Suppression de postes à la CCI Hérault : André Deljarry, l’interview

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André Deljarry, le président de la CCI Hérault. Crédit Marc Ginot

Raréfaction des ressources, élargissement des missions de proximité… "Le modèle que j'ai mis en place sur le département de l'Hérault, c'est d'être partout et près des ressortissants. Dans le modèle de 2021, je ne saurai plus le faire !" dit André Deljarry, le président de la CCI Hérault. 

HJE : Pourquoi ces suppressions d’emplois ?

André Deljarry : « L’Etat a enlevé 150 millions d’euros de ressources au réseau national aux chambres de commerce, ce qui impacte la Chambre de commerce de l’Hérault à hauteur de 2,3 millions d’euros. Notre force de frappe, c’est le personnel. 75% de nos dépenses budgétaires sont constitués par les frais de personnel. Notre budget, qui était de 12 millions d’euros, tombe à un peu plus de 8 millions d’euros. Et l’on nous annonce encore 400 millions d’euros de prélèvement supplémentaire au niveau national dans les années à venir, avec une baisse annuelle autour de 100 millions d’euros. Les chambres de commerce devaient se réformer, nous sommes d’accord. Elles doivent se digitaliser, nous sommes d’accord. Comme elles doivent travailler sur l’intelligence artificielle et d’autres domaines d’avenir pour l’entreprise, dont l’innovation… Nous travaillons sur tous les domaines. Mais que l’on nous laisse du temps pour nous organiser et que l’on nous laisse aussi les moyens. La Loi Pacte doit, a priori, prévoir que l’on puisse facturer nos prestations. »

HJE : Les suppressions d’emplois sont-elles actées ?

A.D. : « Nous étions cet après-midi [27 juin, NDLR] en assemblée générale. J’ai annoncé la couleur pour 2018. Je crains que la couleur en 2019, 2020 et 2021 soit la même, c’est-à-dire difficile à gérer pour la CCI de l’Hérault. Quand on couvre un département, premièrement dynamique – avec 5.500 entreprises qui s’installent chaque année, plus de 15.000 habitants de plus tous les ans – et deuxièmement vaste avec des territoires éloignés de Saint-Pons-de-Thomières aux frontières du Gard et de l’Aude, comment fait-on sans moyens pour être dans la proximité avec les chefs d’entreprise ? Le modèle que j’ai mis en place sur le département de l’Hérault, c’est d’être partout et près des ressortissants. Dans le modèle de 2021, je ne saurai plus le faire ! Les 25 suppressions de postes impactent autant les antennes de Montpellier, Béziers et Sète, proportionnellement au nombre d’emplois répartis dans ces structures. »

HJE : Quelles sont vos attentes en tant que président de la chambre consulaire ?

A.D. : « En 2014, on nous a fait le coup du milliard. Pour mémoire, 500 M€ ont été ponctionnés sur la trésorerie du réseau consulaire national, et 500 M€ dans la TFC. Mon souhait serait que l’on arrête ces prélèvements, que l’on fasse une pause. J’estime que lorsqu’on a enlevé aux CCI – qui sont une forme d’entreprise – 50% de leur chiffre d’affaires, il faut marquer une pause. Pour que nous puissions réfléchir à un autre modèle, peut-être proche du modèle espagnol. »

HJE : Pourquoi le modèle espagnol ?

A.D. : « Le modèle espagnol est un modèle où tout est payant. Quand vous passez la porte de la Chambre de commerce et d’industrie, à partir du moment où vous avez franchi le seuil, toutes les prestations sont facturées. Ce n’est plus l’entreprise qui paie directement la TFC au niveau de l’Etat, mais les ressources propres de la chambre qui assurent son financement. Je suis d’accord pour la réforme, mais pensons au territoire et pensons que, dans un territoire comme le département de l’Hérault, 95% des entreprises ont de 1 à 20 salariés. Ce sont des TPE qui doivent être accompagnées au plus près. Nous n’avons pas les mêmes problématiques que Marseille, Bordeaux ou Lyon. La problématique où une grande partie du territoire est rural et éloigné, les chambres de commerce ont besoin d’être partout… Je rappelle que je suis une personne qui travaille bénévolement pour la CCI. J’entraîne avec moi près de 1.000 chefs d’entreprise : élus, conseillers techniques, membres associés, ambassadeurs… Il faut nous aider à accompagner cette évolution. Je rappelle aussi que je suis à l’initiative de la mise en place de la CCI départementale avec Béziers, Sète et Montpellier, ce qui avait déjà conduit à un plan social. Plan social, plus plan social, plus plan social… cela risque de conduire à une impasse, celle de ne plus pouvoir gérer la CCI. »

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