A Montpellier, une Cité pour explorer l’économie de demain

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Crédit photo : André Hampartzoumian

Par Anthony REY

Promesse de campagne de la présidente de Région, Carole Delga, la Cité de l’Economie et des Métiers de Demain (CEMD) est un nouveau centre de compétences dédié à la transformation des entreprises et des métiers. Installée sur 3000 m2, à Montpellier, elle vise à anticiper les nouvelles tendances de l’innovation technologique et sociale, évangéliser les TPE-PME, ou former les futurs talents, en privilégiant une approche collaborative au sein d’un large réseau de partenaires (laboratoires de recherche, écoles, entreprises, réseaux économiques). Cette ambition prospective se concrétisera notamment avec une série de conférences et d’ateliers centrés sur ces enjeux. Le premier, tenu le 9 septembre, a questionné les possibilités de rebond dans une conjoncture brouillée par la crise sanitaire.

Une logique d’écosystème

En ouverture, l’Américain Alec Ross, ex-conseiller d’Hillary Clinton, a rappelé qu’au cœur de tout changement économique, « chaque acte de création démarre par un acte de destruction ». L’expert en politique technologique a fait un parallèle entre la Covid-19 et le smartphone, dont la diffusion dans les années 2000 a fortement impacté de nombreux métiers. « La crise sanitaire a accéléré la numérisation des entreprises, à travers le distanciel, les systèmes d’intelligence artificielle, la robotisation, etc. Il s’agit de bien se positionner sur la prochaine vague d’innovation qui va suivre cette crise. Les plus compétents sauront combiner l’innovation à des connaissances comme l’économie, l’histoire ou la psychologie comportementale », souligne-t-il.



Dans une deuxième keynote, le paléoanthropologue Pascal Picq a plaidé pour la mise en œuvre d’un modèle d’« économie écosystémique », expliquant : « En France, les régions ne devront pas tenter d’imiter la Silicon Valley, mais devront s’appuyer sur leurs potentialités, en travaillant sur l’écologie, l’environnement et le social. Aucun écosystème ne peut vivre sans ses ressources locales. En Occitanie, vous disposez de deux grands pôles d’innovation avec Toulouse, pour l’aéronautique, et Montpellier, pour l’innovation et la santé. Le groupe IBM a installé un centre de R&D qui collabore avec l’Université de Montpellier dans les sciences cognitives, et c’est dans ce sens qu’il faut aller ».

La force de l’Occitanie

La directrice de la CEMD, Raphaëlle Lamoureux, a introduit les témoignages suivants en louant « deux entreprises ambidextres », qui sont su se projeter au-delà des défis posés par la Covid-19. D’une part, Zimmer Biomet Robotics (robots pour la chirurgie) qui, après avoir stoppé sa production et mis sa R&D en télé-travail, a du revoir ses process. « Une medtech comme la nôtre, habituée aux bulles de croissance expansionniste, ne savait pas comment gérer cet épisode. Le top management a mis de côté l’arrogance ou le positivisme à tout crin pour pouvoir avancer. Il a fait preuve d’humilité pour que les gens réfléchissent et travaillent ensemble, car tout ne peut pas se faire à distance », raconte la directrice générale, Marie-Anne Péchinot.



De l’autre côté, la sportech Vogo qui, en exploitant son savoir-faire dans le traitement d’images, s’est alliée au laboratoire montpelliérain Sys2Diag pour créer le premier test salivaire rapide, en cours d’homologation. « Pour qu’une entreprise du numérique intègre ce consortium médical, nos services de R&D respectifs ont du se transformer rapidement. Alors qu’un transfert de technologies demande trois ans, nous avons mis trois mois. C’est la force de l’Occitanie : les acteurs se connaissent, se rapprochent, et les choses vont vite », témoigne le fondateur Christophe Carniel.

En conclusion, Marie-Thérèse Mercier, vice-présidente de l’agence économique Ad’Occ, a insisté elle aussi sur la capacité à réagir vite. « La Région l’a fait en accompagnant 30000 entreprises en pleine crise, contre 8000 d’ordinaire. Mais réagir c’est aussi anticiper. C’est l’objectif de la Cité, qui a été conçue comme un écosystème pluridisciplinaire où entrepreneurs, chercheurs et citoyens travaillent ensemble sur des sujets de structuration économique à long terme », insiste-t-elle. La CEMD poursuivra l’exercice en recevant, le 23 mai, Luc Julia, vice-président de Samsung Electronics, pour évoquer les mutations induites par l’IA.



 

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