Artisanat, décès : la CMA de l’Hérault rend hommage à Bernard Stalter

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Le président national des chambres de métiers et de l’artisanat (CMA France), Bernard Stalter, est décédé des suites d’une infection pulmonaire liée au Covid-19. Stupéfaction et profonde tristesse ont ainsi, depuis lundi dernier, parcouru le monde de l’artisanat.

Ses amis héraultais, dont Christian Poujol, le président de la Chambre de métier et de l’artisanat de l’Hérault, qui l’avait reçu le 25 février dernier pour défendre et promouvoir l’apprentissage, lui ont rendu un émouvant hommage par voie de presse. Sa visite montpelliéraine du 25 février avait d’ailleurs donné lieu à un moment médiatique assez extraordinaire (lire ci-après, voir la vidéo).

Un coiffeur d’Alsace devenu président de CMA France

Bernard Stalter était coiffeur de métier. Il avait effectué son apprentissage à l’âge de 14 ans et ouvert son premier salon en 1993. Il menait de front trois établissement à Brumath et Strasbourg. Chef d’entreprise toujours très investi dans ses salons (il exerçait chaque samedi son métier pour rester au contact de sa clientèle), il avait fait le choix de porter aussi les intérêts collectifs : il était ainsi président de l’Union Nationale des Entreprises de Coiffure (UNEC), président de la Société Interprofessionnelle Artisanale de Garantie d’Investissements (SIAGI) et président de la Chambre de Métiers d’Alsace.

Un leitmotiv dans son parcours : remettre l’artisanat dans le monde économique à la place qui lui revient. Et parce qu’il considérait que ledit artisanat n’était pas assez reconnu ni représenté dans les institutions politiques locales et nationales, il avait forcé ses portes, afin que les artisans portent eux-mêmes leur parole. Président du Conseil Economique et Social d’Alsace de 2007 à 2013, il était aussi membre du bureau du Conseil économique, social et environnemental (CESE) et conseiller régional de la région Grand Est. Partout, son combat était le même : permettre aux artisans d’exercer leur activité dans les meilleures conditions, aujourd’hui et demain. « L’artisan de demain devra maîtriser des savoir-faire qui relèvent de la tradition et de la transmission, mais il devra naturellement composer aussi avec les exigences de son temps, de nouveaux modes de vie et de nouveaux outils » avait-il dit, lors de son élection à la présidence de CMA France.


Bernard Stalter et Sophie Béjean. © HJE 2020 D. Croci

Passerelles renforcées entre le rectorat et l’artisanat

Le 25 février dernier, à Montpellier, à l’invitation de Bernard Stalter, la nouvelle rectrice de la région académique d’Occitanie avait assisté au déjeuner-débat organisé par la CMA 34. Le président de CMA France et Sophie Béjean se connaissaient en effet de longue date. Bernard Stalter – Strasbourgeois d’origine – avait beaucoup échangé avec l’ex-rectrice en Alsace : « Mme Béjean a une vraie culture de l’apprentissage, je l’ai constaté lorsqu’elle était en poste à Strasbourg » avait souligné Bernard Stalter. La rectrice avait pour sa part annoncé qu’elle allait œuvrer pour que des passerelles plus fortes pour la promotion de l’entreprise et de l’artisanat soient établies dans l’enseignement public d’Occitanie, notamment grâce aux 54 heures de cours obligatoires dédiés à l’entrepreneuriat, entrant dans le cursus des élèves de 4e, 3e, 2nde et 1re


 

Bernard Stalter au CFA CMA Hérault : une visite qui recoiffe ! (vidéo)

25 février 2020, à Montpellier : Bernard Stalter pour un brushing de légende sur le président de la CMA 34 Christian Poujol. ©HJE 2020, D. Croci

« Bernard Stalter a plusieurs fois fait l’objet d’interviews dans les colonnes de l’HJE. Pugnace, engagé et toujours à l’écoute, son élégance et ses belles bacchantes ajoutaient à cette impression d’énergie positive. Un précieux sens de l’humour et une étonnante proximité caractérisaient le président de CMA France. Lors de sa venue à Montpellier le 25 février dernier, il s’était volontiers prêté au jeu médiatique. Visitant le CFA Métiers de la CMA Hérault, c’est sur le plateau technique dédié à la coiffure – son métier – que Bernard Stalter, n’avait pas hésité à manier shampoing et sèche-cheveux pour un brushing d’anthologie sur son ami Christian Poujol. Il reste de ce moment, une vidéo qu’a montée l’Hérault Juridique, et qui traduit à la fois le charisme et la jovialité de l’homme et sa conscience professionnelle mise au service de tous les artisans. A sa famille, ses proches, et ses amis, l’Hérault Juridique adresse ses plus sincères et respectueuses pensées attristées. » Daniel CROCI


Bernard Stalter, la dernière interview publiée par l’HJE (27 février 2020, in HJE n°3296)

 

Apprentissage : Bernard Stalter salue les performances « formation » des artisans de l’Hérault

 

Mardi 25 février, le président national des chambres de métiers et de l’artisanat (CMA France) était à Montpellier pour saluer les performances de la profession en matière d’apprentissage (+ 19 % d’apprentis en 2019). L’occasion aussi pour Bernard Stalter de s’entretenir avec sa base et de rappeler sa vision de l’artisanat. Il fut question de la promotion de la marque Artisan et des titres professionnels, de l’orientation des jeunes, du futur établissement unique prôné par la loi Pacte, de la défense du commerce de centre-ville… Entretien avec Bernard Stalter.

HJE : Quels sont les besoins en apprentis de votre secteur d’activité ?

Bernard Stalter : « 700 000 emplois ne sont pas pourvus dans l’artisanat ! Que ce soit dans les métiers du bâtiment, les métiers de service ou de bouche, aujourd’hui, il n’y a pas un secteur qui ne soit en manque de personnel qualifié. Je pense que l’on s’est trompé depuis des années sur l’orientation des jeunes en disant : « tout le monde doit avoir bac+2 ». Dans l’artisanat, nous prenons aussi des élèves qui ont ce niveau d’études. Mais il faut surtout orienter les jeunes vers nos métiers, parce que ce sont des métiers d’avenir. Ce sont des métiers qui embauchent, qui forment, qui permettent d’exporter et tout simplement de s’épanouir. 85 % des jeunes qui passent par l’apprentissage trouvent un emploi. »

Quelles sont vos attentes quant au projet de loi Orientation et Formation ?

B. S. : « Nous attendons beaucoup de la réforme de la formation de Muriel Pénicaud et des compétences dévolues aux régions. Il faut déjà que cette loi se mette vraiment en place. Il faudra aussi dire aux régions : « faites la promotion des métiers qui embauchent, qui forment, qui cherchent des jeunes et qui permettent de reprendre une entreprise », ce que fait déjà Carole Delga en Occitanie. 50 % des chefs d’entreprise artisanale sortent de l’apprentissage. Faisons-le savoir ! J’ai une forte attente envers l’Etat, les régions, mais aussi les médias. Plutôt que de remplir des pages de faits divers, faites des pages avec des jeunes qui réussissent dans nos métiers ! Ce sont de vraies valeurs, c’est l’avenir de notre pays.»

« Mais comment chaque élu a-t-il pu ouvrir des centres commerciaux au bout de chaque ville et village, sans réfléchir à ce qui allait arriver ? Nous devons arrêter d’en ouvrir et de fragiliser l’artisanat et le commerce de proximité. Aujourd’hui, tout le monde se demande ce qui nous arrive. Il n’y a plus de centres-villes, ils sont désertés. Pourquoi n’a-t-on pas ouvert les yeux avant ? » Bernard Stalter, 25 février 2020, Montpellier

 

Quel est votre sentiment sur l’établissement unique* mis en œuvre par la loi Pacte ?

B. S. : « Sur ce point, je suis très à l’aise. La loi Pacte fait qu’un établissement unique CMA doit être mis en place dans chaque région au 1er janvier 2021. Il y a ici, en Occitanie, une vraie volonté. Serge Crabié, président de la CMA régionale, et Christian Poujol, président de la CMA Hérault, ainsi que les présidents des chambres départementales d’Occitanie, font un travail considérable dans ce sens. Mais la mise en place de cet établissement unique est un vrai marathon. Sa mise en fonction opérationnelle s’étalera sans doute entre janvier et mai 2021. Mais la volonté qui est la mienne, relayée dans les territoires, c’est de maintenir la proximité au cœur de cette réforme. Nous devons maintenir la proximité et mutualiser le back office pour avoir plus de moyens pour le front office et les conseillers sur le terrain… Parce que la seule et unique mission des chambres de métiers est d’accompagner les entreprises artisanales. Peu importent le territoire et la taille de l’entreprise : chaque chef d’entreprise artisanale doit pouvoir bénéficier du même service partout : le même service à Montpellier, en Lozère ou dans l’Aude. Il n’y a que l’établissement unique qui puisse permettre cela. »

Sur notre photo, de gauche à droite : le 25 février dernier à Montpellier, Bernard Stalter, président de CMA France, Serge Crabié, président de la Chambre régionale de Métiers (CRMA), et Christian Poujol, président de la CMA Hérault. © HJE 2020, D. Croci

Pour quels types de nouvelles missions ?

B. S. : « Le conseil spécialisé en économie circulaire ou transfrontalière, par exemple, dont toutes les chambres à faibles effectifs ne peuvent disposer, pourra ainsi être proposé à tous les chefs d’entreprise artisanale qui en feront la demande. Je suis sûr que l’on y arrivera. L’objectif est que ceux qui nous suivront aient un bel établissement qui ne soit pas axé seulement sur l’administration, mais sur l’accompagnement et le développement de l’entreprise artisanale. »

Avec un repositionnement des collaborateurs ?

B. S. : « Nous allons travailler sur le statut des collaborateurs. On nous demande d’entrer dans un champ concurrentiel et je ne sais pas valoriser les meilleurs de mes collaborateurs. Nous devons pour cela trouver un statut adapté à une chambre de métiers et de l’artisanat. La chambre va être soumise à davantage de concurrence sur son expertise. »

En cette période préélectorale, la défense du commerce de centre-ville semble faire l’unanimité…

B. S. : « Mais comment chaque élu a-t-il pu ouvrir des centres commerciaux au bout de chaque ville et village, sans réfléchir à ce qui allait arriver ? Nous devons arrêter d’en ouvrir et de fragiliser l’artisanat et le commerce de proximité. Aujourd’hui, tout le monde se demande ce qui nous arrive. Il n’y a plus de centres-villes, ils sont désertés. Pourquoi n’a-t-on pas ouvert les yeux avant ? C’est une erreur politique monumentale, parce que l’on a trop donné d’écoute aux lobbyistes, à la grosse finance, aux entreprises du CAC 40, sans prendre en compte nos entreprises artisanales. Pour moi, il est vital et urgent que l’on revienne aux valeurs du travail, aux valeurs humaines, celles de la proximité et non plus celles de la finance. L’artisanat en France, c’est énorme : c’est 4 millions d’actifs, presque 200 000 apprentis. Mais ce n’est pas que cela : c’est aussi le lien social dans chaque territoire. Aujourd’hui, pour augmenter leur cours à la Bourse, de grandes entreprises licencient du personnel. Quand l’entreprise artisanale passe des moments difficiles, ce sont les chefs d’entreprise qui prennent sur eux et réduisent éventuellement leur salaire pour ne pas perdre de collaborateurs. Le dialogue social, nous le faisons au quotidien. C’est cela, l’entreprise artisanale.»

Propos recueillis par Daniel CROCI

* La Loi Pacte a prévu de simplifier l’organisation du réseau des chambres de métiers et de l’artisanat (CMA) autour d’un établissement public unique par région à compter du 1er janvier 2021.


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