Musique ancienne : quand l’instrumentarium du CIMM remonte le temps

Par |
© CIMM

L’innovation est depuis quelques années symbolique de l’avènement de l’écosystème start-up. Mais elle peut aussi surgir du passé, comme avec l’instrumentarium porté par le Centre international de Musiques médiévales (CIMM) à Montpellier.

Animé par Gisèle Clément, maître de conférences en musicologie, spécialiste de l’histoire des musiques médiévales et enseignante-chercheuse à l’université Paul-Valéry – Montpellier 3, le CIMM poursuit une double mission : recréer des instruments anciens destinés aux musiciens de renom et aux élèves du conservatoire régional de Montpellier et promouvoir les musiques anciennes, notamment par l’organisation du Festival Les Marteaux de Gellone, qui se tiendra du 17 au 28 mai à Saint-Guilhem-le-Désert et Montpellier. Reportage…

© HJE 2019, D. Croci

 

Le CIMM promeut la création, la diffusion et la transmission des musiques médiévales. En cohérence avec la politique culturelle et patrimoniale de l’État et des collectivités territoriales, il a mis en place le projet Musiques Médiévales au XXIe siècle. Expression publique de la démarche du CIMM, le festival Les Marteaux de Gellone, qui se déploie à Saint-Guilhem-le-Désert et Montpellier, associe concerts, journées d’études, ateliers et salon d’archéo-lutherie. Notre photo ci-dessus : Damien Poisblaud, qui étudie depuis 40 ans le chant grégorien, transmet ses connaissances aux élèves du conservatoire à rayonnement régional de Montpellier.

C’est dans l’une des vastes salles de répétition du conservatoire à rayonnement régional de Montpellier Méditerranée Métropole que l’Hérault juridique a opéré une très intéressante plongée au coeur des musiques médiévales. Depuis quelques années, l’universitaire Gisèle Clément poursuit, avec le CIMM et des musiciens passionnés, son travail de recherche et de défrichage d’un univers musical au fort imaginaire. Chorale et/ou instrumentale, la minutieuse exploration des partitions a vite nécessité une autre relation à la mémoire, à sa restitution, par la création d’instruments au plus près de ceux naguère utilisés par les jongleurs. Le CIMM a ainsi fédéré les archéo-luthiers de France pour réinventer, à partir d’images ou de sculptures (comme le tympan de l’église de Moissac) et de textes, les vièles et guiternes, instruments monoxyles très prisés dans les temps médiévaux. Il s’agit bien là d’une rencontre historique et anthropologique entre musicologues, interprètes et artisans d’art pour approcher au plus près la geste et le timbre d’une esthétique musicale « fabuleuse », comme un pont sensoriel jeté entre le Moyen Age et le XXIe siècle.


© CIMM

Gisèle Clément : « Créer une banque d’instruments anciens au service des musiciens et des élèves du conservatoire »

 

Transmettre est l’autre vocation du CIMM. Comment mieux faire qu’en créant une banque d’instruments anciens : l’instrumentarium ? Sept pièces originales ornent pour l’instant la collection pratique du centre. Gisèle Clément souhaite convertir de nouveaux mécènes pour aider ses élèves à disposer de vièles de Moissac, de guiternes et autres harpes et organettos. Interview…

HJE : Comment le Centre international des musiques médiévales est-il né ?

Gisèle Clément : «Le CIMM s’est construit à partir de mon métier. Je suis enseignant-chercheur sur les musiques du Moyen Age. Après sept ans d’enseignement devant mes étudiants, j’ai fini par trouver absurde de les faire théoriser sur des musiques qu’ils n’entendaient qu’à travers les CD que je leur passais en cours. De plus, il y a de nombreux musiciens de talent spécialisés dans ce répertoire. J’avais envie de donner à mes étudiants les moyens de les rencontrer, d’apprendre avec eux, tout en réfléchissant sur les traces manuscrites du passé. Ceci en confrontant les points de vue des musiciens, autrement que par le seul aspect musicologique.»

Le facteur humain, voire humaniste, fait partie intégrante de ce projet…

«Nous avons beaucoup à apprendre les uns des autres. Le CIMM est né de cette intention. C’est une association artistique associée au conseil des collectivités. Nous faisons de l’aide à la création. Trois ensembles sont accueillis en résidence chaque année. Ils sont financés pour travailler un nouveau programme qui sera donné en avant-première au festival Les Marteaux de Gellone à Saint-Guilhem, puis ensuite diffusé partout en France, voire en Europe.»

Transmettre est aussi une composante importante de votre action…

«J’ai souhaité développer un enseignement spécialisé en musiques médiévales qui n’existe pas ou peu dans les autres conservatoires. D’où le partenariat avec le conservatoire à rayonnement régional de Montpellier Méditerranée Métropole, qui nous accueille dans ses murs. Nous recevons à la fois des étudiants de l’université et du conservatoire. C’est la quatrième promotion cette année. De 12 élèves la première année, nous accueillons désormais 53 jeunes et moins jeunes passionnés par les musiques médiévales. Y compris des personnes qui viennent de plus loin en région.»

Pourquoi un instrumentarium ?

«L’idée de l’instrument s’est vite imposée. En suivant les salons spécialisés, j’ai rencontré plusieurs luthiers dont certains fabriquent pour des musiciens de renom. Ce qui m’intéresse, c’est de rassembler toutes les démarches et tous les corps de métiers dans un seul geste, pour montrer aux étudiants que tout ce monde est intimement lié. Si l’on travaille sur la vocalité, sur le type de voix, sur le tempérament, il faut travailler aussi sur les instruments. J’inclus également le lieu, et plus particulièrement l’abbaye de Saint-Guilhem-le-Désert. La commune a une écoute bienveillante pour ce projet. Mon équipe de recherche – l’équipe des médiévistes de la Faculté – est en lien depuis très longtemps avec Saint-Guilhem, notamment les historiens de l’art.»

© CIMM

 

Comment l’instrumentarium fonctionne-t-il ?

«Les instruments sont commandés et financés par le CIMM. Auprès d’archéo-luthiers qui sont installés partout en France. Il en existe une vingtaine, mais pas dans l’Hérault et plus dans le Gard, malheureusement. Suivant le type désiré, on fait appel au spécialiste de chaque instrument. La Ville de Montpellier nous aide au financement de l’acquisition des instruments. La Banque Populaire du Sud lance chaque année un appel à projets sur le patrimoine matériel et immatériel dont nous avons été lauréat. Il est évident qu’il faut que l’on travaille plus largement en direction du mécénat.»

Quelle est la vocation de votre instrumentarium ?

«J’aimerais bien constituer une grande banque d’instruments. Nous disposons de 7 pièces acquises depuis le lancement de l’action, il y a trois ans. Essentiellement des cordes dont 5 vièles (4 dites Moissac et une du XIVe), une guiterne et une harpe. Une seconde guiterne est en cours de réalisation. A côté du travail de recherche et de restitution des instruments avec des artistes de renom, mon objectif est de créer un parc instrumental pour les mettre à la disposition des étudiants. Pour organiser des stages, il faut prétendre à prêter ces instruments. L’investissement va de 1 500 euros à 7 000 à 8 000 euros pour les plus perfectionnés et les plus ciselés, orgue mis à part ! L’organetto, l’orgue roman ou orgue positif* du XIII– dont aucun n’a été restitué à ce jour – reste notre Graal. Mais nous sommes là dans des budgets avoisinant 30 000 à 40 000 euros… Il reste malgré tout qu’aucune autre structure d’enseignement ne propose le prêt de ce type d’instruments originaux et proches de ceux dont disposaient les jongleurs (musiciens médiévaux).»

Propos recueillis par Daniel CROCI

* Positif : qui se pose, à l’inverse du portatif.

Commentaires

Vous devez être abonné pour commenter.

Abonnement newsletter

L’actualité juridique et économique de l’Hérault toutes les semaines dans votre boite mail.

En renseignant votre adresse email, vous accepter de recevoir nos derniers articles par email et vous prenez connaissance de notre Politique de confidentialité