Bio 2/3 : Une distribution bio dynamique, l’exemple Biocoop

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Deuxième volet de notre série de l’été sur le bio, ouverte dans notre édition print du 23 juillet. Le 9 juillet dernier, l’HJE était connecté en visio avec l’Agence Bio pour découvrir les chiffres 2019 de ce secteur d’activité. « Des chiffres très bons » a indiqué Philippe Henry, président de l’agence. Gérard Michaut, président de la Commission de l’Observatoire national de l’Agriculture Bio (ex-président de l’Agence Bio) confirme : « côté consommation et production tous les secteurs progressent bien et c’est heureux comme situation ». Cette semaine, nouveau volet de notre dossier : qui distribue les produits bio ?

L’Agence Bio suit de très près l’évolution des modes de distribution, quelque peu perturbés, il est vrai, ces derniers mois avec la crise sanitaire. Pourtant, certains circuits ont bénéficié à plein de cette période de réflexion forcée sur nos façons de vivre et de nous alimenter. De fait, les GMS – grandes et moyennes surfaces – occupent plus de la moitié (55 %) de la distribution des produits bio. « Nous le constatons tous : dans chaque super ou hypermarché, des rayons bio sont désormais très bien identifiés et achalandés en produits. C’est évidemment un moteur fort pour la vente des productions bio » commente Philippe Henry, président de l’Agence Bio.



Deux autres moteurs forts de distribution progressent en parallèle : les magasins spécialisés, qui, depuis le début de l’aventure bio, se sont développés avec la filière biologique. Ils représentent aujourd’hui un gros quart de la distribution (28 %). Et la vente directe (11 %), particulièrement mise à contribution pendant la période de confinement, mais qui existait déjà depuis longtemps en bio, et qui confirme son statut de circuit de proximité. De nombreux producteurs commercialisent une partie de leur production par l’intermédiaire de la vente directe, un mode de distribution d’ailleurs plus important dans la filière bio que pour les productions conventionnelles.



« L’Agence Bio va suivre de près comment ce mouvement se poursuit, parce que c’est un moyen de distribution intéressant et qui crée du lien entre les producteurs et les consommateurs. Et nous en avons besoin », analyse Philippe Henry. Autre satisfaction pour l’Agence Bio, les importations de produits bio n’augmentent pas. Des productions sont même à 99 % franco-françaises comme les vins, les œufs, les produits laitiers. 15 % seulement des produits viennent de pays tiers (hors France et Europe). Il s’agit pour l’essentiel des produits que l’on ne produit pas en France. Mais cela pourrait encore évoluer, les producteurs des Antilles françaises s’étant récemment convertis à la production de bananes bio. « Nous espérons que sur certains produits exotiques, nous ne serons plus dépendants des importations » commente Philippe Henry.



L’exemple Biocoop

Christian Weinsberg est gérant de 4 magasins de l’enseigne en Savoie et d’un restaurant, et administrateur de  la coopérative Biocoop. Lors de la visioconférence, il  évoqué l’actualité du réseau coopératif créé il y a plus de trente ans.

Biocoop compte à ce jour 640 magasins indépendants (34 % sont en statut ES – scoop, coopérative…) et d’une surface moyenne de 300 m2. Mais l’offre s’élargissant, les magasins évoluent vers des superficies 500 à 600 m2 pour les nouvelles implantations. 300 clients par jour en moyenne par magasin se déplacent pour faire leurs courses. « C’est loin des scores des grandes surfaces, confie Christian Weinsberg, mais c’est une clientèle fidèle ». Le réseau emploie 6 200 salariés dont 450 salariés sociétaires et a réalisé en 2019 un chiffre d’affaires de 1,4 milliard d’euros (1,2 Mrd en 2018). 70 ouvertures de nouveaux magasins Biocoop sont prévues en 2020. L’enseigne coopérative mobilise pour ses approvisionnements quelque 20 groupements de producteurs qui sont également sociétaires de Biocoop. Ils participent ainsi à la vie coopérative et aux décisions. Le réseau travaille directement avec 1 600 fermes et 7 000 producteurs locaux répartis sur l’ensemble du territoire.



On le sait moins, 3 associations de consommateurs participent directement à la vie coopérative, étant intégrées au conseil d’administration. « On parle d’un modèle coopératif singulier, tout simplement parce que notre conseil d’administration, qui est composé de 12 personnes et d’un président  (Pierrick de Ronne), voit tous les acteurs de la filière représentés et participer aux décisions : producteurs, consommateurs, salariés… » explique Christian Weinsberg.

Bio, français, équitable

« Notre posture historique s’appuie sur des valeurs que l’on porte depuis toujours et d’abord celle de développer l’agriculture biologique. Nous avons très vite travaillé sur la question de la production française : 80 % des produits commercialisés dans nos magasins sont d’origine française. Les 20 % restants sont des produits que l’on ne peut trouver en France ,à l’exemple de la banane, qui vient de la République Dominicaine ».

L’administrateur éprouve une certaine satisfaction de voir qu’aujourd’hui, la question prioritaire du « produire en France » est dans les têtes de tous les distributeurs. Le commerce équitable est un autre combat mené depuis plusieurs années par l’enseigne. « Nous avons pris la décision de passer il y a quelques années des accords Nord-Nord avec des producteurs français, en complément de ce que nous faisions pour le commerce équitable Nord-Sud. » Les producteurs ont ainsi des contrats incluant le commerce équitable. « Nous avons toujours eu la volonté de construire des filières locales mises en place par les magasins qui rencontrent directement les producteurs de leur territoire. »



La montée du zéro déchet

La question du zéro déchet occupe également une place importante dans la stratégie de l’enseigne coopérative. «Suite à la demande de plus en plus forte de notre clientèle, nous développons depuis plusieurs années le produit vrac, qui devient de plus en plus important chez Biocoop. Il s’agit des fruits et légumes, bien sûr, mais également du vrac alimentaire » précise Christian Weinsberg. « La période du Covid a été un peu plus compliquée pour ce segment, mais nous assistons à un retour à la normale », ajoute-t-il.

Biocoop a également mis en place une logique de cahier des charges avec ses fournisseurs, qu’ils soient producteurs ou transformateurs. L’idée est que l’enseigne aille plus loin que les exigences du cahier des charges européen pour les productions bio. Par exemple pour la viticulture : « Sur le vin rouge, le cahier des charges européen demande un taux de soufre à 100 mg par litre. Nous demandons à nos producteurs d’être à 90 mg/l. Et ce travail paye, puisque l’on constate que sur l’ensemble des productions de nos viticulteurs, ce taux est en moyenne de 50 mg/l, soit deux fois moins que la réglementation européenne ».     

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