Silver Economy : l’ère du «phygital»

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DOSSIER - Colloque de la CARSAT LR à La Grande-Motte (Hérault). Réunis à La Grande-Motte le 17 octobre 2016, les professionnels de l’économie dite « présentielle » et de la Silver Economy, invités par la Carsat Languedoc-Roussillon, ont fait le point sur les avancées de nouveaux services à destination des seniors. L’ère du phygital – contraction des mots physique et digital – se concrétise par le lancement de produits issus des nouvelles technologies et devant être accompagnés par des « aidants » pour favoriser la démocratisation de leurs usages auprès d’un public non connecté et/ou fragile.

Luc Broussy, président de Silver France Eco, indique : « Nous sommes à un changement de paradigme… ». Ses mots d’introduction au colloque « Les nouvelles technologies au service des seniors », organisé les 17 et 18 octobre à La Grande-Motte par la Carsat Languedoc-Roussillon et l’IRV (Institut régional du Vieillissement), traduisent la montée en puissance et la concrétisation d’un secteur à fort potentiel. La Silver Economy est une économie transversale qui trouve des déclinaisons dans de nombreux marchés à partir des segments liés au vieillissement de la population et au bien-vieillir. En France, la filière Silver Economy s’est récemment structurée. La croissance attendue du PIB français issu de la Silver Economy est estimée à 0,25 % par an.

Le changement de paradigme observé par Luc Broussy concerne en premier lieu les politiques publiques. Il explique : « Il y a dix ou quinze ans, les pouvoirs publics et les acteurs sociaux se sont concentrés sur la question de la dépendance en organisant son financement (…) Ces dernières années, c’est à un changement des politiques publiques – symbolisé par la loi ASV (relative à l’adaptation de la société au vieillissement) – que l’on assiste. Aujourd’hui, au-delà du million de Français en perte d’autonomie en raison de l’âge, il y a en effet les 14 millions de retraités, et les millions de personnes qui vont entrer ces prochaines années dans la catégorie senior ». Comment, dès lors, prévenir, assister et adapter la société française au vieillissement ?

 

Comment passer de la notion de dépendance à la prévention de la perte d’autonomie ?

 

Par un changement dans la façon d’appréhender la Silver Economy, qui ne se résume pas qu’aux nouvelles technologies, mais se place désormais sous le prisme régional, « parce que l’avenir de ce secteur d’activité se situe dans les territoires » a expliqué Luc Broussy. En effet, la Silver Economy est aussi une question d’aménagement du territoire : « Le logement, la ville, la mobilité, l’aménagement du territoire… des cercles concentriques qui permettent d’avoir une autre idée du vieillissement que seulement la maison de retraite, l’infirmière et le médecin » a précisé le président de France Silver Eco. Cela passe par des adaptations imbriquées et d’abord par le logement. Des Living Labs, comme ceux de Kyomed à Montpellier et de la Fondation I2ML à Nîmes, sont des appartements-laboratoires dans lesquels des seniors viennent tester diverses applications et solutions innovantes avant leur mise sur le marché ou pour cerner de nouveaux usages. Ce sont des structures au service de la créativité et de l’empowerment au bénéfice du time to market, des politiques publiques ou de la recherche, mais toujours dans l’optique de l’appropriation préalable de ces usages et technologies par l’usager. Les Carsat et la CNAV, en lien avec l’Anah, sont au cœur de ces adaptations. Il y a aussi la question de la ville. Demain, les élus vont adapter leurs villes et s’adapter aux populations fragiles, à l’instar de Castelnau-le-Lez et de son quartier Eurêka, ou de La Grande-Motte et de son projet de Pôle Prévention Santé Seniors.

 

Le « phygital » au cœur de la première vague de développement

L’accessibilité et le déploiement de ces nouveaux outils d’aide et d’accompagnement auprès d’un public non connecté – les générations les plus âgées – passeront aussi par un accompagnement physique et par la présence d’aidants dédiés. Le « phygital » – contraction de « présence physique » et de « technologies digitales » – a été plusieurs fois mis en avant lors du colloque de La Grande-Motte. Notamment par Stéphanie Merger, responsable des offres d’Engie, qui intervient en amont de la création du nouveau quartier Eurêka à Castelnau-le-Lez, un quartier labora•toire grandeur nature pour une expérimentation inédite. La Métropole de Montpellier a confié à la Serm la réalisation de ce quartier avec l’ambition de favoriser la mixité intergénérationnelle. Au regard de la complexité et du caractère innovant du projet, la Serm a retenu le groupe Engie pour concevoir une plate-forme de services numériques permettant de répondre aux objectifs énoncés. L’idée est de concevoir un lieu de vie favorisant le maintien à domicile des seniors, encourageant leur participation à la vie sociale et agissant pour leur santé. Vingt volontaires de plus de 65 ans, domiciliés sur la commune, vont tester et utiliser différents types de services. L’expérimentation doit permettre l’identification des services plébiscités par les seniors afin de les intégrer sur la plate-forme du quartier Eurêka lors de la livraison des premiers immeubles, a expliqué Catherine DARDE, première adjointe à la mairie de Castelnau. Ici, les nouvelles technologies ne constituent pas la seule réponse. La technologie vient ici renforcer une aide physique sur site avec des actions de coordination régulées par un service dédié en lien avec le CCAS de Castelnau-le-Lez. « Nous sommes sur une méthode de Lean Start-up, une méthode agile basée sur le Customer Development… Ce sont la personne et les futurs utilisateurs qui vont décider en amont de la conception de la plate-forme. Une offre phygitale, avec l’homme en premier et le digital en appui ». Un rapport récent de la CNVA avait souligné la crainte que les aides techniques n’évincent l’aide humaine. Le projet porté par Engie montre le contraire en impliquant directement et activement le CCAS pour préserver le nécessaire lien social.

 

Un Pôle Prévention Santé Seniors à La Grande-Motte

Autre exemple, la station languedocienne grand-mottoise, qui compte environ 3 700 personnes de plus de 65 ans, se mobilise pour ses seniors. L’Agglomération du Pays de l’Or et les communes membres s’engagent pour créer un Pôle Prévention Santé Seniors qui doit coordonner les projets menés sur le territoire autour de 4 axes : sport et santé, prévention et bien-vieillir, autonomie et habitat, et enfin aide aux aidants. Les expériences menées à La Grande-Motte, commune pilote, feront l’objet d’une généralisation à l’ensemble des communes du Pays de l’Or. Un dispositif de coordination ville / hôpital, l’expérimentation MAIA est-héraultaise (menée par le professeur Jeandel), le pro•gramme Macvia pour la prévention des chutes, des ateliers mémoire et de prévention des chutes, ainsi qu’une halte-relais France Alzheimer, sont ou vont être mis en place dans ce contexte.

L’organisation du colloque a également permis de réfléchir à un futur « propartenarial » entre la ville de La Grande-Motte et la Carsat LR afin de repérer la fragilité des seniors à partir de 60 ans et de prévenir leur perte d’autonomie. L’objectif de ce repérage est de cibler les personnes en risque de fragilité pour organiser, en début d’année 2017, des Journées de Prévention, et apporter par la suite des réponses adaptées aux besoins recensés, sous forme d’actions collectives et individuelles. Cette première étape devrait initier la mise en place à La Grande-Motte d’un Pôle Guichet Concerté. L’objectif de ce dispositif innovant est de proposer une offre de services coordonnée et adaptée aux personnes repérées en risque de fragilité, en collaboration avec les services existants.

 

Forte « géronto-croissance » en Occitanie

Le corps consulaire s’implique également. Dès la fin de l’année 2013, la CCI de Montpellier a initié une étude sur le poids et les enjeux régionaux de la Silver Economy. En 2015, une commission régionale Silver Economy rassemblant les CCI a été créée, sous l’égide de la CCIR. La CCI de Nîmes s’est engagée dans un partenariat actif avec l’Institut Méditerranéen des Métiers de la Longévité pour soutenir l’émergence d’entreprises. L’enjeu économique et sociétal est de taille. L’Occitanie compte aujourd’hui 550 000 habitants de plus de 65 ans et va connaître une forte « géronto-croissance ». En 2030, elle comptera 660 000 personnes âgées de plus de 60 ans (46 % d’augmentation par rapport à 2010). Parmi celles-ci, 51 000 seront dépendantes (40 % d’augmentation par rapport à 2010).

Daniel CROCI

 

La plate-forme Carsat et la solution M@Carsat opérationnelles en 2017

Faciliter la vie au quotidien des aînés et contribuer à leur maintien à domicile, tel est l’objectif de Jean-Claude Reuzeau, directeur de la Carsat L-R, et de son équipe, qui ont présenté les projets de la caisse de retraite.

L’enjeu de la Carsat est d’encourager et de développer le numérique et les innovations techniques dans le secteur de la prévention de la perte d’autonomie. La caisse met ainsi en place une plate-forme web de services nouvelles technologies qui recensera les projets régionaux innovants, dont les 17 solutions financées par la Carsat à hauteur de 1,5 million d’euros dans le cadre des appels à projets régionaux 2015 et 2016. Ces solutions s’adressent à des seniors autonomes vivant à domicile. Elles visent à mieux prendre en charge les premières fragilités et à améliorer le confort de vie de ces personnes. 800 retraités volontaires, ainsi que des aidants familiaux et professionnels, vont tester ces nouveaux produits et solutions, 3 solutions étant à ce jour en cours de tests. Ils seront mis à leur disposition gratuitement sur deux années d’expérimentation. L’objectif est d’apprécier le retour des usagers sur l’accès à l’innovation, l’ergonomie, le service rendu, le plaisir d’usage et le coût qu’ils sont prêts à supporter pour bénéficier de cette solution.

La Carsat expérimente également la mise à disposition d’une solution de maintien à domicile sur tablette numérique. Complémentaire des outils existants, cette solution innovante dénommée M@Carsat vise à prévenir l’isolement et à maintenir le lien avec des personnes âgées à domicile, en les tenant informées des services qui leur sont dédiés. Chaque retraité pourra diagnostiquer ses risques de fragilité. Cet outil dynamique intégré permettra d’évaluer les risques de fragilité dans le temps, selon le concept de « l’étoile de la fragilité ». Dans un premier temps, 200 personnes vont bénéficier de ces avantages. Comme pour  la plate-forme web, l’objectif final est la mise à disposition d’une application sur smartphone pour le grand public dès 2017. Cette démarche s’appuie également sur l’Institut Régional du Vieillissement. L’IRV est un observatoire et une communauté. Il est animé par la Carsat L-R et piloté par un comité régional d’experts dit « Copex ». Cinq pôles sont au service des assurés sociaux retraités ou préretraités en risque de fragilité pour impulser et promouvoir une synergie entre les partenaires. L’IRV est le principal support de la démarche novatrice de Guichet concerté. Il assure le rôle de « living-lab fragilité » dans le cadre des projets développés par Macvia et est partenaire du projet européen Sunfrail.(DC)

 

Lancement généralisé en France de la tablette tactile Ardoiz

Conçue par La Poste, le magazine Notre Temps (Bayard Presse) et la jeune start-up Tikeasy, la tablette tactile Ardoiz vient de franchir avec succès son premier test commercial.

« Ardoiz est désormais disponible dans tous nos points de vente en France depuis une semaine », a indiqué Sophie Taupin, directrice du développement offres numériques Silver Economy chez La Poste, présente au colloque Carsat-LR de La Grande-Motte. Testée depuis juin 2015 en Loire-Atlantique et en Vendée, la tablette tactile Ardoiz vient en effet de voir sa vente généralisée dans tout l’Hexagone via un réseau particulièrement proche des seniors. « Cette méthode de vente correspond parfaitement à une clientèle senior non connectée (70-80 ans), qui ne fréquente pas les magasins spécialisés de type Fnac ou Boulanger », explique la directrice du développement. Ardoiz entend donc capitaliser sur un lien historique et quasi affectif entre La Poste et ses usagers seniors. Installation à domicile par un agent de La Poste. L’opérateur propose ainsi un accompagnement personnalisé pour la prise en main de cette tablette de loisirs. Sur rendez-vous, un agent
de La Poste se déplace à domicile pour en expliquer les usages et la mise en connexion. Son ergonomie a été adaptée aux usages essentiels, comprenant l’ensemble des services d’une tablette classique et des applications préinstallées et sélectionnées par l’opérateur : boîte mail, informations nationales et régionales, jeux actualisés au quotidien et en illimité (Notre Temps, météo, programme TV, sudoku, mots fléchés…).
Gestion à distance par des proches. Grâce au site mon.ardoiz.fr, les personnes habilitées peuvent accompagner le senior dans la gestion de son quotidien à distance si celui-ci souhaite. Depuis l’origine de ce projet, La Poste a racheté la start-up Tikeasy, qui est passée de 7 à 10 développeurs et devrait encore grandir, selon Sophie Taupin. Des offres numériques Silver Economy sont également proposées dans le cadre d’un développement B to B auprès d’établissements et de résidences seniors. Ardoiz est disponible au prix de 219 euros en offre promotionnelle jusqu’à la fin de l’année. Il faut également inclure un abonnement mensuel aux services et à l’assistance téléphonique (5,99 euros pendant six mois, puis 9,99 euros ensuite, à partir d’une box Internet à domicile – Wi-Fi). Une offre d’abonnement « Pack services Ardoiz + 3G » est également commercialisée. (DC)

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