« Van Dongen et le Bateau-Lavoir » : la naissance d’un fauve (musée de Montmartre à Paris)

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Dans le cadre de la saison culturelle néerlandaise en France, "Oh ! Pays-Bas", deux expositions parisiennes font actuellement la part belle aux peintres néerlandais : la première, qui se focalise sur Kees Van Dongen, se tient au délicieux musée de Montmartre - Jardins Renoir. Elle fait l’objet de l’article de cette semaine. La seconde exposition a lieu au Petit Palais, et sera traitée dans notre édition du 26 avril ; il y sera question de Van Dongen, Van Gogh ou encore Mondrian, parmi plusieurs de leurs compatriotes…

Au travers de près de 65 œuvres de Kees Van Dongen, l’exposition Van Dongen et le Bateau-Lavoir, chronologique, retrace la carrière du peintre (formé à l’Académie royale des Beaux-Arts de Rotterdam de 1892 à 1895) à compter de son arrivée à Paris en octobre 1899 et jusqu’à ses années mondaines. Elle montre l’importance de la période du Bateau-Lavoir au sein de son œuvre.

Les débuts et l’intérêt pour la fête

Un bel autoportrait en contre-jour débute la section consacrée à la biographie du peintre.

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Kees van Dongen, « Autoportrai »t, 1895. Huile sur toile, 92,5 x 59,8 cm, Centre Pompidou, musée national d’Art moderne – CCI. © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Philippe Migeat © ADAGP 2018, Paris.

L’artiste fait ses débuts en tant qu’illustrateur pour L’Assiette au Beurre, et en illustrant des histoires pour enfants. Entre 1900 et 1904, dans son atelier de l’impasse Girardon, Van Dongen, anarchiste épris de liberté, s’attache à représenter la prostitution, les fêtes, les cafés et l’ambiance parisienne. Sa Buveuse d’absinthe côtoyant la mort est criante de vérité, tandis que la Femme rattachant son jupon témoigne de la légèreté de l’époque. Il rencontre les peintres Maximilien Luce et Charles Camoin.

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Kees van Dongen, « Moulin-Rouge ou le Promenoir (Au café) », vers 1904. Huile sur toile, 30 x 43 cm, collection Plaussu, courtesy Galerie de la Présidence, Paris. © ADAGP 2018, Paris.

Entre 1903 et 1904, le dessinateur engagé devient véritablement peintre. Parrainé par Paul Signac, il expose d’ailleurs au XXe Salon des Indépendants en 1904. Sa palette chromatique s’éloigne de la tradition hollandaise, s’éclaircit et devient plus colorée, le mouvement et la touche apparaissent. Les vues de Montmartre et les manèges festifs l’inspirent sur le plan pictural. En 1904, Van Dongen se lie avec Maurice de Vlaminck et Henri Matisse. Il expose ses œuvres à Paris, notamment à l’exposition controversée de 1905 du Salon d’automne, où exposait également, entre autres, Henri Matisse. Les couleurs vives de leurs œuvres seront à l’origine du nom de ce groupe de peintres : les fauves.

L’été 1905, passé à Fleury-en-Bière, près de Barbizon, avec son épouse Guus, sa fille Dolly, en compagnie de leur couple d’amis peintres Otto Van Rees et Adya Duthil, verra naître des œuvres comme Les Lieuses ou L’Epouvantail, sans doute influencées par l’Ecole paysagiste de Barbizon. Otto Van Rees représentera cet été-là le lit bucolique que son ami Van Dongen avait installé à l’extérieur, pour profiter du paysage.

Le Bateau-Lavoir

C’est véritablement la période du Bateau-Lavoir, où il s’installe fin 1905 et où il reste jusqu’au début de l’année 1907, qui donne un coup d’accélérateur à sa reconnaissance par le milieu de l’art et le public. De retour du cirque Medrano, où il passe de longues heures en compagnie de Picasso, Van Dongen fixe sur la toile des acrobates, des clowns, des équilibristes, des écuyères, de façon particulièrement moderne. Au Bateau-Lavoir, Van Dongen peint aussi son endiablé Carrousel (manège de cochons) en 1905, qui sera acquis par Henri Matisse, l’agitation des Folies Bergère, et réalise notamment un portrait de l’archétype de La Parisienne (1906). En 1907, il signe un très beau portrait de son épouse et de leur fille, intitulé Ma Gosse et sa mère.

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Kees van Dongen, « Ma gosse et sa mère », vers 1907-1908. Huile sur toile, 100,1 x 81 cm, collection particulière. © ADAGP 2018, Paris.

Galvanisé par la présence au Bateau-Lavoir de Picasso, Van Dongen se frotte au peintre et rivalise amicalement avec lui en faisant en 1907 un portrait de Fernande Olivier, la compagne de celui-ci, à demi-nue. Un portrait où sa palette fauve s’exprime pleinement.

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Kees van Dongen, « Fernande Olivier », 1907. Huile sur toile, 100 x 81 cm, collection particulière. © ADAGP 2018, Paris.

Van Dongen se distingue alors par son usage de la couleur et notamment du vert sur les peaux des personnages, en plus de la couleur chair. Dans ses tableaux, l’érotisme est exacerbé.

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Kees van Dongen, « Deux yeux », 1911. huile sur toile, 65 x 54 cm, collection particulière, courtesy Het Noordbrabants Museum, Bois-le-Duc © ADAGP 2018, Paris

La femme étant devenue son sujet favori, et pratiquant lui-même la lutte, Van Dongen focalise son attention sur un groupe de lutteuses, qu’il peint dans une œuvre pleine de modernité, Les Lutteuses de Tabarin (1907-1908). Ce tableau ne le quittera jamais, tout au long de sa vie.

Influencé par ses voyages en Espagne et au Maroc, dans ses ateliers de la rue Lamarck puis de la rue Saulnier, où il reste entre 1908 et 1913, Van Dongen apporte une touche d’exotisme et d’orientalisme à ses tableaux, notamment dans sa Danseuse espagnole (1911).

Un peintre mondain

Dès 1912, installé à Montparnasse, devenu un peintre mondain prisé du « gratin parisien », il réalise de nombreux portraits de personnalités littéraires et politiques ou encore d’actrices… Le portrait de l’épouse de son avocat, Mme Marie-Thérèse Raulet, est symbolique de cette période particulièrement festive, où Van Dongen et sa nouvelle compagne, Jasmy Jacob, organisent de nombreuses fêtes et réjouissances dans son nouvel atelier décoré à l’orientale. Le luxe et l’opulence font désormais partie du quotidien de Kees Van Dongen. Il sera qualifié par certains de « paparazzi des Années folles ».

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Kees van Dongen, « Portrait de Madame Marie-Thérèse Raulet », vers 1925-1930. Huile sur toile, 100 x 81 cm, Caen, musée des Beaux-Arts. © ADAGP 2018, Paris.

Kees Van Dongen est passé en une quinzaine d’années d’un atelier miteux de Montmartre où il menait une vie de bohème à un luxueux hôtel particulier dans le XVIe arrondissement de Paris, où il menait la grande vie. Élisabeth Couturier dit de lui : « Il trahira sa propre cause en passant des heures chaudes du fauvisme, dont il fut l’un des plus impétueux représentants, au maniérisme séduisant du portraitiste de salon ». On comprend, dès lors, pourquoi sa période au Bateau-Lavoir peut être vue par certains comme une époque charnière de sa création, voire comme sa meilleure période, sur le plan pictural…

Le Bateau-Lavoir, un lieu mythique. Situés sur la place Emile-Goudeau, au 13 de la rue Ravignan, à Paris, au flanc de la butte Montmartre, les ateliers du Bateau-Lavoir – un baraquement en bois délabré ainsi appelé car du linge y était mis à sécher – réunirent à partir de 1904 un foisonnement d’artistes peintres comme l’Espagnol Pablo Picasso, le Néerlandais Kees Van Dongen, l’Allemand Otto Freundlich, l’Italien Amedeo Modigliani, ou encore les Français André Derain et Maurice de Vlaminck. Les poètes n’étaient pas en reste, puisqu’on pouvait croiser, dans les couloirs de la vétuste bâtisse, Guillaume Apollinaire, Max Jacob ou encore André Salmon. Cela valut à ce lieu d’être qualifié de « berceau de l’avant-garde ». L’émulation et la camaraderie y régnaient, tout autant que de franches rivalités. Des œuvres magistrales y furent créées, comme Les Demoiselles d’Avignon par Picasso en 1907, le sacrant ainsi comme le lieu de naissance du cubisme, ou encore les tableaux de cirques ou de la vie montmartroise par Van Dongen, qui y conforta sa réputation de membre de l’avant-garde. Un lieu et une période de grande importance donc pour lui, qui fut le seul peintre néerlandais de l’époque à avoir obtenu la naturalisation française. La célébrité venant, le Bateau-Lavoir fut progressivement déserté par les artistes au profit du quartier Montparnasse.

 

Informations pratiques

Musée de Montmartre – Jardins Renoir
12, rue Cortot – 75018 Paris
Tel. : 01 49 25 89 39.
www.museedemontmartre.fr

> Exposition visible tous les jours, de 10h à 19h.

Accès en métro : stations Lamarck-Caulaincourt ou Abbesses (ligne 12), station Anvers (ligne 2).

Catalogue

> Le catalogue de l’exposition, intitulé Van Dongen & le Bateau-Lavoir, a été publié par les Editions Somogy. Bilingue français/anglais, il comporte 152 pages et 100 illustrations, et coûte 19 euros.

> Plein tarif : 12 €.

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