Commerces et artisanat confinés : « Arrêtons les conneries », le coup de gueule de Christian Poujol, de la CMA Hérault

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Un récent sondage* montre que 84 % des Français sont favorables à la réouverture des entreprises de proximité, au plus tard le 1er décembre. Christian Poujol, président de la Chambre de Métiers et de l'Artisanat de l'Hérault, rappelle les enjeux humains et sociaux d'une réouverture rapide des activités de proximité.

Quand les commerces dits non-essentiels pourront-ils rouvrir ? C’est une question de survie pour de nombreuses activités, en cette période cruciale de fêtes de fin d’année, rappelle Christian Poujol. « L’activité professionnelle de bon nombre d’entre nous a été injustement qualifiée de non-essentielle par l’Etat. Alors la Chambre de métiers continue à se battre pour obtenir la réouverture dans les plus brefs délais. Avec une bonne nouvelle : l’opinion publique nous soutient dans cette bataille ! » explique le président de la CMA Hérault.

Au plus tard le 1er décembre

En effet, un récent sondage (Yougov/U2P) révèle que 84 % des Français sont favorables à la réouverture des entreprises de proximité (fleuristes, coiffeurs, libraires…) dans le respect du protocole sanitaire, et que 74 % désirent voir ces entreprises rouvrir au plus tard le 1er décembre.

« Si les Français souhaitent voir nos établissements rouvrir, c’est parce qu’ils s’y sentent en sécurité face à la Covid-19. Seulement 7 % des sondés ont l’impression de mettre leur santé en danger en se rendant chez les artisans et dans les petits commerces. Ils sont en revanche 47 % à le craindre en se rendant dans une grande surface. Et pourtant, même limitées, les grandes surfaces sont toujours ouvertes » analyse Christian Poujol.


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Aux questions de la rédaction de l’Hérault Juridique, Christian Poujol oppose un « no comprendo » et lance un véritable coup de gueule. « Je suis une fois de plus en colère ! Nous avons les fesses entre deux chaises ! 84 % des Français sont favorables à la réouverture complète des petits commerces, et 47 % des gens ne veulent pas aller dans une grande surface par crainte d’une contamination ! Seuls 7 % se disent en danger dans les petites échoppes ».

« Arrêtons les conneries ! »

« Je dis qu’il faut rouvrir, parce que nous avons les moyens de recevoir le public. Nous avons fait les efforts légitimes pour accueillir dans les meilleures conditions la clientèle que l’on aime, que l’on aime conseiller, que l’on aime chouchouter… Arrêtons les conneries ! Je vais même plus loin : fermons les grandes surfaces de plus de 800 m2. Il n’y a aucun contrôle à l’entrée de ces surfaces commerciales, simplement équipées d’un distributeur de gel. Lors du premier confinement, une jauge de fréquentation avait été imposée… Que comprendre ? Une grande surface vient même de faire l’objet d’une fermeture administrative dans l’Hérault, pour non-respect de la loi. Et là, je dis bravo monsieur le préfet ! »

Nous sommes acteurs de notre territoire

« Il faut comprendre que commerçants et artisans sont acteurs de leur territoire : ils vivent et dépensent sur leur territoire, ils participent au lien social et économique en créant de nombreux emplois basés sur un véritable savoir-faire et savoir-être, avec des emplois non délocalisable et même identitaires du savoir-faire français. Nous sommes loin des grands groupes, dont la variable d’ajustement est justement l’emploi et la prise de bénéfices ! »

Pour les traiteurs, c’est une catastrophe

Interrogé sur la situation économique de ses ressortissants, Christian Poujol répond : « Elle est très contrastée. Les métiers de bouche s’en sortent plutôt bien. A l’inverse, pour les traiteurs, c’est une catastrophe. Je ne sais pas comment ils vont s’en sortir » avoue le président de la CMA. « Je crains que les structures les plus importantes ne puissent s’en sortir. Je pense aussi aux métiers d’art, auxquels je suis très attaché. Les événements de fin d’année comme la Foire de Montpellier et diverses expositions n’ont pu se faire, et ils réalisent souvent à cette occasion leur chiffre d’affaires pour l’année ! Nos coiffeurs, fleuristes, libraires… tous ces métiers souffrent aussi, mais vont sans doute mieux résister, parce que leur structure est plus agile… Je note heureusement que les collectivités nous aident et ont compris le désarroi de nos nobles métiers. Je remercie les villes et agglomérations comme Montpellier, Béziers, Sète, Lunel et bien d’autres, de leur soutien… »

La situation économique

Craignez-vous des dépôts de bilan en nombre ? « On ne constate pas encore de dépôts de bilan… Je vais dire mieux, et cela semble paradoxal : à la CMA Hérault, nous enregistrons cette année 600 créations d’activités supplémentaires de plus qu’en 2019. Mais c’est un chiffre en trompe-l’œil. Pour moi, ce n’est pas une bonne nouvelle, car il s’agit essentiellement de microentreprises, souvent portées par des créateurs sans emploi qui veulent essayer de vivre de leur métier et de leurs mains. Si cela évite le travail au noir, c’est bien – et je remercie ces créateurs – mais l’entreprise, c’est aussi un vrai savoir-faire qui ne s’improvise pas… Je crains beaucoup de défaillances dès 2021«  analyse le président de la CMA.

Rouvrir le plus tôt possible

Le président de la CMA Hérault a plusieurs attentes avant les prochaines annonces gouvernementales : « Il faut rouvrir le plus tôt possible et s’il faut aller plus loin dans les gestes barrières, allons plus loin ! Incluons les mesures de température par exemple, limitons davantage la jauge… Notre métier, c’est notre façon de vivre, c’est notre idéal de vie ! Beaucoup sont aujourd’hui au bord de la rupture. Et lorsque dans nos métiers il n’y a plus de perspectives, il ne nous reste plus que les médicaments ou le pétard ! La situation est très grave. Je ne voudrais pas être le président dont le mandat connaisse le plus de suicides. »

 


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