Patrick DUMOULIN, directeur de l’institut Great Place to Work France : « Le bien-être au travail est un gage de performance »

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L’importance accordée au bien-être dans le milieu professionnel devient un véritable enjeu… Le point sur le sujet avec Patrick Dumoulin, directeur de l’institut Great Place to Work® France, cabinet de conseil en gestion des ressources humaines, qui publie chaque année le palmarès des entreprises où il fait bon travailler.

Vous dirigez Great Place to Work® en France. Quelle est la mission de cet institut ?

« Notre mission : « Construire une société meilleure en aidant les organisations à transformer durablement leur environnement de travail pour tous » et devenir ainsi des lieux où il fait bon travailler. Pour la petite histoire, Great Place to Work® (GPTW) est né aux États-Unis en 1984 avec la publication par Robert Levering et Milton Moskowitz du livre 100 entreprises où il fait bon travailler, puis s’est développé outre- Atlantique. En 1992, la Commission européenne a demandé à la structure de mettre en œuvre le programme Best Workplaces en Europe et a soutenu son expansion. Great Place to Work® est implanté en France depuis quatorze ans. »

Quel est votre rôle auprès des entreprises ?

« Les entreprises s’adressent à nous de manière volontaire pour être évaluées sur ce critère de bien-être au travail. Elles sont auditées via 59 questions soumises aux salariés comme aux dirigeants. C’est un vrai travail collaboratif entre elles et nos 25 experts, qui analysent ensuite de manière quantitative et qualitative, sur place et sans concession, les efforts en la matière, les pratiques managériales… L’an dernier, 184 sociétés ont participé à notre audit en France, soit 178 607 salariés. Elles reçoivent ensuite des recommandations pour améliorer les choses. Nous les aidons à prendre leur destin en mains ! C’est une prestation payante (environ 6 000 euros pour un groupe de 300 salariés, mais cela évolue en fonction des demandes qui nous sont faites). C’est un vrai investissement dans tous les sens du terme. »

Et vous valorisez cet investissement dans un palmarès annuel ?

« Tout à fait. Chaque année, en mars, nous publions le Palmarès des entreprises où il fait bon travailler. Il met sous les projecteurs les entreprises lauréates, leur offre une vitrine, une notoriété… Pour être éligible, la société doit obtenir au moins 70 % de réponses positives au questionnaire (le Trust Index©). Seules soixante-six y ont figuré l’an dernier avec, aux premières places, deux jeunes sociétés spécialisées dans le conseil, Accuracy (moins de 500 salariés) et Davidson Consulting (plus de 500), créées en 2005. Au total, 6 000 candidatures sont aujourd’hui évaluées chaque année, représentant 12 millions de salariés dans 51 pays. L’institut est ainsi devenu l’observatoire privilégié des bonnes pratiques en entreprise dans le monde. »

Offrir aux salariés un vrai projet entrepreneurial

Qu’est-ce qui caractérise les entreprises inscrites à votre palmarès ?

« Chaque culture d’entreprise est unique, mais les meilleures ont une capacité rare à exploiter le potentiel de leurs salariés, à leur offrir un vrai projet entrepreneurial. D’une manière générale, elles favorisent les prises de décisions collégiales, la formation, responsabilisent leurs collaborateurs, soignent leurs espaces de travail, appliquent une stricte égalité hommes-femmes sur les salaires et les promotions, respectent l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle… »

Ont-elles un profil particulier ?

« Le bien-être au travail permet aux salariés de pouvoir donner le meilleur d’eux-mêmes dans un climat de confiance, dans une atmosphère conviviale, voire familiale. C’est une notion de plaisir qui n’est pas liée à la taille de la société, ni à son secteur d’activité. Elle s’appuie sur des éléments clés comme la vision, qui donne du sens à l’action de tous, les valeurs, la proximité forte avec les équipes, l’engagement collectif… Cette culture naît avant tout d’une volonté forte du dirigeant, mais cette prise en compte progresse en France. »

Ces entreprises font également de la formation un véritable atout…

« Tout à fait. Avec l’allongement de la durée de la vie professionnelle, il est indispensable d’accompagner le salarié et de lui donner les moyens de se développer et de s’adapter aux nouveaux enjeux. Il faut l’aider à évoluer en ce sens. Il ne doit pas regarder passer le train, au risque de se laisser dépasser… »

Quid de la cohésion d’équipe ?

« Elle fait partie, bien sûr, de la démarche, et repose sur plusieurs éléments : la confiance, la communi- cation, la convivialité… et une façon de travailler en horizontal, avec des échanges entre services sur un même projet. Les entreprises où il fait bon travailler se montrent particulièrement agiles dans ce domaine. »

« Un salarié heureux a une productivité supérieure de 30 % »

Y a-t-il un intérêt économique à investir dans la performance sociale ?

« Oui, sans hésitation. Investir dans la performance sociale, c’est optimiser la performance économique. Les entreprises lauréates du palmarès “ Best Workplaces France 2015 ” ont un absentéisme inférieur de 23 % à la moyenne nationale. Certaines ont vu leur nombre de candidatures grimper de 85 % à la suite de leur première présence dans le classement… Les salariés sont fiers de leur entreprise et en sont les premiers ambassadeurs. C’est important pour attirer et retenir les talents. L’ambiance est devenue le critère de recrutement numéro un chez les moins de 25 ans, devant le salaire et le contenu du poste. L’entreprise est donc obligée de faire preuve de plus de séduction, d’autant que, dans l’esprit des nouvelles générations, le contrat longue durée n’existe plus. Par ailleurs, d’après une étude d’Harvard Business Review, un salarié heureux a une productivité supérieure de 30 %, une créativité multipliée par trois, une réduction de burn-out de 125 %… »

Pour autant, de nombreux chefs d’entreprise sont encore perplexes…

« En France, il y a eu une prise de conscience plus tardive qu’en Europe du Nord ou en Allemagne par exemple, mais les choses avancent dans le bon sens. Nous ne sommes pas dans un monde de Bisounours. Pour nous, la performance sociale et la performance économique sont étroitement liées, et ce sujet se doit d’être pensé de manière globale. Pour réussir, il faut au départ une vraie volonté de la direction générale et ne pas se contenter de ce que j’appellerais “ l’effet gadget ”. Ce n’est pas l’installation d’un baby-foot dans l’entreprise qui changera la donne, mais bien tout un ensemble d’actions complémentaires qui vont faire de l’entreprise un lieu où il fait vraiment bon travailler. Chaque salarié va pouvoir être acteur de cette transformation culturelle et faire vraiment bouger les choses. Cette prise en compte est essentielle : des fonds d’investissement commencent à s’adresser à nous. Ils veulent connaître l’importance accordée au bien-être au travail dans les entreprises dans lesquelles ils souhaitent investir… C’est un vrai enjeu ! »

Aujourd’hui quels sont vos projets ?

« En quinze ans, en toute modestie, nous avons apporté une pierre à l’édifice. Il y a actuellement une vraie prise de conscience en France. Pour de plus en plus de dirigeants, l’importance du bien-être au travail est devenue une évidence. Les entreprises nous sollicitent davantage. Dans la Drôme notamment, des sociétés comme Valrhona ou C’Pro Group se mobilisent pour faire de leur département le premier département de France des entreprises où il faut bon travailler… Nous commençons à nous déployer en régions. Après Nantes au printemps 2016, nous avons ouvert un second bureau à Lille le 1er septembre ; Lyon suivra en 2017. »


Repères :

Patrick Dumoulin est le directeur général de l’Institut Great Place to Work® France depuis 2009. Diplômé de la faculté de droit de Reims, titulaire du MBA de Reims Management School et d’un DEA de marketing de l’Université de Lille, il a travaillé dans différentes PME avant de rejoindre L’Oréal. Dès le début de sa carrière professionnelle, il s’est intéressé à la thématique du bien-être au travail. Il a notamment collaboré au sein de l’Institut des meilleures pratiques professionnelles (IMPP) avant d’intégrer GPTW.


Hélène VERMARE
pour RésohebdoEco
www.facebook.com/resohebdoeco

 

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