Ordonnances Travail : l’avis du Medef Montpellier et de la CPME Hérault

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Samuel Hervé, président du Medef Montpellier-Sète-Centre Hérault, et Bernard Cabiron, président de la CPME Hérault, ont accepté le jeu des questions-réponses au sujet des ordonnances travail engagées par le gouvernement. Interview croisée à lire dans son intégralité dans l'HJE hedbo de ce jeudi 5 octobre 2017. Extraits et morceaux choisis à lire en ligne…

L’un est président de la CPME Hérault. L’autre, président du syndicat patronal pour Montpellier-Sète-Centre Hérault. Tous deux dirigent une PME de plus de 40 salariés dans le secteur de la restauration. Ils analysent pour l’HJE la portée des ordonnances relatives à la réforme du code du Travail prises par le gouvernement, et expliquent comment ils vont les appliquer pour renforcer la compétitivité de leurs entreprises et le dialogue social avec leurs collaborateurs.

Ordonnances Travail, ce qu’en pensent les syndicats patronaux locaux…

 

Que pensent vos syndicats nationaux respectifs de ces ordonnances Travail ?

Samuel HERVÉ : « Le Medef voit ces ordonnances de façon très positive, et ce à double titre. Elles donnent des signes très encourageants pour le monde de l’entrepreneuriat en libérant le droit du travail, sans exclusive, quelle que soit la typologie des syndicats d’entreprises auxquels on appartient. Mais aussi parce que l’on a tendance à penser que le Medef signe beaucoup d’accords interprofessionnels favorables aux grands groupes. Là, c’est vraiment une loi faite pour les TPE, les PME et certaines ETI qui ont moins de 250 salariés. Même s’il existe des spécificités entre le Medef et la CPME, il y a eu un combat commun pour les petites et moyennes entreprises, qui représentent 95 % des adhérents de nos territoires. Seule exception dans cette loi, le périmètre économique national accordé aux groupes internationaux. Sinon, elle concerne directement toutes nos entreprises. C’est une vraie bonne loi d’un point de vue général. »

Bernard CABIRON : « Au niveau national, la CPME est satisfaite des avancées. Le président Asselin a insufflé bon nombre de propositions dans cette loi travail, et ce, bien avant l’élection du président Macron. Nous avons la chance d’avoir un président en activité dans son entreprise. Il est spécialiste de la menuiserie et des charpentes d’exception. Son entreprise de 50 salariés a notamment réalisé la réplique de L’Hermione. Il connaît donc vraiment le problème de l’emploi dans les PME. Il a travaillé sur l’adaptation du code du Travail pour l’emploi dans les PME. C’est un sujet qui lui tient vraiment à coeur et qu’il maîtrise. Il est satisfait d’avoir été entendu avec cette loi, et d’avoir pu faire passer des messages. »

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Comment allez-vous appliquer ces mesures dans vos entreprises respectives ?

Bernard CABIRON : « Nous allons d’abord solliciter les délégués du personnel pour leur demander de collecter les besoins et les attentes des salariés. La direction fera ensuite une proposition, à laquelle je pense qu’il faudra adjoindre un intéressement correspondant à l’activité. Je voudrais personnellement mener de front à la fois la modulation du temps de travail et l’intéressement au résultat qualitatif.

Dans notre entreprise, nous menons systématiquement une enquête de qualité auprès de chaque client, au niveau de la production du produit, du service, du suivi commercial. Il nous est facile de voir, réception par réception, l’état de satisfaction de notre clientèle. C’est aussi une demande nouvelle dans l’entreprise. Les jeunes générations ajoutent, à une responsabilisation d’équipe, une notion plus individuelle. Nous réfléchissons à la mise en place de critères objectifs pour un intéressement personnel pour chaque salarié. Nous allons mener de front ces deux discussions en 2018. »

Samuel HERVÉ : « Nous pensons également à l’accord de modulation du temps de travail. Notre activité de restauration collective est planifiée et ne connaît pas de pics dans l’année. Par contre, il y a des phases de remplacement parfois sensibles. Nous réfléchissons à des situations de cuisiniers tournants avec des modulations complexes à mettre en place. Cela nous permettrait de mettre de la linéarité dans notre production et de lisser l’activité, un gage supplémentaire de qualité pour le client.

Personnellement, je vais faire en sorte que chacun au sein de l’entreprise puisse en mesurer l’importance. Mais il y a, à mon sens, un autre grand enjeu global à ces mesures. Le gouvernement va mettre en place un observatoire à dix-huit mois qui analysera ce que les entreprises auront fait de ces ordonnances. On a oeuvré, et ces mesures sont un bol d’air. Maintenant, les chefs d’entreprise doivent être conscients qu’ils portent à la fois une part de responsabilité et d’exemplarité dans l’utilisation qu’ils feront de ces ordonnances Travail. On ne peut pas avoir réclamé plus de souplesse, avoir été entendus, avoir obtenu des gages sur les barèmes prud’homaux, sur la prévalence du fond sur la forme – qui sont de vrais enjeux pour l’entreprise – sans être exemplaires et responsables dans leur application. »

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Quel est le point important oublié par ces ordonnances, selon vous ?

Bernard CABIRON : « Ces contrats de chantier, de mission ou de projet seront inclus dans la masse salariale, ce qui ne va rien changer sur les seuils, malheureusement. Ils restent calculés en équivalents temps-plein. Pour nos entreprises, la crainte de dépasser le seuil des 49 salariés reste la même. Il est dommage que l’on n’ait pas progressé sur ce point. La question du seuil n’est pas en soi le problème ; c’est la question du surcoût que génère le passage de 49 à 50 salariés. Selon une estimation, le passage du seuil des 50 crée une augmentation de la masse salariale supérieure à 2 %. Il faut que l’entreprise puisse l’absorber ! »

Samuel HERVÉ : « Je pense que c’est l’oubli majeur de ces ordonnances. Le lissage des seuils va encore, à l’évidence, rester un frein à l’embauche. Comme vient de le dire Bernard, de 49 à 50 salariés, le surcoût en termes de cotisations représente 2 % de la masse salariale. S’y ajoute le travail correspondant, notamment l’application des normes et des accords à formaliser. Il faut intégrer, à l’entreprise qui dépasse les 50 salariés, quasiment 30 contraintes juridiques supplémentaires. Cela se traduit par un mi-temps supplémentaire, voire un plein temps, pour un DRH. Cela veut dire que quand on veut passer de 49 à 50 salariés, il faut pouvoir absorber 2 % de sa masse salariale et un emploi de DRH. Je comprends que cela puisse faire réfléchir certains chefs d’entreprise. »

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Interview publiée dans son intégralité dans édition hebdo du jeudi 5 octobre 2017 n°3171

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