Sébastien Simon ou l’intimité secrète des objets

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Sébastien Simon dans son atelier, baptisé "Le Magasin Pittoresque" © Virginie Moreau

Sébastien Simon chine de vieux objets, parfois cassés, et les met en scène, leur donnant ainsi un aspect précieux et soulignant leur caractère unique. Visite d’atelier, à la rencontre d’un artiste à l’univers fascinant…

Parcours

Enfant, en pleine campagne normande, Sébastien Simon passait des heures chez sa voisine, une femme artiste dans l’âme, qui pratiquait notamment la peinture sur soie et la sculpture, et qui exposait ses créations dans une petite boutique installée dans son grenier. Elle lui transmit son goût pour l’art. Devenu adolescent, il pratiqua la peinture, fit de la photographie, obtint un diplôme d’arts plastiques à la faculté de Rennes II, et suivit une formation d’art-thérapie. Médiateur, scénographe et régisseur en art contemporain, il ne put s’empêcher de créer en parallèle. D’abord dans la photo. Et décrocha sa première exposition dans une artothèque, avant d’exposer – beau signe de reconnaissance de son talent – au Musée d’Art et d’Histoire de la Ville de Cholet. La Ville fit d’ailleurs l’acquisition de plusieurs de ses œuvres portant sur la danse, l’architecture et l’objet photo.

Arrivé à Montpellier, il commença à développer un travail de plasticien à partir d’algues, de coraux et de morceaux de textes découpés dans des vieux livres. Un travail sur l’ancien et sur la récupération d’éléments naturels sans doute dicté par son besoin de renouer avec son milieu d’origine – une ferme – et ses souvenirs – le vieux manoir de sa famille, empli d’objets du passé. Désormais installé à Lunel, il chine de vieux objets, parfois cassés, et les met en scène, leur donnant ainsi un aspect précieux et soulignant leur caractère unique. Rencontre dans son atelier, baptisé « Le Magasin Pittoresque »

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Une vue de l’atelier de Sébastien Simon.

Cabinets de curiosités

Depuis 2010, Sébastien Simon crée des cabinets de curiosités, merveilleux assemblages d’objets anciens chinés, de textes découpés dans de vieux livres aux pages jaunies, de matériel naturel (escargots, coraux, graines, racines, crânes…) et de fil. Redonner vie à des objets anciens, les mettre dans un écrin, revient à les sacraliser. Les œuvres sont mises en valeur dans des globes de verre, ou au contraire cachées dans des boîtes. Parfois, c’est la lumière qui les révèle. Le plasticien réalise aussi des créatures hybrides en associant des pattes de crabes à des bras de poupées, et autres bizarreries. L’étrangeté est omniprésente dans les œuvres de Sébastien Simon. Tout y est énigmatique. On se prend à vouloir décoder certains assemblages, et parfois les textes aident à le faire… s’ils n’accentuent pas le mystère. Les œuvres suggèrent des morceaux d’histoires dont il nous faudrait remonter le fil.

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Escargots et fils rouges

Car justement, le fil – rouge le plus souvent, parfois doré – occupe une place prépondérante chez Sébastien Simon. En effet, des fils prolongent des objets, les relient, les emballent ou s’en écoulent. Le fil correspond sans doute à un travail sur ses racines et sur le déracinement, selon le plasticien. Il est aussi ce qui lie, ce qui met en valeur. Et comment ne pas voir un rapport avec l’anatomie, le sang ou les muscles, lorsqu’il est rouge ? Comme toujours chez Sébastien Simon, le caractère précieux est exacerbé, car le fil est en soie. Autre motif récurrent, le coquillage revient comme une obsession dans de nombreuses œuvres du plasticien. « Les coquilles d’escargots reposent dans des sortes de cimetières, au creux des dunes. Fragiles, je les ramasse et les utilise dans mes créations ; ils en sont un des éléments clés », indique l’artiste. Forme de la création, l’escargot représente entre autres, pour lui, le cycle de la vie et de la mort.

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Répétition et accumulation

L’accumulation et la multiplication du même objet (fil, coquillage ou autre…) sont caractéristiques des créations de Sébastien Simon. L’artiste se dit en effet fasciné par les regroupements naturels de centaines d’insectes, de papillons, les essaims… La répétition inlassable du même geste souligne l’extrême minutie du plasticien, sorte d’orfèvre dans son art. La méticulosité pourrait être l’un de ses maîtres mots.

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Détail d’une œuvre de Sébastien Simon.

Un travail intuitif sur l’inconscient

« La formation que j’ai suivie en art-thérapie m’a fait étudier Lacan, le langage, et a profondément transformé ma manière de travailler. Je suis désormais dans le lâcher-prise lorsque je crée. Je travaille de façon plus intuitive, et me pose bien moins de questions qu’auparavant. Je crée ce que me dictent les objets. Souvent, après avoir fait une pièce, je me rends compte des mécanismes qui m’ont amené à la réaliser, ou de son sens profond. Etant plus jeune, j’ai été fortement impressionné par le Muséum Emmanuel-Liais de Cherbourg, muséum d’histoire naturelle où étaient exposées de nombreuses espèces. Mes cabinets de curiosités sont sans doute l’écho de ces réminiscences », analyse Sébastien Simon. L’artiste s’applique également à faire sens en extrayant des mots et des passages de textes de vieux ouvrages, selon ses humeurs.

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Une exposition au Musée Médard, à Lunel

L’univers artistique de Sébastien Simon a séduit le conservateur du Musée Médard de Lunel, Claudio Galleri, qui lui a demandé de créer sept œuvres pour l’exposition La tentation des livres, Louis Médard protestant, à voir au musée jusqu’au 23 septembre 2017. Le conservateur a également sélectionné des œuvres déjà existantes de l’artiste : retable, jetons, cartographie, boîte lumineuse… L’ensemble, intitulé En mon for intérieur, reflète l’intimité de Louis Médard et évoque certains pans du protestantisme. Le plasticien imprègne les lieux de son ambiance recueillie et sacralisée. C’est de toute beauté…

Virginie MOREAU
vm.culture@gmail.com

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Détail d’une œuvre de Sébastien Simon.

 

Où voir des œuvres de Sébastien Simon ?

> Au Musée Médard jusqu’au 23 septembre 2017
71, place des Martyrs de la Résistance
34400 Lunel – Tel : 04 67 87 83 95.
(Ouvert du mercredi au vendredi de 14h à 18h et le samedi de 10h à 18h.)

> Sur son blog : http://impassedudesir.blogspot.fr/

> Dans son atelier lunellois, baptisé Le Magasin Pitttoresque, sur rendez-vous obtenu sur simple courriel envoyé à : seb.simon@yahoo.fr

> A Sommières, chez Made in Cévennes.

 

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Les officiels lors du dévoilement de la plaque Musée de France : le maire Claude Arnaud, Joël Moysan (adjoint à la Culture et au Patrimoine de la Ville de Lunel), Claude Barral (vice-président du Département de l’Hérault), Jean-Luc Bergeon (conseiller régional Occitanie), Valérie Travier (conseillère livre et lecture à la Drac) © Virginie Moreau

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