« Risque d’exposition » ou l’écologie dans l’art, à Béziers

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Ghyslain Bertholon, "Troché de face lapins", 2016.

Sous l'égide de Dupré & Dupré Gallery, 6 artistes exposent leurs œuvres engagées au Palais épiscopal, à Béziers, du 2 au 25 juillet.

En cette ère de l’anthropocène, le confinement a démontré à quel point l’activité humaine pouvait influer sur le niveau de pollution de notre planète. Bien avant cela, des artistes ont épousé la cause de l’écologie, en créant avec des techniques respectueuses du développement durable, en travaillant dans et avec la nature, en pratiquant le recyclage, en créant de façon collaborative et responsable. Leurs œuvres incitent souvent à une réflexion sur l’environnement et sa protection ou destruction.

Pour cet événement intitulé Risque d’exposition, Fabrice Delprat, directeur de Dupré & Dupré Gallery, a réuni six artistes engagés, partisans d’une éthique écologique au service de ou révélée par la création plasticienne. Ghyslain Berthlon, Ursula Caruel, Emma Picard, Nicolas Rubinstein, Vincent Mouls et Olivier Toma cherchent à provoquer une prise de conscience sur les grands enjeux écologiques actuels.

Déclinaisons sur l’écologie et l’environnement

Le communiqué de presse de l’exposition présente chacun des artistes et leurs credo et modes de création. En voici la teneur…

Ursula Caruel, « Impression » – Encre sur toile, 17 mètres – 2020.

Ursula CARUEL réalise des œuvres avec la nature : graminées, feuilles, branchages emplis de poésie. L’artiste dévoile ainsi à chaque visiteur, avec douceur et bienveillance, une richesse du vivant fragile et essentielle. Le travail d’Ursula Caruel, nourri de son amour pour la poésie, propose un accès direct à l’émotion présente. Le végétal est un fil rouge dans ses dessins et elle a à cœur de proposer aux spectateurs de partager son admiration de la richesse du vivant. Dans ses dessins, wall drawing et installations de dessins, l’homme est très peu présent, on retrouve à peine ses traces rendues au sauvage. Les arbres, les herbes, les graines sont libérés de l’influence humaine et sont rendus à leur liberté. Grâce à l’utilisation du noir, elle amène le regard à entrer dans le graphisme des plantes qui deviennent motif et qui sont répétées sur la feuille comme cellule après cellule se multipliant pour dessiner la vie. Le dessin sort du cadre, passe d’une feuille à l’autre, et la nature reprend son espace.


 


Emma Picard, « Bocca della verita », dyptique 2x47x49cm – jus de citron, cire, cadre de ruche.

Emma PICARD collabore avec des abeilles venant créer des alvéoles de cire sur ses dessins au jus de citron. Cette plasticienne attachée à une pratique et l’usage de médiums écoresponsables indique : « Risque(s) d’exposition… quel titre et quel thème prémonitoires pour cette exposition prévue de longue date avant la crise sanitaire ! En tant qu’artiste, je n’ai pas attendu l’appel à un « monde d’après » pour m’interroger sur ma pratique et ses conséquences environnementales. Car il ne s’agit pas de considérer que les artistes puissent ou aient la prétention de changer le monde par les sujets qu’ils traiteraient : tout au plus soulèvent-ils quelques poussières planquées sous les tapis. En revanche, l’artiste est un citoyen comme les autres et je ne vois pas au nom de quoi il serait exempt de se remettre en question sur les moyens de sa pratique : quelles matières utilisons-nous et en quelles quantités ? Nos œuvres peuvent-elles être petites et précieuses plutôt que grandes ? Quel est le bilan carbone du transport de nos œuvres ? Pour ma part, j’ai abandonné l’utilisation des plastiques dans mes œuvres et installations. Je travaille avec des matières naturelles : jus de citron, papier artisanal et écologique, cire d’abeilles, feuilles d’arbres… Mes formats sont petits mais précieux, car rares : les abeilles mettent beaucoup de temps à travailler sur mes dessins. »



Ghyslain Bertholon, « Rezilientia » – bronze et laque – 100 x 53 cm.

Ghyslain BERTHOLON : Nombre de ses œuvres, aux formes et échelles variées, témoignent de sa sensibilité écologique par l’étude des rapports de dominations exercés par l’Homme sur la nature en général et les animaux en particulier. Parmi lesquelles sa désormais fameuse série des « Trochés de face » débutée en 2004. Porteur des états d’âme de sa génération, Ghyslain Bertholon explore toutes les possibilités d’expressions offertes par le monde contemporain et se faufile entre les rouages de la société de consommation pour en dénouer les ressorts. Une partie importante de son travail, regroupée sous le nom de « Poézies », rassemble l’ensemble de ses réflexions et de son approche sensible sur ce qui constitue notre environnement social et culturel. Ses « Poézies » sont des miroirs que nous tend l’artiste. On y redécouvre nos illusions perdues et nos raisons d’espérer. Nos obsessions d’adultes et nos rêves d’enfants. Lors de ces quinze dernières années, Ghyslain Bertholon a participé à plusieurs centaines d’expositions personnelles et collectives ainsi qu’à des résidences et workshops en France et à l’étranger. Il est diplômé de l’Ecole des Beaux-Arts de Saint-Etienne.



Nicolas Rubinstein « BD Dauphin électrique », bronze, verre, acier – 2000 – 28 x 75 x 22 cm.

Nicolas RUBINSTEIN a été meurtri dès son enfance par les premières pollutions pétrolières de grande ampleur. Sensible à la pollution marine, son installation est une puissante invitation à penser le moment du débordement et de changement d’habitude : « L’écologie est un sujet qui nous concerne tous et en tant que citoyen de la planète, je me sens évidemment impliqué. Il serait vain ici de vouloir traiter ce sujet de manière exhaustive, ou de faire de la morale. Le but est plutôt de sensibiliser une fois de plus la population à l’état de notre Terre et j’ai choisi pour ma part de me focaliser sur un problème qui m’affecte particulièrement, et ce depuis longtemps, celui de la pollution marine. Petit déjà, en Bretagne, alors que je faisais de l’Optimist, je m’appliquais à récolter dans ma coque de noix les détritus que je voyais flotter à la surface de l’eau. Et il y avait malheureusement déjà beaucoup de sacs plastiques dans la mer sur laquelle je naviguais. Puis en 1978, il y eut le naufrage de l’Amoco Cadiz… Aujourd’hui, la situation s’est aggravée. On parle de plusieurs continents de plastique qui dérivent dans les océans du globe et on ne compte plus les marées noires qui ont souillé la planète bleue. Et c’est ce problème écologique majeur que je veux pointer dans cette exposition. »

Artistes invités, Vincent MOULS et Olivier TOMA proposent chacun une œuvre. Le premier a créé une sculpture à visée participative, avec des déchets marins collectés sur les plages du littoral biterrois par l’association Projet Rescue Océan. Le second, très engagé via sa société Primum non nocere , donnera à voir un tableau en matériaux de récupération. Dans leur cas, l’éco-art valorise la responsabilité tout en se plaçant sur fond d’éthique partagée, selon le communiqué.



Informations pratiques

Palais épiscopal – 1-2, place de la Révolution – 34500 Béziers.
Exposition visible du 2 au 25 juillet 2020, du mardi au samedi de 15h à 19h jusqu’à 20h30 le vendredi. Fermée le 14 juillet. Entrée libre.



 

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