Universités d’été du Medef : l’analyse du potentiel « France » par Pierre Gattaz

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Un pays qui doute, des vents mauvais et des chiffres en berne : voilà comment Pierre Gattaz voit la France. « Alors que nous avons tout pour réussir », souligne aussitôt le président du MEDEF. Les Universités d’été 2016 du syndicat patronal avaient en ligne de mire la prochaine élection présidentielle, et le poids potentiel des entreprises sur l’économie de demain. L’analyse point par point de Pierre Gattaz, sur fond de croissance molle…

« Tant qu’on fera de la politique politicienne, ça ne marchera pas. Il faut mettre la vérité sur la table, regarder le benchmarking des autres pays et prendre les décisions courageuses qui vont bien. »

Une croissance forte

« C’est au-delà de 2 % durablement, et idéalement du 3 % ; ça n’est pas passer de 1,2 à 1,5 %… Il faut se donner des objectifs ambitieux, réalistes et fédérateurs. La France a déjà atteint les 3 % dans les années 1997-98. Mais pour que ça fonctionne, le plein emploi est nécessaire [NDLR : moins de 6 % de taux de chômage]. 25 % de chômage chez les jeunes, 40 à 50 % dans les banlieues, je dis non. Donc c’est le moment d’expliquer tout ça à nos candidats : que les mutations que nous sommes en train d’essuyer sont autant d’opportunités, et que la France a tous les atouts pour s’en saisir. La solution, c’est l’entreprise. »

Un bloc de réformes nécessaire

« Réforme fiscale, sociale, simplification et formation… nous allons travailler sur ces quatre blocs pour enrichir et surtout alimenter nos candidats. Avec pour objectifs trois paramètres importants : restaurer la confiance, encourager le risque et la prise de risque, et surtout célébrer et encourager toutes les réussites. Ce sont les trois conditions du succès. Dans d’autres pays, tout cela est largement acquis, alors qu’en France, il y a toujours des réticences face à ces objectifs. »

Le social

« Assez de cette opposition récurrente et insupportable entre employeurs et salariés, de l’économie contre le social ; une opposition sans fondement qui nous dégrade et nous tire vers le bas. Notre nouveau modèle à construire doit être basé sur la performance humaine et durable, qui ne peut se faire que par la motivation et l’épanouissement personnel. Nous allons beaucoup pousser cette réflexion, ce concept, dans les semaines et les mois à venir. Ce n’est pas un emploi à vie qu’il faut garantir, mais l’employabilité, c’est-à-dire la formation, l’investissement des entreprises, pour pouvoir changer de métier, de statut ou d’employeur et s’adapter à ce nouveau monde dont une des caractéristiques fondamentales est d’être en mutation accélérée. Cela aussi, il faut que nos politiques le comprennent. »

Emmanuel Macron

« Il a été un bon ministre de l’Economie. Il connaît le monde et la mondialisation, il a travaillé dans une entreprise […] Son bilan n’est pas si mauvais. On regrette tous, au niveau entrepreneurial, qu’il ne soit pas allé plus loin… Le travail le dimanche, dont on a fait encore un monument de complexité ; les prud’hommes, où on n’a pas touché du doigt la simplification et le plafonnement attendus… Je pense que l’on attendait quand même dans les réformes d’Emmanuel Macron d’aller plus loin, mais c’est ce qui caractérise malheureusement ce quinquennat : des demi-mesures à peu près partout, qui vont toutes à peu près dans le bon sens, et qui restent au milieu du gué. […] »

La loi Travail

« Ce qu’ont retenu la plupart de nos concitoyens, c’est qu’il serait possible de licencier plus facilement et qu’il n’y aurait plus d’heures supplémentaires. C’est insensé, ce n’est pas ça du tout. Expliquons les mutations du monde, qu’il y aura d’autres formes de travail dans l’économie de demain, numérique, digitalisée, qui façonnera les grands créatifs et les grandes innovations. Expliquons que l’entreprise est une communauté humaine d’hommes et de femmes formidables qu’il faut motiver et former en permanence, et que c’est comme ça que l’on réussira la conquête du monde, que l’on construira notre futur. Mais il faut expliquer, réfléchir, promouvoir l’entreprise aussi, le travail d’équipe. Et puis nous sommes dans une compétition internationale qui impose ces réformes que nous demandons. On ne peut pas imaginer travailler de moins en moins tout en gardant le même salaire ; c’est délirant, c’est ne pas comprendre le monde. »

La fiscalité

« Il faut fondamentalement simplifier notre fiscalité. Qu’elle soit simple, stable dans le temps, lisible, sans ces « trucs à tiroirs » empilés qui caractérisent le brillant esprit français. Ça veut dire aussi une fiscalité compétitive par rapport à nos voisins européens, baisser les dépenses publiques de fonctionnement de 90 milliards d’euros pour soulager les entreprises. Ça veut dire enfin passer d’une fiscalité que je qualifierais de budgétaire (au mieux) ou politique (au pire), coercitive dans beaucoup de cas, à une fiscalité intelligente, incitative et motivante, une fiscalité qui incite au financement dans les PME. »

Le projet du MEDEF

« Il faut un projet pour la France, et l’expliquer. Rien ne se gère sans projet, ni une entreprise, ni un pays. C’est pourtant ce qui nous arrive depuis plus de trente ans. On avance à trois mois, on balance des réformes. Assez ! Le projet France, c’est cette croissance à 3 %, c’est le plein emploi. Le monde est à inventer, l’Afrique est à équiper, le climat est une formidable opportunité. Si on ne prend pas ces défis-là, si on les laisse passer, on va tous subir. Quelle est votre vision pour la France, messieurs les candidats ? A cinq ans, à dix ans, où serons-nous ? Le MEDEF avance, le MEDEF bouge, le MEDEF teste. Cela fait trois ans que l’on travaille avec 20 000 contributeurs sur le projet France 2020 pour faire gagner le pays. C’est de l’espoir pour nos jeunes et nos moins jeunes, de fantastiques opportunités encore. Certains veulent nous faire tomber, certains veulent nous tirer vers le bas, certains veulent opposer employeurs et salariés, et n’acceptent pas de bouger d’un iota ; je considère qu’ils ne sont ni nombreux ni constructifs. »

Propos recueillis par Isabelle AUZIAS
pour Reso Hebdo Eco
www.facebook.com/resohebdoeco

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