Après le Brexit : exporter vers le Royaume-Uni

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DOSSIER - Le Brexit a surpris les observateurs les plus avisés, et les Britanniques eux-mêmes d’ailleurs. Né de la contraction de deux mots anglais, « British » (britannique) et « exit » (sortie), l’acronyme a désuni un Royaume-Uni qui a signifié le 23 juin 2016, par référendum, la fin de son appartenance à l’Union européenne. Depuis, la Première ministre britannique Theresa May s’est attelée à rassurer les entrepreneurs inquiets et les investisseurs étrangers qui souhaiteraient développer leur business outre-Manche. Une très intéressante matinée « Pays Royaume-Uni », organisée par la CCI LR dans les locaux de la CCI de Sète, a récemment permis de faire le point sur les potentialités d’un marché et d’une économie pour l’instant en stand-by.

Pour les entrepreneurs languedociens qui souhaitent orienter leur développement vers l’export, les Journées Pays de la Chambre de commerce Languedoc-Roussillon et de son service CCI International constituent un must pour s’informer et découvrir les services apportés par le réseau consulaire et ses partenaires. Le 13 décembre dernier, Inès ENNAIFER, responsable appui commercial de la CCI franco-britannique, et Dimitri DILES, du réseau d’experts EEN, ont partagé leurs connaissances sur un pays ébranlé suite à la sentence formulée par 51,9% des votants. Le « oui » au Brexit signifie la sortie des Britanniques de l’Union européenne après quarante-trois années d’appartenance. Quelle est et sera l’incidence réelle du Brexit sur l’économie du Royaume ? Doit-on s’attendre à une crise majeure ? Inès Ennaifer, de la CCI franco-britannique, reste prudente : « Il est trop tôt pour le savoir. Pour l’instant, nous ne notons pas d’impact économique significatif. L’économie britannique est solide. Elle se maintient positivement. Nous constatons qu’après trois mois d’incertitude, les Britanniques restent pragmatiques et s’adaptent même assez rapidement. Aujourd’hui, c’est « business as usual ». Peut-être que cela va s’accélérer avec l’activation de l’article 50 par le gouvernement britannique en mars prochain ? ».

Baisse de la fiscalité sur les entreprises

Au cours de sa « déclaration d’automne » (« Autumn Statement ») devant la Chambre des Communes, le nouveau gouvernement a estimé que malgré la bonne résistance actuelle de l’économie britannique, la croissance devrait néanmoins s’affaiblir à moyen terme. Les estimations portent sur les cinq prochaines années, et annoncent un recul cumulé de la croissance de 2,4 points par rapport aux prévisions précédentes. Le site d’information Euractiv* analyse : « La croissance devrait s’affaisser l’an prochain, notamment à 1,4 % (contre 2,2 % prévus initialement), puis rester sous les 2 % à 1,7 % en 2018, avant de revenir en 2019 à 2,1 %, son niveau prévu en 2016. Ces prévisions demeurent évidemment sujettes à la plus grande prudence, les contours exacts du Brexit étant encore à définir ». Pour éviter d’affaiblir les deux secteurs ayant tiré la croissance du pays ces dernières années que sont la finance et l’immobilier, le gouvernement veut créer un Fonds d’investissement dans la productivité nationale (NPIF) doté de 23 milliards de livres (27 milliards d’euros). Pour le logement, plusieurs fonds (jusqu’à 2,3 milliards de livres, soit 2,7 milliards d’euros) seront dédiés à la construction de 100 000 logements, et la somme de 1,4 milliard de livres (1,6 milliard d’euros) sera affectée à la construction de 40 000 logements bon marché.

 

Durant cette période de transition, le gouvernement de Theresa May a cherché à rassurer. Les annonces faites les 21 et 23 novembre derniers par la Première ministre et le chancelier de l’Échiquier (ministre des Finances), Philip Hammond, sont allées dans ce sens. Il faut dire que seulement 1 % des chefs d’entreprise britanniques penchaient pour le Brexit ! Le projet de budget rectificatif du pays – le premier exercice budgétaire majeur du gouvernement depuis le référendum – inscrit ainsi 2 milliards de livres (2,3 milliards d’euros) de dépenses supplémentaires par an d’ici à la fin de la législature en 2020. Principaux bénéficiaires : la recherche et le développement dans les hautes technologies. Pour les entreprises étrangères, Theresa May a lancé un signal fort : abaisser la fiscalité et le taux d’impôt sur les sociétés au niveau le plus bas de tous les pays riches et émergents du G20. Actuellement de 20 %, l’impôt britannique sur les sociétés doit passer à 17 % d’ici à 2020. Un milliard de livres sera mis à la disposition des start-up pour éviter qu’elles ne se fassent trop facilement absorber par les majors. Du côté des particuliers, le seuil de non-imposition sur le revenu est relevé, et le salaire minimum sera remonté de 25 %, à 7,5 livres par heure, en avril prochain (soit près de 600 euros de gain par an pour un employé à temps plein).

 

Après une période d’attentisme, les choses semblent s’accélérer. Mercredi 7 décembre, les députés britanniques ont voté le calendrier du Brexit. Sur 650 députés, 448 députés ont voté pour, et 75 contre la motion. Le texte stipule que le Parlement doit appeler « le gouvernement à invoquer d’ici le 31 mars 2017 l’article 50 » du traité de Lisbonne, préalable au lancement de la procédure de divorce avec l’Union européenne. Mais une question se pose désormais. Le Parlement est-il en mesure de bloquer le processus ? La Cour suprême s’est penchée sur la validité de cette procédure inédite et sur le rôle du Parlement dans le déclenchement de l’article 50. Elle doit statuer en janvier 2017.

* Source Euractiv : « Brexit, le gouvernement britannique donne la priorité à l’investissement » (24/11/2016)

 

Les secteurs à fort potentiel

Inès Ennaifer, du service d’appui commercial de la Chambre de commerce franco-britannique, a également présenté les secteurs clés et les opportunités qui se présentent au Royaume-Uni dans ce contexte post-référendum. Rappelant que l’article 50, décisif pour la sortie de l’UE, sera activé en mars prochain pour une sortie effective d’ici 2019, et que les prochaines grandes élections – dites « General elections » – auront lieu le 7 mai 2020, la conseillère a précisé les secteurs à fort potentiel pour les entreprises françaises :

  • Les énergies renouvelables. Représentant 5 % du PIB, le secteur énergie représente 83 milliards de livres en 2014, sachant qu’une livre sterling équivalait à 1,17 euro au 7 décembre 2016. Le Royaume-Uni compte plus de 1 000 entreprises innovantes dans les ENR pour plus de 680 000 emplois. Il est leader sur l’éolien offshore. Plus globalement, le secteur de l’énergie offre des opportunités de création d’infrastructures pour le gaz, pour les systèmes de distribution, les ENR, les solutions de stockage et d’équipement pour la distribution de l’énergie nucléaire (notamment suite au marché de la future centrale d’Hinkley Point). Deux salons permettent de prendre le pouls de ce secteur d’activité : All-Energy (qui se déroulera du 11 au 12 mai 2017) et Offshore Wind Energy (du 6 au 8 juin 2017).
  • L’industrie agroalimentaire (plus de 95 milliards de livres). Même si les entreprises françaises sont déjà bien présentes sur ce marché et si la concurrence est vive, le réseau britannique des 18 000 grossistes, 70 000 détaillants et 2 000 épiceries fines est à la recherche de produits gourmets à forte valeur ajoutée, authentiques, bio et sains. Bon à savoir : l’adaptation du packaging à ce marché spécifique joue un rôle prépondérant, et les Britanniques sont moins sensibles que les Français à la notion de terroir. Les salons professionnels incontournables du secteur sont Speciality and Fine Food Fair (du 3 au 5 septembre 2017) et The Restaurant Show (du 20 au 23 mai 2017).
  • Les TIC (58 milliards de livres en 2013, 8 % du PIB). Le Royaume-Uni est leader européen notamment dans les FinTech (banque), mais de réelles opportunités existent sur les segments de la cyber-sécurité, des services cloud et data centers, de la mobilité et de la « Tech city ». Les salons professionnels à visiter : sont Lab Innovations (les 2 et 3 novembre 2017) et E-Commerce Expo (les 27 et 28 septembre 2017).
  • Santé, biotechnologies et sciences de la vie (56 milliards de livres en 2014).  Le marché de la Silver Economy offre de belles opportunités. Pour s’en rendre compte, il faut visiter les salons Safety & Health Expo (du 20 au 22 juin 2017) et Healthcare Estates (les 10 et 11 octobre 2017).
  • L’aéronautique (29 milliards de livres en 2015). Le Royaume-Uni est leader européen sur ce secteur (23 % du marché) et deuxième mondial. Les opportunités concernent les nouveaux matériaux dont les composites, les systèmes de propulsion, l’ingénierie des systèmes et opérations autonomes, le développement de la gestion de l’information et de la fusion des données, ainsi que la sécurité aérienne et aéroportuaire. Les salons professionnels sont Aero Engine Forum (du 18 au 20 avril), et Farnborough Airshow (du 16 au 22 juillet 2018), organisé en alternance un an sur deux avec le Salon du Bourget.

 

Les réseaux, appuis essentiels pour prendre contact avec le Royaume-Uni

 

La Chambre de commerce française de Grande-Bretagne

Créée en 1883, la Chambre de commerce française de Grande-Bretagne est une institution largement reconnue outre-Manche. Elle offre un ensemble de services précieux pour une première prise de contact avec ce marché anglo-saxon très spécifique. Cette chambre consulaire, dont le siège est basé à Londres, compte 600 entreprises membres, dont 80 membres patrons, des sociétés à 70 % françaises et 30 % d’autres pays.

Elle organise et suit une cinquantaine d’événements par an et propose 6 forums thématiques, sortes de petits « think tanks » : Climate change, Cross cultural relations, Finance forum, Human ressources, Legal forum et Economic update. Deux clubs permettent de partager les compétences : le Luxury club et PME/ Entrepreneurs. La Chambre, qui compte  environ 30 personnes, accompagne chaque année 300 PME dans le cadre de projets d’export ou d’implantation.

Inès Ennaifer, du service d’appui commercial de la CCI franco-britannique, a présenté les grands axes d’intervention de la chambre et quelques conseils pratiques. La vocation du service d’appui commercial est d’apporter une information actualisée du marché prospecté, d’accompagner et de planifier la rencontre avec des acteurs économiques pertinents par des missions de prospection collectives ou sur-mesure, et l’assistance et la gestion commerciale. Important ! Au Royaume-Uni, nul n’est besoin de créer une structure pour tester le marché : l’embauche d’un salarié détaché (technico-commercial local) est possible et d’ailleurs de plus en plus utilisée par les entreprises qui souhaitent valider leur potentiel sur ce marché spécifique.

La Chambre propose un accompagnement à la gestion comptable de l’activité ou de la structure britannique ainsi créée. Mais également la gestion salariale (dont fiche de paie), la gestion de la TVA ou du CIS (Construction Industry Scheme), qui concerne principalement le secteur des BTP. Autre service important proposé par la Chambre : le recrutement. Elle donne accès à une base de 3 500 candidats expérimentés et sélectionnés pour leur connaissance approfondie du marché local. Ceci à un tarif compétitif : une commission de 12 à 15 % du salaire brut annuel, contre 15 à 18 % pour les agences de recrutement traditionnelles. Un Business Center dédié : la CCI dispose à Londres d’un espace (18 places) de location de bureaux avec accès à des salles de réunion et à divers services mutualisés. Les contacts : Chambre de commerce française en Grande-Bretagne,  Lincoln House, 300 High Holborn,  London WC1V 7 JH. Service « Business Consultancy » : commercial@ccfgb.co.uk  – Tel : 00 44 (0)207 092 6626.  Site : www.frenchchambre.co.uk. Contact :  Inès ENNAIFER, responsable appui commercial : iennaifer@ccfgb.co.uk

 

Le réseau Enterprise Europe Network (EEN)

Lors de cette journée Pays organisée à Sète, Dimitri Diles, basé à Montpellier, a présenté le réseau EEN, cofinancé par l’Union européenne, qui regroupe environ 4 500 experts dans plus de 60 pays, les derniers en date étant le Nigeria et la Nouvelle-Zélande. Complémentaire des actions du réseau des CCI, il intervient plus spécifiquement en amont de la formalisation de partenariats internationaux, en conseil individuel ou en appui à l’innovation, notamment pour une parfaite connaissance des normes et agréments techniques des pays prospectés. Précision, les services de l’EEN sont à 99 % gratuits !
Contact : Dimitri Diles, 04 67 13 68 49,  d.diles@languedoc-roussillon.cci.fr. Site : www.een-france-mediterranee.com

 

Les Maisons de la Région Occitanie

Créées par l’ex-région Languedoc-Roussillon, passées depuis sous la bannière de la région Occitanie, les Maisons de la Région permettent à toute entreprise ayant son siège ou son activité principale en Occitanie de bénéficier gratuitement, pour un jour ou par contrat de trois mois renouvelable, de locaux bien situés à Londres, New York, Casablanca et Shanghai. Contact : Sud de France  Développement. Site : www.suddefrance-developpement.com

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