Nicolas BOUZOU : l’économiste se penche sur la ville de Lunel

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HJE : Pouvez-vous préciser les contours de cette mission confiée à votre cabinet Asteres ?

Nicolas BOUZOU : J’interviens depuis longtemps en région Languedoc-Roussillon à la demande de l’ordre des experts-comptables de la région de Montpellier. A ce titre, ASTERES produit un baromètre sur l’activité économique de cette région en lien avec les expertscomptables. Le maire de Lunel est venu nous voir en nous disant : “ j’ai une difficulté. Lunel a un taux de chômage nettement plus élevé que la moyenne nationale et je voudrais savoir s’il existe des moyens au niveau municipal pour essayer à moyen ou long terme de diminuer ce taux, de le faire converger en tout cas vers la moyenne nationale ”. C’est dans ce cadre qu’il a fait appel à ASTERES pour réfléchir à ce sujet. Je dois dire que c’est toujours extrêmement positif quand les élus locaux s’emparent de ce type de sujet. Il est vrai qu’en France, certains élus locaux ont parfois tendance à tout attendre des politiques de l’Etat. Je crois beaucoup à la décentralisation. Je crois aussi beaucoup en l’action des pouvoirs économiques locaux, qu’il s’agisse d’ailleurs des régions, des intercommunalités ou des communes. Et je trouve extrêmement sain que l’on réfléchisse aussi à ces questions au niveau local, sachant que l’on ne peut pas tout faire à l’échelon local.

HJE :Vous êtes connu comme économiste spécialiste de la macro économie. Pour quoi vous intéressez-vous à une ville ? En quoi le périmètre communal est-il pertinent ?

Nicolas BOUZOU : Il est bien pertinent. Au sein du cabinet ASTERES, je ne traite pas directement de tous les sujets ; je supervise, je coordonne. Notre spécialiste en charge de cette étude, Juliette HUBERT, travaille depuis trente ans sur les problématiques locales. Quand vous regardez en France les taux de chômage tant au niveau départemental qu’au niveau des villes, vous vous apercevez qu’il existe des différences colossales. Les facteurs nationaux n’excusent pas tout. Le taux de chômage sur le plan national est actuellement de l’ordre de 10 % de la population active. Certaines villes ont un taux de 5 % et d’autres de 40 % ! C’est donc qu’il existe des facteurs territoriaux extrêmement importants. Cela veut dire aussi qu’il y a des facteurs locaux et des politiques locales qui peuvent faire la différence. En tant que macroéconomiste, il faut que je m’intéresse aux deux. Evidemment, je discute avec le gouvernement des mesures qu’il faudrait prendre pour essayer, par exemple, de faire baisser globalement le taux de chômage ; mais je dialogue également avec les collectivités locales. Il faut noter que dans un pays comme la France, les structures économiques sont de plus en plus différentes. Prenez la région Languedoc-Roussillon, qui est très particulière. C’est une région de services très attractive du point de vue de la migration démographique. Elle est très différente par exemple de la Champagne- Ardenne, région à forte base industrielle dans laquelle la population diminue. D’où l’intérêt pour un macroéconomiste de s’intéresser aux facteurs locaux afin d’être pertinent.

HJE : Quelle expérience peut-on tirer de cette réflexion communale pour Lunel ?

Nicolas BOUZOU : Les dernières villes conseillées par nos soins sont assez différentes de Lunel. Pour Les-Trois-Vallées, par exemple, c’était sur le développement économique de montagne ; à La Baule, Thionville ou en Lorraine, c’était sur des thématiques économiques spécifiques. Lunel est dans une situation particulière très consubstantielle à la région Languedoc-Roussillon. Avec deux phénomènes contradictoires : un taux de chômage élevé et un territoire assez attractif.

HJE : Les perspectives nationales pour l’emploi ne sont pas très réjouissantes. Quel est votre avis pour les années à venir ?

Nicolas BOUZOU : Au niveau national, les chiffres montrent que les gisements d’emplois sont colossaux. Il n’y a pas de fatalité à la hausse du chômage. Le problème français est d’avoir accumulé un certain nombre de facteurs qui entravent la bonne marche du travail. Avec trois difficultés essentielles. La première : un coût du travail assez élevé, pas tant en raison des salaires nets mais plutôt du niveau des cotisations sociales et patronales. La différence entre le coût total du travail et le salaire net, ce que l’on
appelle le poids social, est, en France, la plus importante de tous les pays de l’OCDE. La deuxième : la complexité et la lourdeur du droit du travail. La troisième : un problème d’inadéquation entre l’offre et la demande d’emploi. En France, le chiffre n’est pas très précis, mais on pense que près de 500 000 offres d’emploi ne sont pas pourvues. Un manque de croissance économique au plan national s’ajoute à ces trois difficultés : tant que vous n’avez pas une croissance de l’ordre de 1,5 à 1,75 %, vous n’avez pas de création nette d’emplois. Les destructions sont supérieures aux créations. C’est une règle économique planétaire.

Propos recueillis par Daniel CROCI / Article publié dans son intégralité dans l’Hérault Juridique & Economique du 20 décembre 2012. ABONNEMENT

• Lire aussi l’interview de Claude ARNAUD, maire de Lunel

• Voir le sommaire de l’HJE du 20 décembre 2012

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