Femme d’éco / Questions à Agathe Boidin, nouvelle PDG de Pacific Pêche

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Agathe Boidin, PDG de Pacific Pêche.

La pêche, deuxième loisir des Français après le football, est en plein boom depuis le déconfinement. Agathe Boidin, qui a repris l'enseigne Pacific Pêche et 202 salariés (sur 215) après sa mise en redressement judiciaire, évoque les changements qu'elle va impulser dans ce réseau de 38 magasins dont le siège est à Saint-Gély-du-Fesc, et l'ouverture prochaine d'un nouveau point de vente aux alentours de Montpellier.

Agathe Boidin, quelles étaient les raisons de la mise en liquidation de Pacific Pêche ?

« Les raisons étaient multiples. L’environnement économique et social a été défavorable à l’entreprise. Le mouvement social des Gilets jaunes a été suivi de la pandémie de Covid, qui a fortement impacté l’enseigne du fait de la fermeture imposée des magasins. De plus, l’enseigne a été vendue il y a quatre ans par son fondateur à un fonds d’investissement qui a refinancé par une dette. La situation de cash était très tendue, il y a eu un manque d’approvisionnement dans les magasins. Il faut s’adapter à la localisation des magasins. Dans certaines régions, certains types de pêche sont plus développés que d’autres (gros, carpe, carnassiers)…  Il faut pouvoir répondre à la demande en ayant un catalogue important. Cette société nécessite une gestion très agile. »

Quel est le chiffre d’affaires visé ?

« Le chiffre d’affaires de Pacific Pêche en fin d’exercice 2019 était de 36 millions d’euros. 2020 ne peut pas être une année de référence du fait de la crise Covid. Pour 2021, nous visons un chiffre d’affaires de 37 millions d’euros. »

Vous avez été directrice générale d’Orchestra-Prémaman. Pourquoi vous être intéressée à la vente d’articles de pêche ?

« Certes, il s’agit de produits différents. Mais c’est le monde du retail, il y a donc des points communs : des clients, la distribution, de l’humain, des produits à vendre et une passion. »

L’un des rayons du magasin Pacific Pêche de Champniers.

Votre objectif est de redonner à Pacific Pêche sa place de leader sur le marché de la pêche de loisir en France. Quelle place occupe votre enseigne actuellement ?

« Actuellement, Pacific Pêche est le plus grand réseau français si l’on considère le nombre de magasins [38, NDLR]. Mais il a perdu sa place de spécialiste car il ne compte plus que 12 000 références au lieu des 30 000 qu’il proposait il y a quelques années. Pacific Pêche n’est aujourd’hui plus reconnu comme l’expert de la pêche par les passionnés. »

Que comptez-vous faire pour retrouver votre position initiale ?

« Nous allons travailler sur nos marques propres – comme Mack 2, Team France, Redfish, Evok – qui sont reconnues par nos clients. Nous allons également renforcer le marketing, développer des produits de qualité. Et nous allons continuer à proposer d’autres marques que les nôtres. Notre objectif est que nos clients soient certains de trouver l’offre la plus large possible dans nos magasins. Nous allons développer notre site Internet et mettre en place des tablettes vendeurs dans les magasins où nos clients auront le choix entre 30 000 références. S’ils ne trouvent pas le produit en rayon, ils pourront commander et décider soit de retirer leurs produits en magasin, soit de recevoir leurs achats à domicile. Et nous allons améliorer la gestion des stocks. La pêche étant une activité très saisonnière, il faut avoir une supply chain très performante. »

En quoi consiste le repositionnement des magasins Pacific Pêche que vous allez instaurer ?

« J’ai commencé à faire un tour de France des magasins. Le repositionnement sera basé sur 4 piliers. D’abord l’humain : je vais rencontrer les équipes, qui seront formées. Elles ont souffert des fermetures de magasins lors de la crise du Covid et de la mise en redressement de Pacific Pêche. Il s’agit de leur redonner un projet et confiance dans ce projet. Ensuite travailler l’offre et le stock, qui est à peine de 50 % actuellement, du fait des difficultés d’approvisionnement liées au Covid. Puis la fidélisation : nous allons réinstaurer une carte de fidélité attractive, avec des remises mais aussi des services. Cet aspect des services nous tient à cœur. Nous allons aussi nous appuyer sur la communauté des pêcheurs. Enfin, quatrième pilier : l’omnicanalité. Un client sera reconnu dans n’importe quel magasin de France ou sur le site Internet ; et nous allons mutualiser les stocks des magasins et entrepôts, afin de proposer l’offre la plus large possible d’articles de pêche. »

Quelle est la taille standard d’un magasin ? Quels produits proposent-ils ?

« Disons que la taille idéale d’un magasin est de 800 m². Mais cela dépend de la démographie des villes, de l’emplacement des magasins. Cela va de 600 à 1 000 m². Tous les magasins Pacific Pêche disposent des rayons carpe, carnassier et pêche au coup. Mais la force de l’enseigne est de savoir s’adapter aux spécificités locales ; il y a donc des rayons spécialement dédiés à la pêche locale. »

Quels sont les articles phares de la vente en matière de pêche de loisirs ?

« Il y a ce que nous appelons les achats d’investissement : les cannes à pêche, moulinets… qui durent plusieurs années (pour une canne à pêche à moulinet 1er prix, il faut compter 19 euros ; si l’on en veut une plus perfectionnée, il faut compter jusqu’à 300 euros). Et les achats de consommables : appâts, amorces, plombs, leurres… Nous avons une gamme débutants ; et les gammes passionnés et experts, avec des produits plus techniques, que nous souhaitons développer. »

Un autre rayon du magasin de Champniers.

L’ouverture d’un magasin Pacific Pêche aux alentours de Montpellier figure parmi vos projets… A quel endroit ? Quand ? Est-ce acté ?

« Nous programmons une ouverture de magasin en février 2021 pour le début de la prochaine saison de la pêche. Le lieu n’est pas encore choisi. Idéalement, l’implantation pourrait se faire à Saint-Jean-de-Védas, Lattes, Saint-Aunès… »

Pensez-vous accroître votre réseau de magasins à l’avenir ?

« Oui, nous procéderons à 2 ouvertures par an à partir de 2022, plus des rénovations et repositionnements géographiques de magasins, comme celui de Clermont-Ferrand par exemple. Donc au total il y aura 4 magasins nouveaux ou rénovés par an. Nous allons également déployer fortement le site Internet pour séduire de nouveaux clients. »

Y a-t-il des régions où l’enseigne est moins implantée ?

« Sur les côtes, car la pêche en rivière représente 85 % du marché et le littoral seulement 15 %. Nous devons développer l’activité pêche en mer notamment sur le pourtour méditerranéen, qui ne compte actuellement aucun magasin. Le Pas de Calais et la Somme mériteraient également d’avoir des points de vente. Mais avant de songer à ces implantations, nous devons d’abord élargir notre offre et nous assurer de la fidélité et du parcours clients sur le parc existant. »

Le rayon carpe du Pacific Pêche de Cergy.

Les grandes enseignes de type Décathlon, qui vendent également du matériel de pêche, sont-elles des concurrentes que vous craignez ? Quels sont vos atouts pour vous différencier par rapport à elles ?

« On ne les craint pas. Elles sont performantes, mais leur offre s’adresse plutôt aux débutants et passionnés. De notre côté, nous proposons un service qualitatif : nos vendeurs sont tous des passionnés de pêche. Nous proposons une gamme large et des produits beaucoup plus experts que Décathlon. Cette enseigne et la nôtre sont donc complémentaires ; nous ne nous adressons pas à la même clientèle, sauf sur la gamme débutants. »

Quelles sont vos perspectives ?

« Depuis le déconfinement, la pêche est en plein boom. En effet, c’est une activité nature, de plein-air, qui ne pose pas de problème de distanciation physique. Nous constatons que des enfants et des familles se tournent vers la pêche, et que des personnes qui avaient raccroché leur canne à pêche redécouvrent les joies de la pêche, à la faveur de cette période très particulière. C’est très prometteur pour ce marché. Et n’oublions pas que la pêche est le deuxième loisir après le football en France. Un million et demi de personnes ont leur carte de pêche ! »

Propos recueillis par Virginie MOREAU
vmoreau.hje@gmail.com

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