Vincent Bioulès entre paysage naturel et jardins d’agrément, c’est « Chemin faisant » aux Matelles

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Vincent Bioulès © Virginie Moreau.

Les paysages sont au cœur de l’œuvre du peintre montpelliérain Vincent Bioulès. Parmi ceux qu’il affectionne le plus figure le pic Saint-Loup. Ses tableaux sur le sujet font l’objet de l’exposition "Chemin faisant" qui se tient actuellement à la Maison des Consuls, aux Matelles. D’autres, à portée plus mythologique ou biblique, sont visibles au musée Fabre, à Montpellier, pour la rétrospective dédiée au peintre. "Chemin faisant" présente aussi ses dessins des jardins de la Villa Médicis, à Rome, sorte de jardin-salon très entretenu destiné à assurer le repos et la détente des invités.

C’est toujours un plaisir infini que de cheminer dans l’une de ses expositions avec Vincent Bioulès. On a l’impression de recueillir les impressions d’un grand sage plein d’humour. Il fourmille d’anecdotes, donne de nombreux détails techniques, n’hésite pas à montrer une craquelure que l’on n’avait pas remarquée sur l’un de ses tableaux, et en explique aussitôt la raison.

Membre du groupe Supports-Surfaces en 1970, donc partisan d’une abstraction radicale, il est ensuite retourné à la figuration et a pratiqué le portrait et le nu dans les années 1980 et 90, et représenté aussi des intérieurs et des places.

Il est fondamentalement attaché à la représentation du paysage. Il a notamment dessiné la montagne Sainte-Victoire, le Canigou, le mont Aigoual, les plateaux de la Lozère, l’Aubrac. Les grands espaces symbolisent pour lui l’espace intérieur, permettent la réflexion, la pensée. Représenter le paysage induit pour lui une réflexion psychologique et métaphysique.

Pic Saint-Loup : dessin sur le motif

Vincent Bioulès arpente les chemins du pic Saint-Loup depuis son enfance. Un brin malicieux, il dit le connaître par cœur tout en n’y connaissant strictement rien. Il assure : « Observer, dessiner, peindre le paysage, c’est une vie intérieure, les délices de la solitude consentie, les plaisirs de l’ennui. »

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© photo Céline Capelier.

Il explique : « Parfois, à bord de ma Renault Express, ma voiture-atelier, je suis soudain subjugué. Je me dis : ‘ça, il faut que je le peigne’. Je m’arrête, puis ça m’échappe. Je suis obligé de dessiner longtemps pour faire réapparaître une réalité qui m’avait échappé ». Il dessine toutes les faces du pic, quelle que soit la météo… L’exposition présente ses dessins depuis 1972 jusqu’à 2019.

Le pic Saint-Loup en peinture

Interrogé sur son évolution stylistique au fil des ans, Vincent Bioulès se fait provocateur en lançant : « Je m’applique moins ! ». On note en effet une certaine sauvagerie expressionniste dans l’exécution et la coloration des toiles les plus récentes. Comme les deux tableaux de 2019, où le ciel est jaune. Vincent Bioulès explique à leur propos : « L’idée de faire un ciel jaune m’a plu ; Bonnard disait : ‘Il n’y a jamais assez de jaune’ ».

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Photo Galerie La Forest Divonne – Vincent Bioulès, « Face Nord », 2016, huile sur toile, 97x130cm.

Vincent Bioulès compose de plus en plus avec les volumes. Dans un autre tableau, il dit avoir transformé les nuages qui se forment autour du pic Saint-Loup en « cailloux volants » ; le pic Saint-Loup est pour sa part quasiment envisagé comme une sculpture, un volume (tableau ci-dessous).

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Les fameux nuages en forme de cailloux blancs. © photo : Virginie Moreau.

Jardins de la Villa Médicis

Vincent Bioulès a effectué deux séjours de quinze jours chacun à la Villa Médicis, à Rome, en 2007 et 2008. Un tout autre paysage, entièrement domestiqué, s’est alors offert à lui. Des jardins propices à la détente, au recueillement, à la douce promenade et à la réflexion dont il a ramené des dessins réalisés au fusain et à la craie.

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© photo : Céline Capelier.

Il a notamment représenté les jardins, la fenêtre du directeur, le Bosco, la sortie du labyrinthe, l’orlo, le pin et le dôme de San Carlo, la statue, etc. Il marchait alors dans les pas de ses illustres prédécesseurs Vélasquez, Ingres, Corot… Vincent Bioulès a mis dans ces dessins son immense émotion de se retrouver dans un tel lieu, fréquenté par tant et tant de grands peintres avant lui…

Virginie MOREAU
vm.culture@gmail.com


L’éclairage de Marie-Caroline Allaire-Matte,
commissaire de l’exposition Chemin faisant

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Marie Caroline Allaire Matte, commissaire de l’exposition « Chemin faisant » et directrice de la Galerie AL/MA à Montpellier © Virginie Moreau.

Une expérience contrastée au paysage

« Pour cette exposition, Vincent Bioulès et moi avons voulu montrer son expérience contrastée au paysage à travers ses dessins des jardins de la Villa Médicis, espace clos, structuré à travers les siècles, et ses dessins et peintures du pic Saint-Loup, espace sauvage et de liberté qu’il a toujours connu ; un espace rousseauiste où se pose la question de la nature, de la Création. »

Traduire immédiatement l’émotion par le dessin

« L’expérience du motif est caractéristique de l’engagement de Vincent Bioulès, l’émotion est ainsi traduite immédiatement. Son premier geste est de réaliser des croquis rapides sur le motif traduisant la météo, les couleurs, son émotion face au paysage. Puis vient une phase de réflexion à l’atelier qui peut échapper à la réalité objective ; c’est le passage à la peinture. »

Un dessin ne ment pas

« Pour Vincent Bioulès, le dessin est primordial. Un dessin ne ment pas ; il est dans l’essentiel ; il ne peut pas être manipulé. Alors qu’une peinture peut « distraire » de la vérité du sujet, selon lui. »

L’évolution stylistique au fil du temps

« Son tableau L’Amandier, qui date de 1986, est réalisé en touches serrées, épaisses. Ses tonalités sont foncées. Par comparaison, ses dernières peintures sont réalisées à larges coups de brosse ; il y a quelque chose de plus physique dans l’exécution, et de plus coloré. »

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Vincent Bioulès, « Noé 1 ». © photo Céline Capelier.

Le pic Saint-Loup, son centre du monde

« Le pic Saint-Loup est souvent pour Vincent Bioulès le lieu de la construction du récit ; il y place des personnages minuscules ; c’est le décor de ses récits bibliques ou païens, comme en témoignent Noé 1 (ci-dessus), La Fuite en Egypte et bien d’autres œuvres. »

Harmonia mundi

« J’aurais pu appeler cette exposition Harmonia mundi, car selon moi, Vincent Bioulès puise dans le pic Saint-Loup et dans la nature en général un bonheur existentiel, un enchantement de vivre qu’il retranscrit ensuite dans ses dessins et ses peintures… »

Propos recueillis par Virginie MOREAU


Informations pratiques

Maison des Consuls
Rue des Consuls
34270 Les Matelles
Tel. : 04 99 63 25 46.
www.museedesmatelles.fr.
> Exposition visible à la Maison des Consuls, jusqu’au 1er septembre 2019.
> Ouverte en juin du mercredi au dimanche et les jours fériés de 14h à 18h et en juillet et août tous les jours de 10h à 12h30 et de 14h à 19h.

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