Romain Ventura peint la solitude urbaine [Montpellier, Galerie Samira-Cambie]

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Romain Ventura joue les anonymes devant ses aquarelles © Virginie Moreau / HJE 2019.

A l’occasion de sa seconde exposition individuelle à la galerie Samira-Cambie, Romain Ventura ne se focalise plus sur l’architecture des villes ni sur les travaux et chantiers dont elles peuvent faire l’objet, mais zoome sur les habitants qui les peuplent. Des individus souvent plongés dans leurs pensées, qu’il capte dans leur vie quotidienne, à la dérobée, sur son smartphone. Et dont il restitue en peinture une certaine réalité, à l’huile sur bois, une fois rentré dans son atelier, en se concentrant sur la lumière.

Romain Ventura est foncièrement un jeune homme urbain, qui fréquente les centres-villes lors de ses pérégrinations quotidiennes, en observe les architectures, et s’intéresse de plus en plus à ceux qui y vivent. L’être humain est complexe et se veut unique, mais la mondialisation, ses voyages dans les transports en commun, son utilisation des nouvelles techno­logies, ses usages des mêmes services que tout un chacun, ses courses dans les mêmes commerces le rendent banal et semblable à tout le monde, pour qui l’observerait d’un œil neutre. L’humain pris dans sa routine est pareil au hamster qui court dans sa cage. 

C’est pour extraire de leur quotidien certaines personnes qu’il a photographiées et par intérêt pour l’être humain que Romain Ventura – ayant perçu en elles un petit quelque chose ou ayant décidé de leur redonner une étincelle de vie – a choisi de les peindre. 

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Romain Ventura. « L’homme aux pigeons ». Huile sur bois.
119 x 75 cm. 2019.

Il met à l’honneur, à l’occasion de l’exposition Les Illustres Inconnus, un SDF nourrissant des pigeons près du Centre Pompidou, un conducteur de métro, les passagers de ce même métro, des coiffeurs et leurs clients, un homme fasciné par son smartphone, ou encore une jeune femme à La Panacée…

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Romain Ventura. « La bête humaine ». Huile sur bois. 119 x 75 cm. 2019.

Ces personnages sont souvent représentés dans des cadres : fenêtres du métro, de La Panacée, vitrine du coiffeur…

Romain Ventura. « Le Métro ». Huile sur bois. 120 cm x 220 cm. 2019.

« Ils sont enfermés dans des cases, esclaves des machines, détachés du reste du monde », affirme Romain Ventura, qui ajoute : « S’il y a parfois une impression de foule, de diversité, comme dans le tableau du métro, ces personnes sont en fait très seules. La solitude fait peur. C’est une angoisse perpétuelle. Actuellement, les gens sont entourés mais solitaires. » 

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Romain Ventura. « A La Panacée ». Huile sur bois. 2019.

Ses aquarelles évoquent les mêmes sujets mais ont été réalisées le plus souvent à des terrasses de café, sur le vif. On y voit beaucoup de femmes, « sans doute parce que ce sont elles que je regarde en premier », estime Romain Ventura, qui assume un côté voyeur, pour les besoins de son art. Plusieurs aquarelles représentent des personnes sans-abri. « C’est un sujet auquel je suis sensible ; pas par misérabilisme mais parce que les passants passent devant eux sans les regarder ; ils se sont habitués à cette misère quotidienne. Au contraire, quand je dessine les SDF, je m’attarde sur eux, je prends le temps ; je leur trouve une certaine beauté ». L’accrochage fait se côtoyer les personnes sans domicile fixe avec des touristes, de riches demoiselles installées sous de chaudes couvertures à la terrasse d’un café huppé, une visiteuse de musée, des passagères de métro, une jeune femme posant chez un fleuriste… Les scènes ont en commun leur naturel, les expressions accentuées des personnages, et un réalisme doublé de la propre interprétation de l’artiste. 

Souvenirs de Chine

Romain Ventura a récemment effectué un voyage en Chine, où il a commencé une série d’œuvres qu’il poursuit actuellement. Il a d’ailleurs signé une œuvre avec le tampon chinois qu’il a fait créer représentant l’idéogramme Tache d’encre, son pseudo actuel. 

Virginie MOREAU
vm.culture@gmail.com

Pour l’anecdote, très perfectionniste, Romain Ventura retouchait encore certains tableaux quelques jours après le vernissage, rajoutant de la luminosité ici ou là. Il ne s’est arrêté de le faire que sur l’injonction expresse du peintre Vincent Bioulès.

Galerie Samira-Cambie – 16, rue Saint-Firmin – 34000 Montpellier – Tel : 06 80 64 12 22
https://galeriesamiracambie.com

L’exposition Illustres inconnus de Romain Ventura est visible jusqu’au 25 novembre 2019, du mardi au samedi, de 10h00 à 12h00 et de 14h00 à 19h00. 

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