Consommation : un marché du BIO décomplexé (1/3)

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Premier volet de notre série d’été sur le bio : la consommation*. Le 9 juillet dernier, l’HJE était connecté en visio avec l’Agence Bio pour découvrir les
chiffres 2019 de ce secteur d’activité.

« Des chiffres très bons » a indiqué Philippe Henry, président de l’agence. Gérard Michaut, président de la Commission de l’Observatoire national de l’Agriculture bio (ex-président de l’Agence Bio) confirme : « Côté consommation et production, tous les secteurs progressent bien, et c’est heureux comme situation ».

Philippe Henry est très satisfait de cette tendance : « La consommation tire la production, les chiffres sont bons pour les deux domaines, à la fois pour la consommation et pour la production ». Non seulement cela tire la production, mais cela provoque également la structuration des filières : « le bio s’organise partout au niveau de la production, de la transformation et de la production ». Quatre fois le CA du marché des smartphones en France.



La consommation se massifie. En 2019, le marché bio a approché 12 milliards d’euros dans l’Hexagone, soit quatre fois le marché des smartphones ! Et deux fois le montant des exportations de céréales de la France. Le bio a exactement généré l’an dernier 11,93 milliards d’euros (+13,5 % vs 2018) dont 11,3 milliards d’euros d’achats de produits alimentaires (+13,3 % vs 2018) et 640 millions d’euros en restauration hors foyer (+16,4 % vs 2018). En 2015, ce marché dégageait seulement 6,4 milliards d’euros de CA. Dit autrement, le bio concentre désormais 6,1 % des achats alimentaires des Français, soit une consommation moyenne de produits bio de 178 euros par an et par habitant, « ce qui devient significatif » analyse Philippe Henry.

© Agence Bio international

Un chiffre d’affaires doublé en cinq ans

Le marché du bio a ainsi plus que doublé son chiffre d’affaires en cinq ans, avec une croissance annuelle de 1,3 milliard d’euros sur la période. La crise du Covid a quelque peu ralenti sa progression au premier semestre. Philippe Henry note toutefois un élément central dans cette dynamique contrariée : « les citoyens d’une manière générale, les collectivités et leurs élus ont pris conscience de la relation qu’il pouvait y avoir entre la consommation, la production, la vie des territoires… Et l’on va avoir des élus de plus en plus sensibles à ces questions, qui vont porter la restauration collective vers plus de produits locaux et de produits bio, en souhaitant que l’ambition de la Loi Egalim** qui porte 20 % de production bio en restauration collective et 50 % de produits sous label, porte ses fruits ».



Toutes les familles de produits en nette progression

L’intérêt croissant des ménages français concerne l’ensemble des familles de produits bio qui proposent des références dans toute la gamme de consommation, et connaissent toutes une croissance supérieure à 15 % par rapport à 2018. La boulangerie et l’épicerie représentent à elles deux plus de 30 % des achats des ménages (voir graphique).

Ainsi, les croissances par produits montrent des hausses de la consommation de 31 % pour les produits surgelés (glaces, sorbets, pizzas), de 24 % pour la bière, de 20 % pour les oeufs – qui, malgré le recul des prix, restent le produit bio le plus consommé – et une augmentation de 18 % pour les produits laitiers (hors lait liquide) et de 16 % pour les jus de fruits et boissons sans alcool… avec une croissance remarquée des eaux aromatisées et des sodas bio.


Philippe Henry, président de l’Agence Bio. © Agence Bio

Question à Philippe Henry et Gérard Michaut

HJE : Les élections municipales ont confirmé une attente forte pour l’écologie et la qualité de vie. Permettre le développement d’une agriculture urbaine bio fait-il partie de vos objectifs et compétences ?

Philippe Henry : « Je regarde l’agriculture urbaine avec intérêt. C’est l’un des bons moyens de rapprocher la ville de la campagne ou la campagne de la ville. On vit une époque où il y a une fracture entre les deux mondes, et c’est quelque chose qu’il faut que l’on résolve. Quand les gens se mettent à cultiver, quel que soit le lieu, un balcon, un petit coin de jardin en ville, ils retrouvent le bonheur de faire pousser des plantes et cela renoue les liens.

Si l’on regarde les choses de façon macro, l’intérêt pédagogique du lien social est évident. Je fais d’ailleurs un clin d’oeil aux jardins partagés. Ce sont des initiatives non seulement agricoles mais aussi sociales, et quelque part on va vraiment dans le bon sens. Toutefois, même si nous pouvions cultiver tous les jardins et toutes les toitures possibles et imaginables en ville, nous ne nourririons pas toute la ville. Mais c’est un élément qui n’est pas négligeable et que nous devons prendre en compte. »

Gérard Michaut : « Personnellement, je cumule les casquettes : je suis agriculteur bio et maire de ma commune. On sent effectivement, même dans le milieu rural, une attirance pour le partage des connaissances liées au jardinage, à l’agriculture. Ce sont des domaines où on va essayer – dans mon village par exemple – d’apporter des réponses, peut-être pas forcément des solutions.

On ne connaît pas toutes les bonnes solutions pour bien entretenir un potager partagé par exemple. Et même en milieu rural, il y a ces demandes. Mais en tant que responsable communal, même à la campagne, on n’oublie pas qu’il va falloir que nous sachions répondre à ces questions. »

Propos recueillis par Daniel CROCI

* Volet 2 à lire dans notre édition du 30 juillet.

** Dès le 1er janvier 2022, 50 % de produits durables, dont 20 % de bio, dans les cantines (restauration collective dans tous les établissements chargés d’une mission de service public).



 

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