L’impact du confinement sur l’activité du notariat héraultais par Me Duforets, interview

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Où le notariat héraultais en est-il après la période de confinement ? Questions à maître Duforets, président de la Chambre des Notaires de l'Hérault.

Depuis le 11 mai, le notariat héraultais a repris son activité d’accueil de sa clientèle, sous conditions. Quel est l’impact du confinement sur l’activité du notariat départemental ? Quelles sont ses conséquences ? La demande repart-elle ? Les réponses de Me Frédéric Duforets, président de la Chambre des Notaires de l’Hérault…

Comment cet après-confinement se passe-t-il pour le notariat de l’Hérault ?

Me Frédéric Duforets : « Les offices notariaux sont bien sûr très contents d’avoir rouvert au public le 11 mai. Pendant la période de confinement, nous ne pouvions recevoir la clientèle en présentiel, mais les études de l’Hérault ont toutefois poursuivi leur activité, notamment par le télétravail. »

Quelles sont les conséquences du confinement pour le notariat héraultais ? 

Me Frédéric Duforets : « Les études héraultaises ont enregistré une baisse de leur activité de 70 % durant cette période, tous actes confondus. Les actes de vente en ont moins pâti, parce que la clientèle était dans la contrainte d’une signature, et parce que nous avons trouvé les solutions pour permettre ces signatures. Les offices ont tourné sur la base de 50 % de leur personnel, voire 30 % pour certains. Face au retour de la demande depuis le 11 mai, nous allons vers une normalisation dans l’organisation de nos activités. Nous sommes proches des 95 % du personnel en retour à l’emploi, voire 100 % dans certains cas, avec à la fois du télétravail, du présentiel et de l’alternance, pour limiter le nombre de personnes présentes dans les études, comme le dictent les règles de distanciation physique et sanitaires. »

Sentez-vous déjà une reprise ? 

Me Frédéric Duforets : « Nous percevons même une reprise assez forte. Depuis une semaine, nous sommes sollicités pour du conseil par téléphone et des prises de rendez-vous, mais est-ce un phénomène de rattrapage ou un phénomène de long terme ? Nous sommes nombreux à nous poser la question, je crois. »

Le numérique a-t-il pris une place plus importante dans l’organisation de vos offices ?

Me Frédéric Duforets : « Télétravail, visioconférences, signature électronique, actes à distance… Nous avions déjà tous ces outils. La profession a en effet opéré son virage numérique dès 2005. Cette nouvelle attente numérique existe, mais elle n’est pas aussi forte que cela. La visio reste complexe à mettre en œuvre à la fois pour certains clients et pour certains confrères qui ne disposent pas des réseaux numériques adéquats. Et pour notre profession, voir les gens est essentiel ! Notre métier, c’est avant tout le conseil. La sécurisation et la confiance sont notre cœur de métier. Nous constatons en effet moins de 1 % de contentieux sur nos actes, c’est dire… Et je pense que par cette crise sanitaire, l’avènement du numérique va demander une confiance et une sécurisation accrues. Ce que nous apportons déjà. Nous sommes pratiquement la seule profession en France à disposer de l’identité numérique certifiée. Finalement, ce qui est le plus gênant, c’est le retard de la société française en matière d’équipement numérique. Les notaires sont en avance sur ce point. »

Comment voyez-vous l’évolution du marché immobilier ? 

Me Frédéric Duforets : « Les fondamentaux de l’immobilier sont sains. Je pense que le secteur devrait repartir et même avec une demande plus soutenue, notamment si une réponse médicale claire, comme un vaccin, est apportée à cette crise du Covid-19. Il semble aussi que les investisseurs pourraient faire de la pierre une valeur refuge en ces temps d’incertitudes financières, fiscales et boursières. »

Comment votre profession sort-elle de cet épisode de crise sanitaire ?

Me Frédéric Duforets : « Nous avons bien sûr quelques inquiétudes pour les offices nouvellement créés, pour certains de nos confrères qui se sont lourdement endettés afin d’acquérir leur étude, mais également pour les grosses structures, qui doivent faire à des charges importantes. On estime que le chiffre d’affaires perdu au niveau national par le notariat se situe a minima autour de 25 %, c’est-à-dire qu’une majorité d’études couvrira à peine ses charges, avec une marge zéro en 2020. »

Vos confrères et consœurs sont-ils inquiets de la situation ? 

Me Frédéric Duforets : « C’est une évidence, mais cela concerne l’ensemble de l’économie. Nous avons d’ailleurs mis en place, avec le bureau de la Chambre, une cellule d’accompagnement psychologique pour assister nos confrères et consœurs, et leurs collaborateurs qui le souhaiteraient. Ce sont nos confrères du Rhône qui ont eu l’idée de cette cellule, mise en place dès l’ouverture de la période de confinement. Au vu des résultats et de la demande générée, j’ai pensé qu’il serait bien d’en faire profiter les notaires de l’Hérault. Cette assistance et veille psychologique est assurée par une société externe (IAPR) composée de psychologues spécialistes du monde du travail. Cela fait écho à la cellule Bien-être au travail, à laquelle je tiens beaucoup, que nous avons lancée dans l’Hérault en début d’année. »

Comment voyez-vous la suite de cette période historique et assez incroyable ? 

Me Frédéric Duforets : « Je suis d’un naturel optimiste. Nous – la profession – avons connu un bon premier trimestre jusqu’au 15 mars, et traditionnellement, la fin d’année est toujours une bonne période pour les transactions immobilières. A moins d’un prolongement de la pandémie, nous devrions stabiliser l’activité à un niveau correct, même si on ne rattrape pas 25 % de chiffres d’affaires en moins par la seule bonne volonté. A l’inverse, si cette situation de crise devait perdurer, l’ensemble de l’économie en pâtirait. »

Propos recueillis par Daniel CROCI (interview publiée dans l’Hérault Juridique & Economique du 21 mai)

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