Un été en France : La Bambouseraie d’Anduze prend de la hauteur

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© D. Croci

Etonnant ! Avec l’ouverture de son nouvel espace – la Balade aérienne – le parc botanique gardois nous permet de tutoyer les cimes de ces géants végétaux, dans un esprit ludique et nature. Une invitation à redécouvrir ce site unique qui nous rappelle, en ces temps de canicule, que le végétal est aussi un excellent vecteur de fraîcheur…

Reportage : Daniel CROCI

Depuis ses origines, la Bambouseraie d’Anduze, dans le Gard, conserve intact son charme exotique et envoûtant. Se balader dans les allées, sous les bambous géants de plus de 10 mètres – qui sont, il ne faut pas l’oublier, des graminées, c’est-à-dire de simples herbes et non des arbres – reste un privilège dépaysant. Un bambou effectue sa croissance en une seule fois, c’est-à-dire en quelques semaines, pour atteindre sa taille définitive.

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La Bambouseraie, qui s’étend sur 34 hectares, est aussi un lieu chargé d’histoire. Eugène Mazel, fondateur du site – voir l’encadré « 164 ans » – est un passionné d’horticulture et de sciences naturelles. Il réalise ses premières plantations en 1856 en acclimatant des espèces exotiques venues d’Asie, d’Amérique du Nord et même de l’Himalaya. Son choix se porte sur l’intérêt ornemental et la rareté des espèces. Après maintes vicissitudes, le site atteint la notoriété et se développe aujourd’hui en mettant en exergue  la protection de la biodiversité. La Bambouseraie est désormais gérée  en protection biologique intégrée (zéro phyto).

Le parc national des Cévennes qui intègre la Bambouseraie est aujourd’hui reconnu sur le plan international. Il a été désigné Réserve de biosphère par l’Unesco et a recu le label Réserve internationale de ciel étoilé. Quatrième arboretum de France, classée Conservatoire européen pour sa collection de Phyllostachys (espèce de bambou) par le Conservatoire des Collections Végétales Spécialisées,  la Bambouseraie abrite plus de 240 variétés de bambous, de splendides érables du Japon, une collection de camélias, des ginkgo biloba séculaires et d’impressionnants séquoias centenaires… 

De nombreuses espèces présentes  à Anduze sont uniques en Europe.  A découvrir, cette curieuse plante –   Mimosa pudica – qui referme ses folioles dès qu’on la touche.  Un émerveillement pour les enfants…  et les plus grands.

 

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Plein les yeux !

La Bambouseraie propose un véritable parcours initiatique au cœur du végétal. Comme avec le Vallon du Dragon, créé sous influence traditionnelle des jardins japonais et zen par le paysagiste Erik Borja. Il applique ici les principaux codes de cet art millénaire, adaptés à l’environnement et au climat cévenols. A voir également, le village laotien et ses animaux asiatiques, et l’allée des séquoias – ils pointent vers le ciel à plus de 40 mètres. Et bien sûr, la forêt de bambous ! C’est grâce à leur taille – entre 15 et 25 mètres de haut – que l’on peut parler de véritable forêt.

Ne pas oublier le jardin des bassins d’Eugène, avec ses bonsaïs installés sur le miroir d’eau, et les serres centenaires qui abritent de nombreuses curiosités botaniques. Le magnifique mas cévenol est aujourd’hui le siège administratif du site. Il porte encore les stigmates des deux grandes crues qui ont failli engloutir à jamais la Bambouseraie. Le site est également une star du grand écran. Il a accueilli en 1953 le tournage du film Le Salaire de la peur avec Yves Montand et Charles Vanel. D’autres ont suivi, comme Paul et Virginie, et de nombreux téléfilms pour la télévision.

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Dans les cimes à 8 m de hauteur

Pour l’aspect ludique, il y avait le labyrinthe végétal composé de bambous, où petits et grands se perdent pour mieux se retrouver. Il y a désormais le pont de singes, qui invite à une balade aérienne. Ce parcours – composé d’une architecture en filets  culminant à 8 mètres de haut – permet, de passerelle en passerelle, une immersion en plein cœur des bambous de grande dimension, pour un moment magique de complicité avec la nature. Accessible à tout âge, la balade aérienne permet de se déplacer parmi la végétation, de l’observer et de l’étudier, en toute sécurité et sans piétinements racinaires, tout en profitant de sa fraîcheur.

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164 ans pour créer un site unique

Riche négociant en épices, Eugène Mazel revient en 1855 sur ses terres natales pour réaliser son rêve : créer un parc botanique privé composé d’essences exotiques et, bien sûr, de bambous. Avec peut-être l’idée que cette plante extraordinaire qui sert à l’alimen­tation (pousses), à la construction (armature de bâtiments en Asie), à la décoration (ustensiles divers) et au jardin par ses merveilleux feuillages, pourrait se révéler une nouvelle voie de ressources… Mais après la ruine et le décès d’Eugène Mazel, en 1890, le Crédit Foncier de France reprend le domaine de Prafrance et le laisse en friche.

La Bambouseraie va renaître une première fois en 1902, grâce à Gaston Nègre, qui achète Prafrance (nom du domaine) pour développer l’activité agricole. Son fils Maurice et sa belle-fille Janine vont lui succéder. En 1977, leur fille Muriel Nègre et son mari Yves Crouzet, ingénieur horticole, en prennent les commandes. Ce sera la seconde renaissance du domaine. Ils décident de créer deux entités indépendantes,  le parc et les pépinières, avec la volonté de s’orienter vers  une activité plus touristique. Dans les années 1980-90, la Bambouseraie poursuit ainsi sa transformation en accueillant toujours davantage de public. Les créations d’un restaurant  et d’une boutique, du village laotien et d’un véritable parcours pédagogique botanique confortent sa notoriété. Aujourd’hui c’est la quatrième génération, avec Simon Crouzet, qui poursuit l’œuvre ouverte par Eugène Mazel il y a plus de 165 ans.

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