Christophe Schmitt : un entrepreneuriat de contrainte va apparaître

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Crise sanitaire et entrepreneuriat à l’université ! C’est sur ce thème que le réseau national des vice-­présidents Entrepreneuriat a organisé une consultation prospective auprès de ses membres. Au-delà de l’interrogation sur la place à venir de l’entrepreneuriat au sein des établissements universitaires, une approche nouvelle de l’entrepreneuriat se profile. Entretien avec Christophe Schmitt, président de ce réseau national et vice-président de l’Université de Lorraine chargé de l’Entrepreneuriat et de l’Incubation.

Le Réseau national de vice-présidents Entrepreneuriat a été créé fin 2018. Ce réseau, présidé par Christophe Schmitt, vice-président de l’Université de Lorraine en charge de l’Entrepreneuriat et de l’Incubation, entend participer aux réflexions actuelles sur la place de l’entrepreneuriat au sein des universités et des établissements d’enseignement supérieur et de recherche. Il veut être force de proposition auprès de la Conférence des Présidents d’Université (CPU).

Christophe Schmitt, l’interview…

Christophe Schmitt, vice-président de l’Université de Lorraine en charge de l’Entrepreneuriat et de l’Incubation précise d’emblée : « L’entrepreneuriat s’est considérablement développé dans nos établissements. Ils sont en effet passés de la conception et de la mise en oeuvre d’actions isolées à des actions structurées et portées politiquement », explique Christophe Schmitt. « Aujourd’hui, il est nécessaire de partager ces réflexions au niveau national, non seulement pour mutualiser les bonnes pratiques mises en place mais aussi pour répondre à l’évolution du contexte actuel en matière d’entrepreneuriat comme à des sujets portant sur la DeepTech, les liens avec Bpifrance, la formation continue, l’internationalisation, les incubateurs ou encore les sociétés universitaires et de recherche. » (EV)

Comment percevez-vous cette crise ­sanitaire qui nous touche ?

Christophe Schmitt : « C’est une situation inédite. D’habitude, quand nous sommes confrontés à une crise, c’est souvent l’offre ou la demande qui s’effondre ; là ce sont les deux. Aujourd’hui, tout demeure sous perfusion. Dans l’ensemble, avec les différents dispositifs étatiques mis en place, les trésoreries des entreprises tiennent, mais il reste la question de l’après. L’incertitude demeure, voire une certaine forme d’insouciance face à un facteur et une variante complètement exogènes que personne ne contrôle. Une chose ressort fortement tout de même, c’est que la notion même de prospective n’existe plus. »



Comment voyez-vous l’évolution de la notion même de l’entrepreneuriat ?

« L’entrepreneuriat va devoir se réinventer ! Soit tout revient comme avant, rien ne change et l’on continue dans la notion d’entrepreneuriat d’avant, soit rien ne revient comme avant et c’est là qu’une remise en cause totale va s’imposer. Ce n’est pas le passé qui fait le présent, mais le futur. L’entrepreneuriat n’échappe pas à cette règle. Avec la crise, le marché de l’emploi va défaillir avec une demande qui augmente et une offre qui diminue. On peut s’attendre au développement d’un entrepreneuriat de contrainte, à la différence de l’entrepreneuriat volontaire qui prévaut actuellement. C’est pour cette raison que nous lançons, à l’Université de Lorraine, un nouveau DU (Diplôme Universitaire). Baptisé « Rebond », il est destiné aux salariés qui vont se retrouver sur le carreau et vont se tourner vers l’entrepreneuriat. Le programme est opérationnel ; il peut facilement s’appliquer dans d’autres régions. »



Président du Réseau des vice-présidents Entrepreneuriat, vous avez lancé auprès de vos membres une consultation prospective sur le thème : « Crise sanitaire et entrepreneuriat à l’Université ». Quels sont ses principaux enseignements ?

« En plus de cette notion d’entrepreneuriat de contrainte à laquelle nous allons peut-être avoir à faire face, il y a une crainte de voir les universités se refermer sur leurs métiers historiques que sont la formation et la recherche et que les moyens, notamment humains et financiers, finissent par positionner l’entrepreneuriat comme cinquième roue du carrosse. Reste qu’aujourd’hui, l’entrepreneuriat est un bon vecteur de transformation de l’université, notamment dans la consolidation de son rôle conscient et avéré d’acteur économique tant au niveau local qu’aux niveaux national et international. »

« L’entrepreneuriat est un bon vecteur de transformation de l’université, notamment dans la consolidation de son rôle conscient et avéré d’acteur économique. »

Comment les universités ont-elles fait face à la crise sanitaire pour maintenir leurs actions et relations avec les étudiants-entrepreneurs ?

« Globalement, il apparaît que les universités ont su faire face aux contraintes de la crise sanitaire en proposant une continuité de services aux entrepreneurs et plus particulièrement aux étudiants entrepreneurs. Cette adaptation n’est pas le fruit du hasard. Elle est due principalement au mode de fonctionnement en cohérence avec l’entrepreneuriat : agilité, capacité à pivoter, anticipation. En grande partie, les universités utilisaient déjà des outils ou des applications numériques permettant un basculement à distance. Aujourd’hui, l’enjeu est autre part. La question que tout le monde se pose consiste à s’interroger sur la manière de sensibiliser les étudiants à l’entrepreneuriat dans le contexte sanitaire de la rentrée universitaire. Les pistes qui se dégagent renvoient à la nécessité de développer des campagnes de communication locales et nationales, notamment sur les réseaux sociaux, pour faire la promotion de l’entrepreneuriat à l’université. Il nous faut développer des démarches nouvelles. »



Quel rôle l’Université pourra-t-elle jouer dans la sphère entrepreneuriale ?

« Les universités ont développé un savoir-faire en matière d’entrepreneuriat permettant d’accueillir et d’accompagner des porteurs de projets qu’elles pourraient mettre au service de ce type d’entrepreneuriat de contrainte. Il s’agit essentiellement de gérer l’état gazeux de l’entrepreneuriat, la phase amont (la phase aval correspond à l’état de cristallisation ; elle est gérée par les structures d’accompagnement et les chambres consulaires). L’objectif est double pour les universités : elles doivent être prêtes quand la situation économique basculera et elles devront favoriser le rebond des personnes mises en difficulté par cette situation économique. »

Propos recueillis par Emmanuel VARRIER pour l’HJE et RésoHebdoÉco  www.reso-hebdo-eco.com



Nouvel ouvrage en vue pour Christophe Schmitt

« Entreprendre, c’est s’entreprendre ! » Il y a de fortes chances que ce soit le titre du nouvel ouvrage de Christophe Schmitt. « La période de confinement a été pour moi l’occasion de m’investir dans l’écriture d’un nouvel ouvrage toujours autour de l’entrepreneuriat », assure le vice-président de l’Université de Lorraine. La crise sanitaire d’aujourd’hui et (sans doute) la crise économique et sociale de demain vont entraîner la naissance d’une nouvelle forme d’entrepreneuriat. Un entrepreneuriat pas vraiment choisi, mais qui pourrait être accepté s’il est bien préparé et accompagné. (EV)

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