Art, visite d’atelier : Sandrine Ygrié, pulsation de l’univers et de l’intime

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Passionnée autant par le macrocosme et l’univers que par le microcosme et l’infiniment petit, Sandrine Ygrié explore à l’encre les méandres de la création. Peu après sa résidence de création au MadLab à Marseillan, et à quelques semaines de son exposition à l’espace Saint-Ravy, la rédaction l’a rencontrée dans son atelier…

Vos créations semblent abstraites, mais le sont-elles vraiment ?

« Mes abstractions évoquent les fonds marins, l’eau, l’espace, le cosmos… C’est donc de l’abstrait qui évoque quelque chose ; cela n’a rien en commun avec du Pollock, abstrait pour être abstrait. Je suis en peinture comme dans la vie. Je considère que certaines choses sont voilées et qu’il faut prendre le temps de les voir. Selon moi, le figuratif se lit en une seule lecture ; il est de l’ordre de l’immédiateté. Je préfère parler de concret au travers de l’abstrait, pour conserver du mystère et mettre le spectateur en situation d’aller au-delà des apparences. Il y a quasiment toujours une intention dans ce que je crée. Je suggère… Et parfois je me laisse porter par la forme qui émerge. »

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« Radiographie de la nuit #11 ».

L’encre est votre matériau de prédilection…

« Peindre avec les encres est fascinant. J’aime observer le processus de danse entre l’encre et l’eau. Elles s’attirent, se repoussent, se mélangent… C’est de l’ordre de la sensualité. C’est une peinture matricielle qui rappelle le liquide amniotique et crée des formes ondoyantes. »

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« Origines »

Vous aimez varier les supports…

« J’ai débuté sur toile. Mais lorsque l’on m’a proposé de peindre sur des objets de récupération dans le cadre d’une vente aux enchères d’œuvres d’art en faveur de la recherche médicale, j’ai immédiatement été séduite par ce défi. J’ai peint sur des demi-sphères en acier de chez Focus, que j’avais préalablement assemblées. Puis m’est venue l’idée de peindre sur des radio­graphies médicales. Sur cette surface imperméable, les encres glissent et dansent, créant des effets vaporeux bien plus pertinents que sur la toile. Dans mes Radiographies de la nuit, je représente l’invisible, les fonds marins, les nébuleuses, le cosmos.

Actuellement, je peins sur du verre, et j’obtiens des effets de couleurs et de lumière fabuleux. C’est incroyablement enrichissant d’expérimenter le travail sur d’autres supports, d’obtenir des effets différents. Je peins aussi sur des bustes et des mannequins. L’être humain n’apparaît pas dans mes œuvres en général ; il est caché. Pour ce travail particulier, j’ai choisi de montrer le corps comme en trans­parence : veines, vaisseaux, membranes, connexions cérébrales… D’ailleurs, j’ai opté pour des tons bleu-vert, car l’imagerie médicale est souvent dans ces couleurs-là. »

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« Tronc commun ».

« Je peins le visible et l’invisible », dites-vous…

« Je suis fascinée par la science, l’imagerie spatiale et médicale. J’effectue des parallèles entre microcosme et macrocosme, par exemple entre les globules et les galaxies. Dans mes œuvres, je crée un monde réunifié. Je souhaite un jour parvenir à créer un tableau représentant la Théorie du Tout. »

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« Le baiser de la méduse ».

Qu’est-ce qui a changé depuis que vous êtes artiste professionnelle ?

« Je n’étais auparavant artiste qu’à mi-temps. Depuis un an et demi, je le suis à part entière, et ça a changé beaucoup de choses. J’ai ressenti comme une libération ; enfin je peux laisser s’exprimer ma véritable personnalité. Ça fait sens. Je suis désormais à ma place. Après une première période de création effrénée suivie d’une sorte de blocage ou de paralysie, je me sens depuis six mois dans un juste équilibre ; j’ai atteint un rythme naturel de création. »

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« Sommes célestes ».

Quels sont vos moteurs pour créer ?

« Quand je crée je m’oublie, je me laisse absorber par la matière et par ce que je fais. Je me découvre au travers de la peinture, entre contrôle et lâcher-prise. J’aime particulièrement dominer les contraintes et expérimenter. Je travaille avec l’encre, ce qui ne m’empêche pas d’avoir envie de tester d’autres matériaux ; ce que je ferai sans doute un jour. Et j’aimerais créer une installation pour l’espace Saint-Ravy, où j’exposerai du 14 octobre au 5 novembre 2017. »

Propos recueillis par Virginie MOREAU
vm.culture@gmail.com

Pour en savoir plus sur Sandrine Ygrié

• Site Internet de l’artiste : www.ygriesandrine.fr
• Page Facebook : https://www.facebook.com/sandrine.ygrie

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