Réouverture du musée de Lodève : une expérience spectaculaire à vivre en famille ! + VIDEO

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C’est avec le slogan bien trouvé « 540 millions d’années dans un seul musée » que le Musée de Lodève (fondé en 1957) rouvre ses portes le 7 juillet après quatre années de fermeture pour travaux d’extension et de mise en accessibilité tous publics. Sa surface ayant désormais doublé, les collections peuvent prendre leurs aises. VOIR NOTRE VIDEO !

Il aura fallu sept années et 11 millions d’euros pour donner naissance à ce projet ambitieux, dont quatre ans de travaux. L’architecte Daniel Meszaros, du cabinet Projectiles, a répondu au souhait de la Communauté de Communes Lodévois et Larzac, qui a porté ce projet, d’ouvrir le musée de Lodève sur la ville, en le raccordant à la rue de la République et en supprimant tout obstacle pour les publics à mobilité réduite. Il a créé une pente très douce, en déclivité. La surface du musée a plus que doublé, passant de 1 052 m2 à 2 436 m2 grâce à l’achat pour un euro symbolique d’un hôtel particulier attenant et à sa démolition/reconstruction. Des réserves climatisées de 300 m2 ont également pu être créées. Dès l’entrée, les visiteurs sont accueillis par une sculpture autoportrait de Paul Dardé – artiste fétiche du musée – dans une vitrine traversante. A l’hôtel du cardinal de Fleury rénové s’ajoute désormais une extension contemporaine organisée autour d’une cour intérieure, sorte de patio couvert bénéficiant d’un puits de lumière à l’éclairage zénithal réussi. Cette cour intérieure à la minéralité contemporaine reprend à la fois le passé du musée, avec les pierres apparentes de l’hôtel du cardinal Fleury, et le récit global du musée, formulé autour de la trace et de l’empreinte : l’architecte a fait réaliser les coffrages de béton à partir de planchettes évoquant les strates géologiques. Ici, tout a été réfléchi pour rappeler la temporalité, l’empreinte, la trace, afin d’accompagner la collection permanente du musée, de manière à faire sens…

Archéologie / Empreintes de l’Homme : de – 1 million d’années à – 3 000 avant notre ère

Au rez-de-chaussée, les visiteurs sont invités à découvrir le parcours Empreintes de l’Homme, où 600 objets sont présentés sur 200 m2, évoquant la fin de la préhistoire, donc le Néolithique. Tout d’abord, un hommage est rendu à l’archéologue Jacques Audibert, qui fit un don très important d’objets grâce auquel le musée fut créé en 1957. Une grande Salle du Temps propose ensuite une frise chronologique régionalisée du Néolithique. Neuf dispositifs multimédia réalisés par Les Fées Spéciales, jeune Scop du territoire, mettent en scène une tribu. Des élèves du Lodévois ont prêté leurs voix pour doubler ces films muséographiques. Trois présentations de grottes mettent en scène des découvertes. Ainsi, les visiteurs peuvent en savoir plus sur les différents passages, au fil des âges, au cœur de la grotte héraultaise d’Aldène : tout d’abord des ours, qui ont laissé des traces de griffes sur les parois, puis en – 30 000 des humains qui ont représenté des animaux – des rhinocéros, des félins, des mammouths – sur les murs de la même grotte, puis, les archéologues ont décelé le passage en – 7 000 d’une quinzaine de personnes qui ont exploré la grotte aux flambeaux.

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Immersion dans la grotte d’Aldène.

De chasseurs-cueilleurs, les hommes deviennent progressivement agriculteurs et éleveurs. Pour trouver de l’eau potable, ils se tournent vers les grottes. Justement, le musée montre une reconstitution d’une grotte-citerne néolithique datant de – 3 000 avant notre ère. A l’époque, les hommes disposaient de grands vases en céramique sous les stalactites dans les grottes, notamment dans celle de Maurous, où furent retrouvés des vases en 1933.

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La grotte-citerne.

Une salle funéraire montre un exemple d’organisation de tombe collective, que l’on pouvait trouver dans des grottes ou sous des dolmens. On peut aussi voir des exemples de statuaire monumentale. A cette période s’installe une hiérarchie. La métallurgie et le travail du cuivre apparaissent, comme le montre la dernière salle. Pour finir ce parcours, une grande maquette de la région met en évidence les sites où furent découverts des habitats néolithiques, des dolmens (il y en a 600 dans l’Hérault !), des menhirs, des grottes, etc. On ne s’ennuie pas une seconde dans ce parcours interactif.

Géologie / Traces du vivant : de – 540 à – 2 millions d’années avant notre ère

Au deuxième étage, l’exposition permanente Traces du vivant rassemble 700 objets sur 700 m2. Dès l’entrée, une immense Salle du Temps met le visiteur en immersion totale multimédia dans un compte à rebours passionnant prenant pour point de départ Lodève et s’étirant sur un million d’années, le temps des paléontologues. Chaque salle aborde une période géologique ; toutes les salles sont donc de couleurs différentes, pour sectoriser le temps. Parmi les dispositifs forts de cette présentation, on retient notamment une dalle de 40 m2 montrant les pistes d’animaux disparus du Permien. Dans une salle très peu éclairée, les visiteurs suivent la progression des animaux sur le sol, et peuvent ensuite regarder au mur les preuves de leur passage. De nombreux fossiles figurent dans des vitrines. Un livre explique simplement, par l’exemple, les empreintes en creux et en relief. Plus loin, le public peut voir, au sol, des traces laissées par un dinosaure…

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On le comprend, les expériences et le vécu au sein du musée sont multiples pour le public, quel que soit son âge.

Le grand avantage de ce musée est sa proximité avec les chercheurs : chaque découverte est ici exposée avant même de faire l’objet d’une publication. Le musée est donc à la pointe des connaissances régionales actuelles. Notamment pour le squelette de Caséïdé (reptile de 4 m de long) reconstitué.

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On apprend sur le parcours que seulement 0,01 % des espèces disparues sont retrouvées ! Et saviez-vous que les environs de Lodève proposent une illustration condensée des quatre ères géologiques ?

Sculpture/dessin : Mémoire de pierre, le fonds Paul Dardé

Paul Dardé (1888-1963) était un sculpteur lodévois quasiment autodidacte qui connut les deux Guerres mondiales. Il travailla un temps à Paris, avant de retourner à Lodève, indique un film biographique introductif. Le parcours permanent Mémoire de pierre qui lui est consacré par le musée repose sur son fonds d’atelier, reçu par le musée en 1972. Surnommé « le second Rodin », l’une de ses pièces maîtresses, le Faune – réalisé en taille directe, de 4 mètres de haut et pesant 14 tonnes – trône désormais dans l’atrium du musée (photo d’introduction).

Les 5 salles équipées de tables en bois du parcours diffusent une ambiance d’atelier. Leurs tiroirs livrent des informations passionnantes sur les sculptures. Côté sculptures, on retrouve les « gueules » de Dardé, ces visages aux nez busqués, aux mâchoires fortes, aux bouches charnues, dans la série illustrant Macbeth.

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D’autres fois, la finesse est extrême, comme dans L’Enfant au lapin, œuvre plein de grâce et d’enchantement.

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Et il y eut ses grands projets, dont la sépulture de la cantatrice Emma Calvet, sur laquelle il travailla durant quatorze ans et dont il ne fut jamais satisfait, au point qu’il décapita sa sculpture avant d’en faire une vierge. La cinquième salle, le cabinet d’arts graphiques, offre un aperçu de Dardé dessinateur et illustrateur. Pour l’heure, une exposition de trois mois y est présentée sur la thématique du faune, en lien avec l’exposition temporaire (lire ci-dessous)

Art / Expo temporaire : Faune, fais-moi peur !

Ivonne Papin-Drastik, conservatrice du musée de Lodève et commissaire de l’exposition Faune fais-moi peur !, à voir jusqu’au 7 octobre au Musée de Lodève, a pensé cette exposition en lien avec le Faune de Dardé (photo tout en haut de l’article). Faunes et satyres, proches des dieux de l’Olympe, vivant dans les forêts et les montagnes, permirent de tout temps aux artistes de traiter des thèmes réprimés par la religion : sexualité, vin, musique… 

Le faune est d’abord séduit par la nymphette endormie, dès l’Antiquité, sur les vases grecs. L’exposition aborde aussi la nudité avec de belles œuvres de Cabanel (Pierre et Alexandre), Gustave Moreau et Marc Chagall notamment.

Marc Chagall (1887-1985). Extrait de « Sur la Terre des dieux », 1967. Lithographie, H.44 x L. 35 cm. Paris, BNF © ADAGP, Paris 2018. Photo © BNF.

Le voyeurisme est une conséquence, suivi du jeu amoureux. Associé à l’ivresse, le faune est un compagnon de Bacchus. La Fontaine, dans ses Fables, parlera du satyre et du paysan qui souffle successivement le froid et le chaud, thème abordé par la peinture du Nord. La question du masque vient ensuite. Une mimêsis s’établit entre Picasso et le faune. L’artiste le représente sur ses céramiques de Vallauris. Ses faunes sont joyeux, à l’image de ses amours du moment.

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Pablo Picasso (1881-1973). « Faune musicien et danseuse », 24 sept.1945. Crayon de type pierre noire et gouache blanche, H25 x L33,5 cm. Musée national Picasso – Paris © Succession Picasso 2018. Photo © RMN-Grand Palais (Musée national Picasso- Paris) / Mathieu Rabeau.

Le Prélude à l’Après-midi d’un faune ne pouvant être laissé de côté, Ivonne Papin-Drastik évoque, dans la dernière section de l’exposition, la danse et la musique en relation au faune, avec des évocations du poème de Mallarmé, de la musique de Debussy et du ballet de Nijinsky.

Virginie MOREAU
vm.culture@gmail.com

 

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