Visite d’atelier – Isabelle Piron, le textile pour passion

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Installée à Sète, Isabelle Piron a suivi une formation artistique en cours du soir à l’Ecole des Beaux-Arts de Sète. Inspirée par le textile, elle coud, brode, assemble, donnant ainsi naissance à des créations sensibles, à fleur de peau. Interview…

Qu’est-ce qui vous a conduite à l’art ?

« En 2012, j’ai été malade, et j’ai beaucoup créé à ce moment-là à partir de tissu, de papier. C’étaient de petites œuvres. Petit à petit, j’ai fait plus grand.  »

Y a-t-il selon vous un côté symbolique au travail de l’aiguille, que vous pratiquez en tant qu’artiste ?

« J’ai travaillé très jeune en bloc opératoire en tant qu’aide-soignante. Pour moi, le fil et l’aiguille ont un côté réparateur. Je pratique la couture au ressenti, d’un point de vue purement artistique. »

D’où vous vient cet attrait pour le textile ?

« J’ai réellement enclenché le travail sur le textile en 2012, après avoir créé des marionnettes pour les spectacles pour enfants que je faisais. Une couturière m’a donné des chutes de tissu et j’ai alors poursuivi cette voie du travail sur tissu. Pour moi c’était facile, évident. J’ai utilisé le tissu comme si je faisais des collages. Je cousais les textiles sur du papier. J’ai marié mes tissus aux dessins que j’avais faits aux Beaux-Arts, prenant les chutes telles quelles, sans les découper. Oui, pour moi, la couture était comme du collage. Il s’agissait d’une matière que j’avais à portée de mains à ce moment-là. Auparavant, je ne pensais même pas travailler avec le textile. »

 

Vous venez de créer une série autour des organes…

« Dans ma précédente profession, j’ai vu et manipulé beaucoup de corps. J’ai donc toujours plus ou moins travaillé sur le corps, mais pas sur les organes en eux-mêmes. Le projet Le Trousseau à fleur de peau est parti d’organes en tissu que j’ai cousus sur des pages de la Revue universelle, publication qui date de 1937. J’ai joué sur le contraste entre le papier ancien et le tissu. J’ai représenté des cœurs, énormément de seins, des oreilles, des yeux, des cerveaux… Les organes des cinq sens, donc, mais pas uniquement, puisque les organes féminins ont une large place dans cette série. J’ai créé ces organes à partir de différentes matières. Par exemple, un cœur en velours, filet de pêche, fil rouge et stylo bille ; un cerveau en soie… Des textes accompagnant ces organes ont été rédigés par un atelier d’écriture organisé par l’association frontignanaise La FabriKulture. Un recueil a été fait. Les textes se réfèrent aux œuvres, comme Le Mont de Vénus… J’ai ensuite continué cette série d’organes en les cousant sur des serviettes de table, qui faisaient partie des trousseaux de jeunes filles lorsqu’elles se mariaient. Pour moi, ces œuvres ont un lien à la transmission, à l’héritage. Elles se réfèrent au fait que l’on donne son corps quand on se marie. J’ai aussi créé une nappe assortie à ces serviettes. Je pense poursuivre ce projet sur des serpillières, des mouchoirs… »

Quelle est la signification particulière de ces organes ?

« Les organes féminins se réfèrent à l’intime et ont tous une dimension poétique. J’ai créé beaucoup de seins : le sein est nourricier, protecteur ; sa forme est ronde, généreuse, harmonieuse. Les cœurs évoquent des choses qui peuvent perturber, être douloureuses ou au contraire heureuses. Lorsque je crée un cœur pour une commande particulière, je propose à la personne d’y introduire de petits objets de son choix. Le cœur a alors une connotation réparatrice, protectrice. »

Vous avez aussi créé des gravures représentant des arbres. Pourquoi des arbres ? « J’ai créé beaucoup d’arbres sur du bois, faisant ainsi un lien entre la matière utilisée et le sujet représenté. Sur le plan technique, je grave sur du tissu, je couds sur le papier et ensuite je grave. J’ai un côté terrien, j’aime la nature, je suis toujours un peu partagée entre nature et culture. D’où ces arbres. Je me sens proche des matières offertes par la nature. J’aimerais d’ailleurs faire mon propre papier… »

Virginie MOREAU
vmoreau.hje@gmail.com

> A voir à ES Art Factory Montpellier jusqu’au 23 novembre, sur RDV. https://www.facebook.com/es.artfactory
> Pour contacter Isabelle Piron :
Mail : atelierisart@yahoo.fr / Site : www.isabellepiron.com
Page Facebook : https://www.facebook.com/piron.isabelle
Page Instagram : https://www.instagram.com/atelierisart/

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