« Picasso primitif », passionnant catalogue de l’exposition éponyme au Musée du Quai Branly

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Bien qu'il l'ait nié et qu'il ait dit détester "l'exotisme", l'intérêt que portait Picasso à l'art dit "nègre" est évident. C'est ce que rappelle Yves Le Fur, directeur du département du patrimoine et des collections du Musée du Quai Branly, et le postulat de l'exposition qui s'y déroule actuellement, intitulée "Picasso primitif". Regard sur le catalogue d'exposition, rédigé collectivement et paru chez Flammarion.

Une collection qui l’accompagnera toute sa vie

La première partie de l’ouvrage établit des jalons chronologiques des différents points de convergence de Picasso avec les arts primitifs de 1900 à 1974 : photographies d’œuvres d’art africain accompagnées de leur date d’acquisition par le peintre, documents factuels, citations de Picasso et d’autres artistes confirmant son penchant pour cet art… Le point d’orgue étant sa visite au musée du Trocadéro en 1907, qu’il classe parmi ses « plus grandes émotions artistiques ».  Il explique alors avoir découvert « … le sens même de la peinture. Ce n’est pas un processus esthétique ; c’est une forme de magie qui s’interpose entre l’univers hostile et nous, une façon de saisir le pouvoir, en imposant une forme à nos terreurs comme à nos désirs ». « Le jour où je compris cela, je sus que j’avais trouvé mon chemin », explique-t-il. A partir de 1907, l’artiste débute une collection d’art africain et océanien incluant masques, statuaire et photographies ethnographiques.

Mais si Picasso aime s’entourer d’art africain et vivre parmi les masques et autres statues, il dit n’en être pas influencé pour autant. Pourtant, relève le catalogue, en 1912, André Salmon s’étonne : « Pour la première fois chez Picasso, l’expression de visages n’est ni tragique, ni passionnée. Il s’agit de masques à peu près délivrés de toute humanité ». Comment ne pas y voir l’influence des masques de l’art africain ? Nombreuses sont les autres parentés entre les œuvres qu’il crée et sa collection, selon les auteurs du catalogue.

Corps à corps, rapports thématiques et formels entre art africain ou océanique et œuvres de Picasso

Le catalogue Picasso primitif relève que « l’évolution de Picasso vers des formes archaïques ou premières le conduit autour de 1906 à simplifier et schématiser » la représentation du corps. Au gré des pages, les créations de l’artiste sont mises en regard avec des sculptures primitives. L’apparition du cubisme accompagne cet intérêt grandissant pour les réalisations non occidentales. Puis le corps, chez Picasso, devient plus stylisé, il se fait signe, se réduisant à « quelques lignes essentielles ». Picasso entre dans un processus de transformation et de métamorphoses des formes et des points de vue à mettre en parallèle, selon les auteurs, avec les « arts non occidentaux utilisés comme créateurs de magies visuelles ». « Picasso pratique de manière privilégiée ces fusions selon ses mythologies personnelles », relève le catalogue. L’artiste mêle bientôt les traits humains et animaux, comme le font typiquement les arts océanien et africain. Picasso réalise des sculptures-assemblages à partir d’objets trouvés détournés et de matériaux de fortune, qui ne démériteraient pas à côté de sculptures africaines. Pulsion de vie et de mort, sexualité traversent et transcendent son œuvre.

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En conclusion, on retiendra cette phrase ironique de Picasso – « Qu’est-ce que, au fond, un peintre ? C’est un collectionneur qui veut se constituer une collection en faisant lui-même les tableaux qu’il aime chez les autres » – citée par Gérard Wajcman au sein du catalogue. Le processus créatif aurait donc consisté à  « faire entrer chez soi et même en soi des pans de l’histoire de l’art », selon celui-ci.

La mise en page de cet ouvrage est aérée, agréable, et le propos étayé. Un catalogue clair et pédagogique, facile à lire, qui, tout comme l’exposition éponyme, dévoile l’une des nombreuses facettes du génie que fut Picasso.

Virginie MOREAU
vm.culture@gmail.com

 

« Picasso primitif », ouvrage collectif
Editeur : Flammarion
Broché, 384 pages
280 illustrations
24,5 x 29,5 cm
49,90 euros.

> L’exposition Picasso primitif se tient jusqu’au 23 juillet 2017 au Musée du quai Branly, à Paris.

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