Premières confidences de Michaël Delafosse, le nouveau président de la Métropole de Montpellier

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© HJE, Daniel Croci

A l'issue de la séance du conseil métropolitain qui l'a porté à la présidence de la Métropole de Montpellier, Michaël Delafosse s'est longuement attardé en conférence de presse pour confier aux journalistes sa vision d'une gouvernance apaisée et livrer quelques confidences…

Masque de rigueur, visiblement marqué par le marathon des élections et la mise en place des exécutifs, municipaux à Montpellier et métropolitains pour M3M, Michaël Delafosse a précisé en conférence de presse sa vision de la gouvernance d’une métropole ouverte aux partenariats pour répondre aux urgences tant environnementales que sociales et économiques.

Il a aussi réaffirmé certaines de ses convictions concernant le choix du premier vice-président, la fin du Shopping-center, le futur stade de football, la mutualisation des services de la Ville et de la Métropole ou la mise en place du vote électronique, une première pour l’institution. Il a également annoncé qu’il allait demander conseil – ce 15 juillet – au président de la Chambre régionale des comptes pour mener 2 audits financiers relatifs aux budgets de la Ville et de la Métropole. Michaël Delafosse a également indiqué lors de la séance d’installation que les conseils métropolitains se tiendront désormais de jour, et non plus en soirée, pour permettre au personnel de la collectivité et, entre autres, aux journalistes de concilier vie professionnelle et vie familiale, ce qui n’était pas le cas lors des précédents conseils, qui finissaient parfois à des heures indues.



Quelles sont vos premières impressions après ce conseil métropolitain ?

Michaël Delafosse : « Ce conseil d’élection du président et des vice-présidents a été rapide, parce que parmi les premières décisions prises, on est passés au vote électronique, ce qui permet de passer moins de temps dans les délibérations et plus de temps au travail (…) et de donner à la presse du temps pour en rendre compte… Je voudrais me féliciter du climat qui a présidé à cette séance. J’ai fait une campagne [électorale] depuis le mois de septembre sur la nécessaire volonté d’apaiser les relations entre les élus, entre les collectivités, avec tous les acteurs et les forces vives de notre territoire. Et je me réjouis, tant dans mon élection de président que dans le vote sur les vice-présidences, que cet apaisement se soit traduit dans les suffrages (…) On n’a pas senti la poursuite des règlements de comptes qui ont tant abimé la Métropole de Montpellier (…) Cette première séance s’ouvre sous de très bons augures pour la suite (…) Ensemble au travail, c’en est fini des noms d’oiseaux, des invectives, des interruptions d’orateurs, la stigmatisation de tel maire parce qu’il ne pense pas tout à fait pareil ou parce qu’il aurait été pris en photo avec untel (…) J’ai défendu dans ma campagne la promesse d’une gouvernance apaisée, je tiens ma promesse de gouvernance apaisée ».


 

 


Quels sont les projets prioritaires pour la Métropole ?

Un pacte de gouvernance apaisée

Michaël Delafosse : « Pour préparer ce conseil, je suis allé à la rencontre de quasiment tous les maires de la Métropole, dans leur mairie, là où les citoyens les ont élus. Il m’en reste trois à voir (…) L’ensemble des maires sera partie prenante dans l’exécutif de la Métropole aux côtés des vice-présidents. Nous allons travailler à la rédaction d’un pacte de gouvernance, une méthode de fonctionnement entre nous, parce que si nous réussissons sur la méthode, nous irons très loin sur les projets. »

Gratuité des transports publics le week-end

Michaël Delafosse : « Ces six dernières années, la conflictualité qui fut à l’œuvre dans ce conseil de Métropole a empêché beaucoup de projets d’avancer. La ligne 5 [de tramway], la gestion des déchets, pour laquelle nous dépensons 10 millions d’euros – un dossier très très inquiétant ; la question de la gestion de la ressource en eau, qui est l’immense défi (…) Il faut donc [que les élus soient] autour de la table, dans le respect, dans l’écoute, dans la capacité à échanger et à tracer des perspectives. J’en ai une immédiate : la gratuité des transports [publics] pour les habitants de la métropole le week-end. Ce sera proposé au prochain conseil métropolitain du 31 juillet. (…) Je me réjouis d’avoir vu beaucoup de maires adhérer progressivement à cette idée. [J’ai] mesuré durant la campagne les difficultés de pouvoir d’achat et les espérances que cela soulève dans la jeune génération, autour d’une Métropole qui valorisera résolument les modes respectueux de l’environnement face à l’urgence climatique (…) Ça va être un élément de dynamisme pour le commerce de proximité (…) Les commerçants étaient les plus en demande (…) Ce sera à l’ordre du jour du conseil métropolitain du 31 juillet ; je veux assurer la sécurité juridique des voyageurs ».



Renaud Calvat, premier vice-président, pourquoi ? Pour sa fidélité à votre engagement ? 

Michaël Delafosse : « Je ne remercie personne en faisant cela. La politique ne se fait pas avec des remerciements. Elle se fait avec des compétences et des engagements. J’ai une confiance absolue en Renaud Calvat, que je connais de très longue date. Il a été un des maires les mieux réélus. Il connaît parfaitement l’intercommunalité. Il a pour tempérament de toujours respecter ses interlocuteurs, ses partenaires, de ne jamais humilier… Il n’a pas touché à la fiscalité de sa commune – Jacou – depuis douze ans ! Il sait parfaitement gérer l’argent public. Il est vice-président au Conseil départemental [de l’Hérault] aux côtés de M. Kléber Mesquida. Ça augure d’excellentes relations avec le Département – c’est aussi un de mes engagements de campagne – la plus ancienne institution de la République, qui est aux côtés des communes et des intercommunalités. La Région l’est, mais plus sur des modes de projets : développement économique, transports… [Cette nomination] est déjà la volonté d’une coopération extrêmement étroite. Renaud Calvat aura une délégation importante dont je vous reparlerai. Il sera en charge des relations avec les communes pour que les 30 autres communes (en plus de Montpellier) se sentent bien dans l’intercommunalité.

Je vais vous faire une confidence… Dans mes entretiens avec les maires, certains envisageaient de quitter Montpellier Méditerranée Métropole ! Nous sommes une communauté de destins, un territoire. Cela aurait été terrible de perdre la richesse d’un certain nombre de territoires, de l’énergie de coopération. Je sais pouvoir compter sur lui [(Renaud Calvat], sur son sérieux, sur sa connaissance des dossiers (…) Ma confiance va d’ailleurs à l’ensemble de l’exécutif. Je ne remercie personne, je mets les meilleurs au meilleur endroit. »



Que signifie la non-reconduction de maires à leur vice-présidence, comme M. Jaoul pour Saint-Brès ?

Michaël Delafosse : « Vous avez observé que Madame Lloret, qui était vice-présidente lors de la précédente présidence, est là (voir liste des vice-présidents). Je souhaitais que la parité soit respectée, plus “une” [NDLR : 11 femmes pour 9 hommes]. La Métropole de Montpellier doit toujours être à la pointe de la modernité. La question de l’égalité n’est pas un petit sujet. Il se trouve que pour l’instant, il y a plus de maires hommes que de maires femmes. Mais ça progresse (…) [Concernant les anciennes vice-présidences], il appartiendra aux archéologues d’étudier les haches de guerre qui furent utilisées… »

Il y a un côté volontairement écologiste dans votre exécutif…

Michaël Delafosse : « Non, ce n’est pas “un côté”. Il y a des gens engagés depuis longtemps dans l’écologie. Je suis un lecteur de René Dumont [NDLR : premier candidat « écologiste » à l’élection présidentielle en 1974], et l’écologie est dans tout l’exécutif, dans toutes les délégations, comme au conseil municipal de Montpellier. Le président de la Métropole est écologiste. Quand je parle de l’écoresponsabilité sur l’eau, nous allons mettre en œuvre un projet écologique parce que je veux que Montpellier entre dans la transition écologique : gratuité des transports, inscription de 150 millions d’euros en faveur des mobilités actives. Il y aura même un élu délégué au vélo. Nos investissements se feront dans un esprit de Green New Deal. On me parle [la presse nationale] de mon côté PS… Je dis que je participe au renouveau des idées à gauche. La justice sociale et la question écologique sont indissociables. »

Isabelle Touzard

Michaël Delafosse : « J’ai été très honoré que ce soit Mme Touzard – l’une des plus grandes chercheuses mondiales sur les enjeux d’agro-écologie et de changement climatique, maire de Murviel-les-Montpellier et qui a travaillé sur le SCOT, sur lequel nous allons inscrire peut-être quelques révisions – qui incarne la note écologique du Conseil métropolitain. Si vous vouliez voir un signe, c’est celui-là [qu’il faut retenir]. Avec Coralie Mantion, bien sûr. On est un vieux couple maintenant. » (rires)

Sensibilités politiques

Michaël Delafosse : « La question du soutien aux forces de l’innovation – qu’elles soient citoyennes, associatives, entrepreneuriales, de la recherche – sera l’énergie pour porter cela. Après, il y a des sensibilités. Je me réjouis que toutes les sensibilités du débat républicain soient représentées : il y a des hommes et des femmes, de gauche, de droite, parce que l’intercommunalité, sans nier les convictions, c’est un espace du commun. Je voulais rompre avec la coloration La République en Marche donnée par le président Saurel en son temps. Nous sommes [désormais] dans l’espace de la coopération intercommunale, dans un espace où nous définissons l’intérêt communautaire. Après, chaque conseil municipal a ses sensibilités, mais ne comptez pas sur moi pour bannir quelque commune que ce soit parce qu’elle est marquée dans le débat national par des oppositions. Je serai toujours de gauche, mais on ne va pas mettre à l’amende une commune parce qu’elle n’a pas la même sensibilité que nous. Ce sont des habitants de la métropole ! ».



Présiderez-vous des organismes satellites comme la SA3M et autres ?

Projets Frey Shopping Promenade et Oxylane Saint-Clément. Michaël Delafosse : « Concernant la SA3M,société d’aménagement de la Métropole : oui, pour mettre fin au projet Shopping Promenade [NDLR : porté par le groupe immobilier Frey]. Je le dis très clairement : le projet Shopping Promenade, qui est le double d’Odysseum, est ajourné sine die, terminé. Je ne veux plus en entendre parler (…) Je n’ai pas encore discuté avec M. Frey (…) J’ai dialogué avec le maire de Pérols – commune concernée par le projet – pour travailler sur la partie du Fenouillet [ancienne zone commerciale] et sur les enjeux du bassin de rétention et de la désartificialisation de cet espace… Je présiderai la SA3M le temps de régler cela. Après, on verra, je ne sais pas… Je le dis : le premier défenseur du commerce de proximité, c’est le président de la Métropole. Je veux que des signaux d’équilibre soient envoyés. J’aurai un rendez-vous avec le président Barbe (CC Grand Pic-Saint-Loup) et Mme Laurence Cristol, maire de Saint-Clément-de-Rivière, que je vais solliciter pour discuter du projet Oxylane (Décathlon) sur cette intercommunalité. J’ai toujours été contre ce projet. Et je suis constant dans mes engagements. Juridiquement, des délibérations doivent être prises par la Métropole. On peut nous mener la vie dure, mais nous pouvons aussi mener la vie dure… Le modèle des grandes surfaces en périphérie est un modèle ob-so-lète ! Y compris pour les investisseurs. Les gens ne veulent plus de cela. On le voit dans les pratiques de consommation. Ma fonction de président de la Métropole, c’est de voir loin. »

Organisation Ville-Métropole

Michaël Delafosse : « Je souhaite qu’il y ait deux cabinets : Ville et Métropole. Les dossiers à la Ville sont colossaux. Tant d’associations, tant de citoyens n’ont pas de réponse [à leur demande], ne sont pas reçus… »

Mutualisation des services de la Ville et de la Métropole, continuité ou rupture ?

Michaël Delafosse : « Je vais être très clair : il y a, dans le personnel municipal et de la Métropole, un malaise immense, une perte de sens du projet. Un des facteurs est la mutualisation. Je ne remettrai pas en cause les schémas de mutualisation, les fonctions finances par exemple (…) C’est un travail important qui a été fait. J’ai d’ailleurs voté pour, en conseil municipal. Je vais travailler au recrutement pour la direction générale sur un modèle qui doit permettre à la fois d’assurer des missions de proximité, notamment sur la ville centre, mais aussi des missions d’intérêt communautaire – la Med Valley, la gratuité des transports publics, les déchets, l’eau, le plan mobilité… Je suis en train de voir cela (…) Je m’entoure de conseils avisés – pas onéreux. Il y a aussi des marchands de soupe, donc je fais attention… Une fois ce schéma de direction générale fixé, il faudra travailler sur un nouvel organigramme pour rendre l’action publique plus efficace. Beaucoup de choses posent problèmes sur la voirie, sur la propreté et sur le sens pour les agents qui (…) devraient être à l’aise sur la mutualisation. (…) Le monde a changé. De quelque chose de très vertical, nous sommes aujourd’hui sur d’autres process. Je souhaite être très ouvert à cela. On voit bien que le télétravail, qui n’est pas en œuvre sauf pendant la crise, peut vraiment changer les choses. « 

Le défi du coût de l’absentéisme

Michaël Delafosse : « J’ai aussi un défi : le coût de l’absentéisme, qui était déjà important à la Ville et qui s’est plutôt dégradé. Le coût lié à l’absentéisme existe aussi à la Métropole, parce qu’il y a souffrance, parce qu’il y a manque de visibilité. »

La communication

Michaël Delafosse : « Quand nous ferons, nous parlerons. La communication Ville – Métropole reste mutualisée. Vous avez compris que, là-dessus, nous allons être très sobres ! Très sobres… Par exemple, le Département met 3 millions d’euros sur ce poste ! Il n’y aura plus de grandes images avec la photo du président, le nom du président partout… C’est fini ça ! A part en Corée du Nord, je ne sais pas où ça se fait encore. » 


+ d’infos et de confidences dans notre édition Print de ce jeudi 16 juillet 2020


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