Niki de Saint Phalle, féminisme, amour et audace

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Les galeries nationales du Grand Palais viennent de proposer une rétrospective très documentée consacrée à l’artiste franco-américaine Niki de Saint Phalle (1930-2002), célébrée de par le monde pour ses Nanas. Sur 2 000 m2 étaient présentées 200 œuvres et archives, parfois inédites, retraçant son parcours de façon chronologique et thématique, ainsi que des vidéos dans lesquelles l’artiste évoque son travail. Cette exposition a mis l’accent sur la diversité des talents de cette membre du Nouveau réalisme qui s’adonna à la peinture, à la sculpture, à la gravure, créa des assemblages et fit des performances et du cinéma expérimental. Elle était aussi à l’aise pour travailler sur de petits formats que sur des formats monumentaux, ainsi qu’en témoigne sa sculpture-fontaine L’Arbre Serpents Fontaine, qui était placée devant l’entrée du Grand Palais.

Rien ne prédisposait Catherine-Marie-Agnès Fal de Saint Phalle à devenir artiste. Née à Neuilly-sur-Seine d’une mère américaine et d’un père français, elle s’est d’abord dirigée vers le mannequinat, travaillant pour de célèbres magazines féminins, puis vers la vie de famille en épousant Harry Mathews. Elle a commencé à peindre vers 1952-53, alors qu’elle séjournait dans un hôpital psychiatrique pour soigner une dépression consécutive à un lourd traumatisme vécu dans son enfance. Ses œuvres de l’époque s’inspirent de l’art brut (Dubuffet). Autodidacte par choix, elle a vite été apparentée aux Nouveaux réalistes (avec Christo, Yves Klein…). Sa rencontre et son second mariage avec l’artiste Jean Tinguely en 1971 ont abouti à la réalisation à quatre mains d’un grand nombre de sculptures-architectures. Ses sculptures monumentales en mosaïque présentent une parenté certaine avec le Parc Güell de Gaudi et avec le Palais du Facteur Cheval. L’aspect esthétique des œuvres de Niki de Saint-Phalle ne saurait masquer leur message, amplifié par la renommée de la créatrice sur le plan international.

Un art ludique mais engagé

L’œuvre de Niki de Saint-Phalle évoque de grands thèmes politiques. D’après la commissaire générale de l’exposition, Camille Morineau, spécialiste de cette artiste : « On en connaît le caractère joyeux et coloré, mais on en a oublié la violence, l’engagement et la radicalité ». En effet, selon elle : « Chacune de ses œuvres comporte plusieurs niveaux de lecture et d’interprétation dont on a souvent omis le caractère politique au profit d’une lecture décorative et superficielle de son œuvre. Aller au-delà, c’est reconnaître par exemple aux « Tirs » toute leur puissance subversive. Ces performances, où des tableaux étaient détruits à la carabine par l’artiste ou le public invité, furent à la fois fondatrices dans l’histoire du happening et particulièrement scandaleuses car orchestrées par une femme. Dirigés contre une vision de l’art, une idée de la religion, une société patriarcale, une situation politique où guerre froide et guerre d’Algérie s’entremêlent, un pays – les États-Unis – où le port d’arme est légalisé, les « Tirs » sont à l’image de son œuvre ultérieure, qui se nourrit presque toujours de questionnements sociétaux ». Camille Morineau rappelle que « Niki de Saint Phalle fut l’une des premières artistes à aborder la question raciale et à défendre les droits civiques puis un multiculturalisme américain ; une des premières aussi à utiliser l’art pour sensibiliser le grand public aux ravages du sida ».

Le féminisme pour credo

Les « Nanas » de Niki de Saint Phalle, femmes aux formes opulentes qui semblent danser leur vie en toute liberté, peuvent être vues comme des « portraits, à la fois réels et fantasmés, de l’artiste et de la femme contemporaine », avance la commissaire d’exposition, qui poursuit : « Niki de Saint Phalle renouvelle la représentation du corps féminin et de l’érotisme, réinterprète les grandes figures mythiques, interroge le rôle de la femme dans la société et en propose un autre. Fille, épouse, mère, guerrière, sorcière et déesse, pour n’en citer que quelques-unes, sont autant de facettes ou d’interprétations possibles des fameuses « Nanas ». Les séries successives des « Mariées », « Accouchements », « Déesses » puis après les « Nanas », des « Mères dévorantes », recréent une véritable mythologie féminine. S’y ajoutent les performances, les textes et les déclarations de l’artiste, le contenu des longs métrages : autant de preuves pour réhabiliter Niki de Saint Phalle comme la première grande artiste féministe du XXe siècle ».

La proximité avec le public

Se voulant proche du public, Niki de Saint Phalle ne s’est pas cantonnée aux lieux d’exposition. Elle a réalisé de nombreux projets architecturaux et a créé des sculptures monumentales présentées en plein-air. On lui doit des fontaines, parcs pour enfants et maisons habitables aux rondeurs accueillantes, aux mosaïques de miroirs et de céramique et aux couleurs chatoyantes. Prolongez agréablement cette exposition en visitant son fameux Jardin des Tarots, situé à Capalbio en Toscane ! Dans ce jardin ésotérique, concrétisation des rêves de jeunesse de l’artiste, vous pourrez entrer dans ses sculptures gigantesques représentant les vingt-deux arcanes majeures du tarot.

Virginie Moreau

 

> Cette exposition sera présentée au musée Guggenheim de Bilbao du 27 février au 7 juin 2015.

Cet article a été publié dans l’Hérault Juridique & Economique du 22 janvier 2015.

Légende photo : Leaping Nana, planche de Nana Power, 1970, 76 x 56 cm, sérigraphie sur papier Velin d’Arches®, Sprengel Museum, Hanovre, donation de l’artiste en 2000 © 2014 Niki Charitable Art Foundation, all rights reserved.

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