CIVL, Xavier de Volontat : « Le développement de nos appellations ne peut se faire qu’à l’exportation »

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HJE 2018, D. Croci

A l'occasion du salon Vinisud qui se tient à Montpellier du 18 au 20 février, le président du Conseil interprofessionnel des vins du Languedoc (CIVL) fait le point sur les potentialités des AOC Languedoc et des IGP Sud de France. Interview.

HJE : Vinisud marque une date particulière pour l’interprofession…

Xavier de Volontat : « Nous fêtons en effet les 80 ans de la reconnaissance de la blanquette de Limoux en tant qu’appellation d’origine contrôlée. Et nous allons aussi montrer la bonne santé de toutes nos appellations du Languedoc-Roussillon, après l’effort colossal qui a été fait depuis 8 ans pour renforcer la bonne image portée par la reconnaissance du consommateur de nos bons vins, tant en France qu’à l’étranger, avec une progression importante hors Hexagone. On sait que malheureusement en France, pour des raisons d’évolution sociétale, la consommation continue de diminuer, même si nos appellations sont moins concernées que celles de nos confrères et concurrents des autres régions viticoles françaises. »

HJE : Quelle est votre stratégie en la matière ?

Xavier de Volontat : « Notre vision est que le développement ne peut se faire que sur l’exportation. C’est la raison pour laquelle, sur les plans 2018-2021, une part d’au moins 60 % de notre budget (3,7 M€) sera employée au soutien à l’exportation, alors que ce segment de marché ne représente actuellement que 40 % de nos ventes. Les grands pays visés et déjà consolidés sont la Chine et les Etats-Unis, pour le nombre d’habitants et l’évolution de la consommation. Il nous faut consolider notre présence sur ces deux marchés d’importance. Et en même temps, essayer de reprendre des parts de marché sur des marchés de proximité que sont l’Allemagne, la Belgique, les pays scandinaves et l’Angleterre, où le changement de positionnement de nos appellations fait qu’il faut renouveler des actions pour donner une image différentes de nos vins. »

HJE : Que représente le CIVL ?

Xavier de Volontat : « Un budget de 3,7 M€, 2.500 entreprises, 2,5 millions d’hectolitres de volume de production, soit le quart de la production du Languedoc qui passe à travers le CIVL. En appellation, le vin rouge reste la principale production, hors Picpoul de Pinet, qui est essentiellement produit en blanc. On peut estimer que 80 % des appellations sont du rouge, 12 à 15% du rosé et 5 à 6% du blanc. »

HJE : Tout semble aller bien, ce qui n’empêche pas des défis importants à relever, à la fois économiques et environnementaux…

Xavier de Volontat : « Oui bien sûr. Tout a été redressé, je dirais remis sur de bons rails, par l’ensemble de l’équipe de l’interprofession. Mais on n’est pas arrivés au bout du chemin ! Il faut continuer à être vigilants, à anticiper, à regarder les évolutions et les changements aussi bien du côté des producteurs, en regard des récoltes, qu’au niveau du marché et des consommateurs. C’est ce rôle de veille et d’adaptation très rapide qui nous conduira à avoir encore du succès. Je suis sûr qu’on le mérite et que l’on dispose des atouts pour y arriver. Sur le plan de la pratique culturale liée à l’évolution climatique, le CIVL encourage la concertation sur les nouveaux process de production, notamment vis-à-vis de l’irrigation. De nouvelles variétés vont être testées cette année sur l’ensemble de notre territoire viticole, soit sept dès cette année, et une douzaine dans les deux prochaines années. Sur le plan de la communication, je crois surtout qu’il faut que l’on continue à forger notre propre identité en ne copiant personne, et sans utiliser de faux arguments. En marketing, il n’y a qu’une chose qui compte, c’est la vérité du produit ! Le succès vient toujours après une exigence de transparence. Nos atouts sont fantastiques. On le mesure lorsqu’on sort de notre région et que l’on évoque le Languedoc ou la Méditerranée : on fait rêver les gens et les consommateurs. A nous d’exploiter cette reconnaissance pour renforcer notre développement et notre succès. »

HJE : Quelle est la place du vin bio aujourd’hui ?

Xavier de Volontat : « Elle est importante et continue de grandir. C’est une demande réelle de la part du consommateur, qu’il faut surtout accompagner. C’est aussi une philosophie de production qu’il faut respecter. Les autres méthodes de production seront de toute manière de plus en plus respectueuses, parce que cela fait partie des attentes du consommateur, et que nous avons en Languedoc plus de facilités à pouvoir le faire. Dans notre région, la production de vin bio représente entre 20 et 25%, ce qui n’est pas négligeable. En tant qu’interprofession, nous n’avons pas d’objectif précis dans ce domaine, c’est davantage aux syndicats de défense d’appellations à le faire. Comme Faugères par exemple, qui est important et qui veut continuer à progresser. D’autres sont moins pressés. Je crois que l’on ne peut faire les choses d’une façon forcée. Mais on peut faire évoluer l’ensemble des vignerons vers une culture du vin davantage respectueuse de la nature et, bien sûr, des individus et des consommateurs. »

HJE : Une ministre a récemment affirmé que le vin était un alcool comme un autre…

Xavier de Volontat : « Je pense qu’elle a fait une sortie de route. C’est gênant, alors que l’on essaie de construire une réflexion dans ce sens, et que le président de la République salue notre démarche dans un courrier expliquant qu’il faut que l’on travaille tous ensemble pour aller vers la formation et la prévention. Une vision et une volonté communes qui, sur les moyen et long termes, vont conduire nos enfants à aller dans le bon sens. La ministre de la Santé est invitée à venir sur notre stand au Salon de l’Agriculture pour nous expliquer sa pensée. Une pensée dont je ne vois pas très bien la raison. Au-delà de cela, on ne peut pas remettre en cause une Loi Evin votée en 1992, qui a été modifiée dernièrement et qui nous permet de travailler. Il nous faut surtout construire autour des problèmes d’alcoolisme qui, c’est vrai, sont une réalité. Mais faut-il faire comme pour d’autres excès constatés, des lois et des règles pour 3 à 4% de la population ? Ou plutôt considérer les 95% qui ne sont pas concernés par cette problématique, avec la volonté de travailler efficacement pour les 5 % qui le sont, de manière préventive et constructive ? La filière viticole est dans cet esprit-là. Nous souhaitons que la ministre de la Santé suive les recommandations du président de la République pour concrétiser, ensemble, sa proposition. »

Les chiffres 2017 du CIVL

LE LANGUEDOC-ROUSSILLON, PREMIER PRODUCTEUR DE VINS ROSÉS FRANÇAIS

En 2017, le vignoble du Languedoc-Roussillon Sud de France est le premier producteur de vins rosés à indication géographique. En 2016, la production pèse 2,240 millions d’hectolitres contre 2,100 millions d’hectolitres en 2012 (+ 5 %), avec une part de marché de 33 % de la production française et 10 % de la production mondiale. La croissance du marché français provient notamment des vins du Languedoc-Roussillon dont les IGP Sud de France et des AOC du Languedoc qui séduisent de plus en plus les consommateurs français et étrangers.

Les chiffres de l’export, des ventes, par segments en graphes…

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