Auguste CHABAUD (1882-1955), l’exubérance dramatique

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Sète, Musée Paul-Valéry, jusqu’au 28 octobre 2012. A la croisée des chemins entre fauvisme et expressionnisme, les oeuvres d’Auguste CHABAUD qui sont actuellement exposées au musée Paul-Valéry de Sète furent peintes alors que l’artiste était au maximum de sa créativité, entre 1900 et 1914. Plongée dans l’univers très particulier de ce peintre plein de paradoxes, né à Nîmes…

 

Article de Virginie MOREAU publié dans son intégralité dans l’Hérault Juridique & Economique du jeudi 5 juillet 2012.

Bien moins connu que les fauves VLAMINCK, MATISSE, DERAIN et VAN DONGEN ou que les expressionnistes KIRCHNER et NOLDE, Auguste CHABAUD produisit pourtant une oeuvre aussi originale et dans la même mouvance qu’eux.

Lorsqu’il arrive à Paris en 1906 après avoir fait son service militaire en Tunisie, le jeune provincial est immédiatement subjugué par cette ville symbolisant les grandes nouveautés du début du XXe siècle, avec leur lot de pêchés capiteux et capitaux. Il en croque la modernité, inspiré par l’ambiance et les lignes des gares, leurs locomotives à vapeur et leurs réclames publicitaires. Mais c’est surtout le monde de la nuit qui le fascine, avec ses lumières blafardes ou aveuglantes, ses femmes de petite vertu, ses boulevards, ses cabarets et ses cafés-concerts. Il s’intéresse également au monde du cirque.

Comme les fauves, il donne de nouvelles couleurs à la vie, tout en en soulignant l’étrangeté. Quand il les peint, les cheveux des prostituées sont bleus comme le bleu de la nuit. Leurs traits presque animaux, loin de refléter la réalité, les réduisent au rang de caricatures, les ramènent à leur condition et soulignent leur rôle de composition. Leurs visages cernés sont aussi durs que leur vie.

Comme les expressionnistes en effet, CHABAUD excelle dans l’art de représenter des saynètes tragiques. Les perspectives aplaties confrontent de plein fouet au sujet. La crudité et les contrastes entre les couleurs cernées de noir participent à souligner la dureté de la vie…

Les corps des prostituées sont déformés par le poids des souffrances physiques et psychologiques qu’elles endurent, et même au cirque, le clown fait plus peur que rire… Les tableaux de CHABAUD reflètent la misère et la décadence qui règnent sur Paris à l’époque.

Paradoxalement, « ces tableaux qui auraient pu faire d’Auguste CHABAUD un homme illustre de son vivant furent longtemps cachés au public », explique la directrice du musée Paul-Valéry, Maïthé VALLÈS-BLED. En effet, après son séjour à Paris, une fois revenu dans sa province à Graveson, près d’Avignon, le peintre choisit délibérément de les garder confidentielles du fait de leur thématique, qui allait à l’encontre de la morale protestante prévalant dans sa famille. Ce n’est qu’une trentaine d’années après la mort de sa mère, quand ses propres enfants furent grands, au début des années cinquante, que le peintre osa enfin exposer publiquement cette série à l’ambiance si particulière.

• Lieu : Musée Paul-Valéry – 148, rue François Desnoyer – 34200 Sète / Tel. : 04 99 04 76 16
Le musée est ouvert tous les jours, de 9h30 à 19h00, jusqu’au 28 octobre 2012.

• Plus d’infos, Site Internet officiel : www.museepaulvalery-sete.fr

 

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