Perpignan, Musée Hyacinthe-Rigaud : l’exubérance artistique de Raoul Dufy à Perpignan, 1940-1950

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Raoul Dufy, Détail de "Personnages de carnaval, place Arago". Vers 1946. Crayon sur papier. 50 x 65,5 cm. Legs de Mme Raoul Dufy en 1963. Collection : Centre Pompidou, Paris - Musée national d'art moderne/Centre de création industrielle © ADAGP, Paris, 2018. © Photo Ville de Perpignan/Pascale Marchesan.

Jusqu'au 4 novembre 2018, à Perpignan, avec l'exposition "Raoul Dufy, les ateliers de Perpignan", le Musée Hyacinthe-Rigaud met en lumière une période très particulière de la vie de Raoul Dufy. Celle de ses cures dans cette ville pour atténuer les douleurs causées par sa polyarthrite. Une période prolifique et féconde sur le plan artistique pour le peintre…

Pendant la Seconde Guerre mondiale, en pleine France occupée, Raoul Dufy (1877-1953), atteint d’une sévère polyarthrite, se réfugia à Céret puis à Perpignan pour effectuer des cures thermales et apaiser ses douleurs. Il y fit l’heureuse rencontre du docteur Pierre Nicolau, qui le prit en charge dans sa clinique privée, et avec lequel il noua une solide amitié. Au point que celui-ci l’hébergea pendant six mois chez lui, au sein de sa propre famille. Au travers d’une centaine d’œuvres, le musée Hyacinthe-Rigaud retrace les années 1940-1950, très particulières pour Dufy, durant lesquelles il fit des aquarelles de fleurs, recommença à traiter le thème de l’atelier, revisita des œuvres de maîtres de la peinture, fut inspiré par la fête et la musique, et pratiqua même certains arts décoratifs. Perpignan symbolisa pour lui comme une seconde naissance…

Les années perpignanaises pourraient ne pas être spécialement heureuses pour Raoul Dufy, entre la guerre et la maladie. Il se sent très affaibli. Néanmoins, il se fait un bon réseau d’amis sur place, et fréquente Jean Cocteau, Aristide Maillol, Willy Mucha, l’écrivain Ludovic Massé, le peintre Pierre Brune, le musicien Pau Casals. Et surtout, la famille du docteur Nicolau l’entoure énormément. La maladie ne l’empêche pas de peindre ; elle exacerbe son désir de créer. 

Les ateliers successifs

Les six premiers mois, il réalise des bouquets de fleurs à l’aquarelle au premier étage de la maison des Nicolau, où il a installé son matériel. Mais rapidement, l’envie de se remettre à la peinture à l’huile le taraude. Il lui faut un atelier !

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Raoul Dufy, « Bouquet d’arums et fleurs des champs ». Vers 1942. Gouache sur papier. 65 x 44 cm. Collection E. Henrard. © ADAGP, Paris, 2018. © photo Collection E. Henrard.

Il s’installe dans un premier vrai atelier au 19 de la rue Jeanne d’Arc. Situé au rez-de-chaussée, peu lumineux, cet appar­tement lui permet néanmoins de s’exprimer de nouveau. Carreaux de ciment au sol, large fenêtre ouverte, une Frileuse y figure en bonne place. Dufy y représente ses œuvres en cours ou plus anciennes, et son modèle Berthe Reisz, qui, pour la petite histoire, est également sa compagne et infirmière. Il peint aussi ses visiteurs. 

Rapidement, le manque de luminosité l’incite à emménager en 1946 dans un nouvel atelier lumineux, situé au premier étage du numéro 2 de la bien-nommée rue de l’Ange. Ses trois immenses fenêtres donnant sur la place Arago, très animée, lui donnent immédiatement envie de retracer les fêtes populaires et les concerts qui s’y déroulent.

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Raoul Dufy. « Personnages de carnaval, place Arago ». Vers 1946. Crayon sur papier. 50 x 65,5 cm. Legs de Mme Raoul Dufy en 1963. Collection : Centre Pompidou, Paris – Musée national d’art moderne/Centre de création industrielle © ADAGP, Paris, 2018. © Photo Ville de Perpignan/Pascale Marchesan.

Une console néobaroque surmontée d’un grand miroir et toujours la Frileuse de Houdon focalisent son attention de peintre.

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Raoul Dufy, « Le modèle dans l’atelier », 1949. Huile sur toile 65 x 81 cm. Collection Le Havre, Musée d’art moderne André Malraux. © ADAGP, Paris, 2018. © photo MuMa Le Havre/Florian Kleinefenn.

Dufy fait aussi de nombreuses cures ici ou là pour apaiser ses souffrances : Céret, Vernet-les-Bains, Collioure, Saint-Martin-du-Canigou, Thuès-les-Bains, Font-Romeu, Amélie-les-Bains, Caldes de Montbui. Il en profite pour peindre…

Se mesurer aux maîtres

Durant la dizaine d’années qu’il passe à Perpignan, Raoul Dufy se penche sur des œuvres bien connues de l’histoire de l’art, qu’il réinterprète à sa manière. Ces œuvres, il les connaît, son imaginaire les vit ; il les ressent presque dans sa chair. Voici venu pour lui le temps de s’y confronter. C’est le cas avec La Naissance de Vénus d’après Boticelli, la Composition d’après Tintoret, le Bal du Moulin de la Galette d’après Renoir, ou encore avec Suzanne et les Vieillards d’après Tintoret… Toutes ces œuvres sont aux cimaises de l’Hôtel de Caumont.

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Raoul Dufy, « Composition d’après Tintoret ». Vers 1945. Huile sur bois. 22 x 60 cm. Legs de Mme Raoul Dufy en 1963. Collection : Centre Pompidou, Paris – Musée national d’art moderne/Centre de création industrielle. © ADAGP, Paris, 2018. © Photo Ville de Perpignan/Pascale Marchesan.

Peindre la musique

Passionné de musique, mais n’aimant pas trop le jazz, Raoul Dufy est proche de musiciens comme Pau Casals. Il peint le célèbre tableau L’Orchestre, les Arlequins rouge et blanc au violon, ou encore une nature morte, La Console jaune (au violon et à la partition) à Perpignan, comme le souligne l’exposition.

Se frotter aux arts décoratifs

Non content de travailler à la peinture à l’huile, Raoul Dufy conçoit aussi deux cartons de tapisseries – Collioure et Le Bel Eté – avec l’aide de Jean Lurçat. Et de sa collaboration avec Jean-Jacques Prolongeau, céramiste perpignanais, naissent des faïences décorées de baigneuses.

L’exposition Raoul Dufy, les ateliers de Perpignan mise sur pied par Christian Briend, conservateur au Centre Pompidou, montre toute la virtuosité de Raoul Dufy, attestant, s’il le fallait encore, que celui-ci fut bien un des grands peintres français du vingtième siècle… Comme si le peintre avait dépassé la douleur engendrée par la maladie pour être encore plus prolifique, quelques années seulement avant de tirer sa révérence… Un chant du cygne.

Virginie MOREAU
vm.culture@gmail.com

Informations pratiques

> Musée d’art Hyacinthe Rigaud – 21, rue Mailly – 66931 Perpignan Cedex – Tél. 04 68 66 12 82 – www.musee-rigaud.fr

> Du 1er juin au 30 septembre, le musée est ouvert tous les jours de 10h30 à 19h00. Du 1er octobre au 31 mai, il est ouvert du mardi au dimanche, de 11h à 17h30. Attention le musée est fermé le 25 décembre et le 1er mai.

> Tarif d’entrée : 10 euros.

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