Virginie Benzaquen, variations sur le noir

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Secrets, les tableaux peints par Virginie BENZAQUEN ne se livrent jamais tout à fait à qui les regarde. Emplis de symboles, réalisés de nuit alors que l’artiste est en proie à ses démons intérieurs, ils reflètent ses souvenirs d’enfance, ses symboles fétiches, ses émotions, ses questionnements aussi. Découverte en filigrane…

Une écriture masquée

Qui pourrait deviner que Virginie BENZAQUEN débute chaque tableau en écrivant au feutre, sur la toile, un texte qui décidera ensuite de la composition d’ensemble du tableau ? Si la première fois qu’elle a procédé ainsi elle a utilisé le texte La quête de Jacques BREL, la peintre recouvre désormais – partiellement ou complètement – le support vierge de ses propres écrits, chaque tableau devenant ainsi comme une page de journal intime dans laquelle elle se dévoile totalement. “ Mes textes, rédigés dans un style proche de la calligraphie, me guident sur le plan émotionnel dans mon geste de peintre ”, dévoile Virginie BENZAQUEN.

Une ambiance

Interrogée sur les moments qui sont les plus propices pour elle pour se consacrer à la peinture, Virginie BENZAQUEN indique ne peindre que la nuit, jusqu’à une ou deux heures du matin, dans son atelier-galerie perché sous les toits. Car lorsqu’elle peint, elle se relie par la pensée à son défunt père, dont elle n’a jamais fait complètement le deuil, selon elle. “ Je peins pour retrouver et ressentir mes proches partis trop tôt ”, confie-t-elle, ajoutant : “ Pour peindre, je me mets volontairement dans un état de fatigue qui me permet d’être bousculée et tourmentée sur le plan émotionnel ”. Virginie BENZAQUEN n’a pas de visées esthétiques en peignant, mais plutôt une volonté de ressentir pleinement sa peinture, via une symbiose.

Une technique au service d’un univers symbolique

Virginie BENZAQUEN affectionne particulièrement le noir et le marron, qu’elle travaille au goudron, à l’acrylique ou à l’encre de Chine en glacis pour faire ressortir les ombres. Le noir fait partie d’elle et le marron lui rappelle son enfance à “ Casablanca, la couleur du sable, de la terre, de la pierre brute et des selles de chevaux en cuir ”. Elle utilise beaucoup sa paume, ses doigts et son avant-bras droits pour peindre, gratter, frotter la matière. Le chiffre 5 qu’elle écrit souvent par grattage rappelle cette importance de la main dans son travail. Elle aime aussi l’esthétique du 7, qui lui évoque la calligraphie chinoise, et l’associe au 2 pour figurer son année de naissance. Des lignes et cicatrices viennent strier les zones peintes mais surtout les écrits sous-jacents, comme autant de blessures secrètes. On adhère à cette façon d’investir l’art abstrait.
Virginie MOREAU

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