse tête), 2018, huile sur toile, 250 x 200 cm © Adagp 2019.

A l’occasion de "Dilindam", sa troisième exposition personnelle à la galerie Iconoscope, la peintre franco-américaine Nina Childress présente des variations picturales autour de l’idole de sa pré-adolescence, Sylvie Vartan, et de trois autres célébrités de l’époque, France Gall, Karen Cheryl et Karen Carpenter. Interview de l’artiste et éclairage de Sylvie Guiraud, la galeriste qui a choisi de présenter ses œuvres.

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Nina Childress © Adrienne Alcover.

Quel a été votre parcours jusqu’à présent ?

Nina Childress : « J’ai toujours voulu peindre. Mais j’ai interrompu mes études d’art pour me joindre à un groupe punk, Lucrate Milk, comme chanteuse et auteur, puis au collectif de peintres Les Frères Ripoulin. C’est ainsi que s’est faite ma formation. Dans les années 90, j’ai connu, comme beaucoup de peintres, une traversée du désert, la peinture n’étant pas à la mode, mais j’ai tenu bon. Tout s’est débloqué en 2006-2009, quand le MAMCO, en Suisse, a exposé mes tableaux. »

Vous avez un rapport assez fort avec cette région, même si vous n’y habitez pas…

N.C. : « C’est vrai. Le FRAC Languedoc-Roussillon, qui s’appelle désormais FRAC Occitanie Montpellier, a été le premier à acquérir une de mes œuvres et à m’exposer. En 1998, le Musée de Sérignan m’a consacré une exposition individuelle. En 2015, le Centre régional d’Art contemporain de Sète m’a invitée à présenter une exposition personnelle que j’ai appelée Magenta, qui reste sans doute l’une de mes meilleures expositions. »

Que représente pour vous la Galerie Iconoscope ?

N.C. : « Sylvie Guiraud m’accueille régulièrement à la Galerie Iconoscope. C’est la troisième exposition personnelle que nous faisons ensemble. Pour moi, Iconoscope est comme un laboratoire où je teste des choses que je pourrai développer en grand par la suite. »

Racontez-nous cette série, Dilindam

N.C. : « Il y a une partie autobiographique, née de ma fascination, lorsque j’étais préadolescente, pour la chanteuse Sylvie Vartan. Une grande partie de l’exposition lui est consacrée. J’ai peint ce que j’appelle une « grosse tête » de Sylvie Vartan, c’est-à-dire un très grand format, de 250 x 200 cm.

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« Sylvie » (grosse tête), 2018, huile sur toile, 250 x 200 cm © Adagp 2019.

En contrepoint, je présente une « grosse tête » de France Gall. Dans ma jeunesse, ces deux jeunes filles étaient des modèles pour toutes les adolescentes ; elles symbolisaient la beauté. Elles dégageaient de la suavité, faisaient ce que j’appelle « la biche », posaient. Ces portraits donnent une illusion de photoréalisme mais sont réalisés à grands coups de pinceaux ; ils sont en matière, peu léchés. L’impression diffère selon qu’on les regarde de loin ou de près.

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« Dilindam » 1 & 2, 2017, huile sur toile, 2 x 24 x 33 cm / « France » (grosse tête), 2019, huile sur toile, 248 x 190 cm © Adagp 2019.

Concernant Sylvie Vartan, je présente un tableau que je qualifie de « bad », qui symbolise ma sidération de l’avoir vue sur mon écran de télévision chanter après son accident de voiture, défigurée par des cicatrices qu’elle tentait de masquer derrière ses cheveux. Une céramique – ma toute première ! – reprend cette thématique. Dans un autre tableau, j’évoque une scène antérieure où Sylvie Vartan chantait le bras cassé. Pour symboliser sa douleur, j’ai remplacé la colonne sur laquelle elle s’appuyait par un pansement que j’ai collé à même la toile.

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« Petit bras cassé », huile et pansement sur toile, 46 x 38 cm – « Sylvie » (petite tête), 2019, céramique émaillée, 23,5 x 11,5 x 10 cm © Adagp 2019.

Dans cette série, je m’intéresse également à la place de la femme dans le milieu du show-business, au rapport à la féminité, et plus précisément à deux femmes que l’on a cantonnées derrière un micro alors qu’elles étaient batteuses par vocation : Karen Cheryl et Karen Carpenter. Toutes les deux ont été contrariées dans leur destin. »

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« Karen Pop », 2018, huile sur toile, 81 x 100 cm © Adagp 2019.

La scénographie n’a pas été laissée au hasard…

N.C. : « J’ai réalisé une maquette préalable de la scénographie. Il s’agit de peintures installées. J’ai souhaité que les visiteurs aient dès l’entrée une vision panoramique de mes « grosses têtes ». La « grosse tête » de Sylvie Vartan est présentée sur pieds devant un rideau en velours vert, référence directe au rideau de la Galerie Maurice-Garnier, galerie de Bernard Buffet, peintre très en vue à l’époque de Sylvie Vartan. L’idée de ce rideau m’est venue lorsque j’ai découvert des photographies de cette galerie cossue, du style moquette-rideaux. Par sa couleur vert foncé, ce rideau est tout l’inverse d’un rideau de scène. Et il ne donne bien évidemment sur aucune scène. La première salle est entièrement dédiée à Sylvie, si l’on excepte la « grosse tête » de France. Dans l’annexe sont présentées les autres jeunes filles, les Karen, à la batterie.

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« Karen en blanc », 2018, huile et or dentaire sur toile, 35 x 49,5 cm © Adagp 2019.

Les différentes couleurs de peinture des murs – vert, kaki, jaune fluo – donnent un sens de lecture : d’abord la grande Sylvie, puis les petits tableaux sur Sylvie, puis la céramique, le tableau trash, la sidération, les petits tableaux roses, que j’ai appelés Sylvissima 1 et 2, puis l’annexe avec les autres jeunes filles stars de la même époque. La peinture sur les murs est importante. Elle guide les visiteurs. Ensuite, à eux de cheminer mentalement. »

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« Sylvissima » 1 & 2, 2017, huile sur toile, 2 x 61 x 38 cm © Adagp 2019.

> Les « grosses têtes » sont des tableaux fascinants, hyper colorés, où la sensualité naissante d’une Sylvie Vartan en baby doll à frange, et la moue enfantine d’une France Gall à col claudine et barrette sont présentées dans un tel format qu’elles sont surexposées, comme elles le furent dans la vie. Avec un côté glaçant, figé. Devenant ainsi des monstres de foire, des freaks. La douleur, les destins contrariés évoqués dans d’autres œuvres interrogent sur le star system. Une exposition qui interpelle. Les couleurs et la touche de peinture sont jubilatoires, comme toujours chez Nina Childress. 

Virginie MOREAU
vm.culture@gmail.com


L’avis de la galeriste

Sylvie Guiraud, qu’est-ce qui vous intéresse dans le travail de Nina Childress ?

Sylvie Guiraud : « J’apprécie son rapport à l’image. Elle sait comment analyser et décomposer l’image. Nous vivons dans une ère dans laquelle nous devons faire face à un surplus d’images. Ce que j’aime chez les artistes que j’expose, c’est leur décalage par rapport aux images standardisées. La peinture a toujours une longueur d’avance par rapport aux images reproduites et standardisées. Dans les œuvres de Nina Childress, il y a un plaisir visuel, sensuel, au niveau de la couleur et de la touche. Elle sait décortiquer la séduction des jeunes femmes qui posent. Elle manie aussi l’humour. Ses tableaux ne sont pas des images lisses, même si parfois ils donnent l’illusion du photoréalisme. On y voit de grands coups de pinceau. Il y a un côté humain important pour moi. »


Informations pratiques

> Galerie Iconoscope
1, rue du Général Maureilhan & 25, rue du faubourg du Courreau
34000 Montpellier
Tel. : 06 20 36 57 47
http://www.iconoscope.fr/site/accueil/

> L’exposition Dilindam de Nina Childress est visible jusqu’au 13 juillet 2019 les mercredis, jeudis, vendredis et samedis de 14h00 à 19h00.

 

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