3es Journées Amarok : de l’Observatoire de la Santé des Dirigeants au « rebond salutogène » !

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L’Observatoire Amarok à Montpellier, et les présidents des associations spécialisées dans le rebond des chefs d’entreprise ayant connu une défaillance professionnelle : Christian de Bæcque, de l’association Re-Créer ; Bruno Delcampe, de l’association SOS Entrepreneur ; Philippe Rambaud, de l’association 60 000 Rebonds. Au centre, Bernard-Marie Augustin, doctorant chez Amarok, et tout à gauche, Olivier Torrès… © HJE 2016, D. Croci

DOSSIER - L’analyse de la santé des dirigeants est la clef de voûte des travaux de l’Observatoire Amarok, créé et porté par le professeur Olivier Torrès, qui anime également la Chaire Santé des dirigeants de PME et des entrepreneurs à l’université de Montpellier. A l’occasion de la journée portes ouvertes organisée le 8 juillet dernier à la faculté d’AES de Montpellier (Espace Richter) en collaboration avec le Labex Entreprendre et l’Université de Montpellier, l’Observatoire Amarok a indiqué avoir intégré le portaildurebond.com

Lancées en 2012 en partenariat avec le Labex Entreprendre et la Faculté d’AES, ces journées sur la santé du dirigeant permettent de faire le point sur l’avancement des travaux de l’Observatoire Amarok. Organisme unique en France basé à Montpellier et porté par la volonté du professeur Olivier Torrès et de son équipe, cet observatoire a pour but l’étude des comportements, attitudes et croyances des dirigeants de TPE-PME, artisans, commerçants et professions libérales à l’égard de la santé physique et mentale, que ce soit pour leur propre santé ou celle de leurs salariés. Le concept Amarok a essaimé au Japon, en Suisse et en Belgique et ira prochainement au Canada et aux Pays-Bas (contacts avancés au Québec et à Rotterdam). L’universitaire anime également une chaire éponyme au sein de l’université.

 

C’est dans les locaux de la Faculté d’AES qu’Amarok a exposé ses travaux le 8 juillet dernier et échangé avec la soixantaine de participants, acteurs de la santé au travail ou chefs d’entreprise. Amarok est sensible aux PME : « On ne gère pas une PME comme un grand groupe » indique Olivier Torrès. En l’absence de données sur le sujet, il ironise d’ailleurs : « il y a plus de statistiques sur les baleines bleues que sur la santé des dirigeants ». Et il y a l’application aux petites entités des concepts économiques issus du fordisme, du taylorisme… conçus pour les géants de l’industrie mais pas pour les « petits patrons ». Rien donc pour les dirigeants de TPE-PME ? Pas tout à fait. Le patient travail de l’Observatoire permet de poser année après année des jalons, marqueurs d’une prise de conscience. En partenariat avec le RSI et les réseaux consulaires, Amarok a ainsi constitué l’an dernier, pour la première fois en France, une cellule d’accompagnement pour les commerçants et les artisans faisant l’objet d’un braquage (CCA Santé). Une rencontre récente à Paris, avec le président du RSI notamment, laisse entrevoir une généralisation de cette action en France 1.

 

Depuis sa création, Amarok a rencontré un millier de chefs d’entreprise. « Depuis, 60 % d’entre eux ont changé leur comportement » indique Olivier Torrès. L’Observatoire soutient également des doctorants dans leur thèse autour de la santé du dirigeant. La cinquième a été présentée le 12 juillet dernier. « Nous en aurons suscité une dizaine d’ici trois ou quatre ans », se satisfait l’universitaire. L’Observatoire participe encore au projet Apesa 2 avec le tribunal de commerce de Béziers : 42 tribunaux sont aujourd’hui impliqués dans cette assistance créée à Saintes et qui veut éradiquer le suicide post-liquidation judiciaire. Olivier Torrès ne désespère pas de l’étendre à Montpellier et même à toute l’Occitanie. A Bordeaux, où l’expérience a été lancée il y a quelques années, on est passé de six tentatives par an à zéro ! Le dispositif national Apesa est constitué d’un numéro d’appel qui permet de déclencher un accompagnement à la demande du chef d’entreprise. « On fonctionne avec des rêves », soutient Olivier Torrès, qui veut transformer juridiquement l’association loi 1901 en association d’intérêt général. 245 adhérents ont déjà appuyé cette démarche qui entend prendre de l’ampleur.

 

Comment rebondir ?

Amarok conduit également des travaux scientifiques pour montrer le caractère « salutogène » (sic) du rebond. D’où le thème de la journée du 8 juillet dernier, qui consacrait l’entrée de l’observatoire au sein du portaildurebond.com, regroupant les associations aidant les chefs d’entreprise en liquidation ou post-liquidation judiciaire. Les présidents des associations partenaires étaient à Montpellier pour présenter leurs actions 3. Ce portail du rebond a été réalisé à l’initiative des associations SOS Entrepreneur, Re-créer, 60000 Rebonds et Secondsouffle.org, réunies dans un Groupement d’Intérêt Associatif (GIA), avec l’objectif commun d’aider les entrepreneurs à rebondir pendant ou après des difficultés entrepreneuriales, en partenariat avec le ministère chargé des PME, de l’Innovation et de l’Economie numérique. Ainsi, l’association Re-créer aide à rebondir en deux temps. D’abord par une permanence téléphonique sur toute la France, avec des entretiens confidentiels allant de dix minutes à une heure, puis en ateliers. Pour Re-créer, il s’agit de réunir toutes les compétences et les bonnes volontés afin de favoriser la réémergence de l’esprit d’entreprendre.

L’association multiplie les actions : un accès internet commun accessible à tout entrepreneur en difficulté (www.portaildurebond.com), un dialogue avec les pouvoirs publics pour faire émerger des mesures élaborées afin de lever les obstacles au rebond des entrepreneurs, ou encore la mise en place de synergies en fonction des complémentarités de ses membres…

Est-il juridiquement possible de rebondir ? Pour Christian de Baecque, président de l’association Re-créer et ancien président du tribunal de commerce de Paris, il n’y a aucun problème, sauf si une interdiction de gérer a été prononcée. « Il faut quand même avoir commis des fautes relativement graves. Maintenant, ce n’est pas parce que vous pouvez recréer une entreprise que vous n’allez pas avoir d’obstacles. » Conseil pratique soufflé au passage par Christian de Baecque : « Lorsqu’on arrive avec le capital social devant son banquier, le risque du refus pour avoir été mis en liquidation est la règle commune. Et on ne peut s’adresser à la Banque de France, puisque l’entreprise n’est pas créée ». Selon le président de Re-créer, la solution consiste à déposer les fonds chez un notaire pour qu’il délivre une attestation de dépôt de capital. Avec cette attestation, on peut enregistrer la nouvelle société au greffe du tribunal et récupérer son Kbis. Muni du Kbis, on peut alors aller à la Banque de France pour accomplir ses formalités.

 

Rebondir ensemble

Christian de Baecque préside l’association Re-créer (Rebondir ensemble), lancée en 1994 par Hervé Lecesne, un dirigeant contraint au dépôt de bilan, et un expert-comptable, Maurice Meyara, qui avait constaté qu’aucune structure et aucune aide n’existaient pour accompagner ce chef d’entreprise en grande difficulté. L’association, qui enregistre aujourd’hui 250 contacts par an et reçoit une dizaine de personnes en ateliers, a développé une permanence téléphonique animée par des répondants. Des ateliers d’échanges d’expériences, pour l’instant ouverts seulement sur Paris à raison d’une fois par mois, permettent à l’entrepreneur d’aller plus loin dans sa démarche de reconstruction. Une lettre d’information et des événements comme les Assises du Rebond (qui se sont tenues le 28 novembre 2014 au Palais Bourbon) complètent l’action de l’association.
> Plus d’infos sur http://www.re-creer.com/

 

SOS-Entrepreneur.org, le Samu des entrepreneurs de PME…

SOS Entrepreneur, c’est le Samu des entrepreneurs de PME en difficulté, suggère Bruno Delcampe, qui préside cette association active dans les Hauts de France. Particularité, SOS Entrepreneur intervient en amont en accompagnant l’entrepreneur dans son parcours de liquidation. Avant le passage fatidique devant le tribunal de commerce, l’association invite également le dirigeant à imaginer un rebond possible, pour ne pas quitter le tribunal la tête et les mains vides. « 80 % des plan de redressement vont à l’échec parce qu’ils sont trop vite proposés » rappelle Bruno Delcampe. L’association veut permettre à tous les entrepreneurs de PME en grande difficulté de réussir à rompre leur solitude, afin de trouver les moyens de recréer de la richesse économique (contribution au développement du PIB de leur région) et de l’emploi. Plusieurs actions ont été mises en place. Un numéro confidentiel, joignable 24 h / 24, 365 jours par an, donne une possibilité d’entretiens de première urgence obtenus dans les 5 à 8 heures après le premier contact et qui peuvent se prolonger par un accompagnement d’urgence avec un tiers de confiance (expert de crise) issu du milieu PME, pendant 3 à 6 mois. L’association veut également favoriser les procédures amiables. Elle est à l’origine de la création de la Fondation « Entrepreneurs en détresse », placée sous l’égide de la Fondation Caritas France, qui facilite les moyens d’accompagnement d’urgence. « La vraie valeur d’un homme réside non dans ce qu’il a, mais dans ce qu’il est » dit Bruno Delcampe, qui aime citer Oscar Wilde et prôner les vertus de la sauvegarde accélérée, tout en déplorant qu’elle ne concerne que les entreprises réalisant plus de 3 millions d’euros. SOS Entrepreneur a reçu environ 6 500 appels depuis 2003. 1100 appels en 2015, dont 700 appels d’urgence (ces entretiens obtenus sous 8 heures) pour 225 dossiers suivis sur l’année. L’association devrait rapidement trouver des ramifications dans l’ensemble des métropoles françaises.
> Plus d’infos sur : www.sos-entrepreneur.org

 

Un coach est obligatoire, la rechute est encore pire…

Philippe Rambaud, président national de l’association 60000 Rebonds, suggère de dissocier l’histoire professionnelle de l’être. « Il faut d’abord remettre sur pied l’homme ou la femme avant de passer à la seconde étape, celle du rebond. Dès qu’ils s’inscrivent dans le rebond, on note que les femmes se remaquillent, les hommes se redressent physiquement… ils semblent avoir moins de poids sur leurs épaules » précise-t-il. L’association compte 500 membres présents dans 15 villes en France (dont Montpellier). Elle est constituée de bénévoles compétents et de grandes entreprises qui, ensemble, aident les entrepreneurs en post-faillite (de 0 à 24 mois après la liquidation de leur entreprise au tribunal de commerce) à rebondir dans un nouveau projet. La reconstruction d’un socle personnel, d’un nouveau projet professionnel, tout en aidant à trouver son financement, sont ses 3 missions majeures.

60000 Rebonds accompagne annuellement 250 chefs d’entreprise, et rêve d’en accompagner 1 000 par an. « Une goutte d’eau par rapport aux 60 000 chefs d’entreprise qui connaissent chaque année une liquidation judiciaire en France. Nous sommes de simples bénévoles, et l’on ne peut pas non plus révolutionner le monde » avoue Philippe Rambaud. Le rebond concerne 75 % de l’ensemble des demandes d’informations adressées à l’association. 70 % redémarreront en tant qu’entrepreneurs, 30 % sous forme salariée. Il insiste également sur la mise en place d’un accompagnement professionnel : « Un coach est obligatoire, parce que la rechute, c’est encore pire ! ».

Son leitmotiv : 1 coach, 1 parrain, 1 programme de groupe d’échanges. La méthode 60000 Rebonds est bien rodée. Un coach de métier propose un accompagnement psycho-professionnel orienté sur la personne – un travail sur l’humain – à travers 7 séances de coaching pour aider l’entrepreneur en rebond à ouvrir les champs du possible. « Parce que ces hommes et ces femmes limitent par leur propre raisonnement ce qu’ils sont capables de faire », commente le président de l’association. S’ajoute à la démarche un parrain qui est un chef d’entreprise, un manager accompagnant l’entrepreneur en rebond sur les plans de la technique et du business. Puis, le dirigeant est invité à participer à des groupes d’échanges (8 ateliers de codéveloppement sur 2 ans). « Tout cela est gratuit » conclut Philippe Rambaud.

Toutefois, pour accéder aux services de 60000 Rebonds, l’entreprise doit avoir fait l’objet d’une liquidation effective. Et les auto-entrepreneurs n’entrent pas dans le champ d’intervention de l’association. Souhaitant faire connaître son action, le président de 60000 Rebonds et son équipe font des conférences dans tout l’Hexagone pour dédramatiser l’échec et favoriser le rebond : « J’en suis à 138 conférences et interviews depuis deux ans et demi » constate Philippe Rambaud, qui, au-delà de l’entraide apportée aux chefs d’entreprise, pose la question des cadres qui perdent leur emploi sans y être préparés. « Où est la tool box de l’échec ? La boîte à outils quand j’ai échoué ? Nous avons en France un très gros retard culturel. Entrepreneur aux Etats-Unis, on me reprochait de ne pas avoir planté… ». Un palier culturel doit encore être franchi.
> Plus d’infos sur : http://60000rebonds.com

 

Un second souffle

Cofondatrice du portaildurebond.com, l’association Second Souffle présidée par Dimitri Pivot entend permettre au chef d’entreprise de rebondir au travers de dispositifs et d’outils très concrets. Des soirées « After Fail » sont ainsi organisées le premier jeudi de chaque mois pour favoriser l’accueil et l’échange. Un forum a été lancé en ligne. Il permet aux membres de l’association d’échanger et de communiquer sur leurs problématiques et les éventuelles solutions apportées. Des séances de coaching permettent également d’aider et de préparer l’entrepreneur dans son acceptation de l’échec. Des ateliers thématiques pour informer et soutenir l’entrepreneur dans sa démarche de rebond, des « jobdatings » sous forme de séances de recrutement « minute » auprès d’acteurs économiques, des offres d’emploi et une CVthèque mises à la disposition des membres en ligne sur le site internet complètent l’action de Second Souffle.

L’association va encore plus loin en proposant une plate-forme de crowdfunding qui, en accompagnement de la voie classique (banque) pour trouver des fonds, constitue une nouvelle opportunité de financement. L’association anime enfin des conférences pour démarginaliser l’échec entrepreneurial, réhabiliter l’entrepreneur auprès des recruteurs et des organismes financiers et valoriser l’expérience entrepreneuriale comme un potentiel de compétences à explorer.
> Plus d’infos sur : http://secondsouffle.org

 

Un prolongement des recherches d’Amarok

En conclusion de cette journée salutaire, Bernard-Marie Augustin, doctorant chez Amarok et qui s’intéresse pour sa thèse à « L’impact de l’intention de réentreprendre sur la santé du dirigeant de PME-TPE en procédure collective et en post-procédure collective », a souligné tout l’intérêt de croiser les expériences et les actions pour renforcer la dynamique du rebond. Dans le cadre de ses travaux, il vient d’auditer dans un premier temps 23 dirigeants ayant été confrontés à une liquidation judiciaire. Seuls trois d’entre eux avaient l’intention d’entreprendre à nouveau. Preuve qu’outre le profond traumatisme subi, l’acceptation de l’échec – qui pourrait n’être qu’une étape dans une vie professionnelle – doit encore progresser en France, par l’accompagnement des chefs d’entreprise et une communication soutenue autour du rebond, « toujours possible ».
> Plus d’infos sur : www.observatoire-amarok.net/
1 et 2 – Voir sur www.heraultjuridique.com les articles référents : « Accompagnement psychologique : le tribunal de commerce de Béziers crée Apesa Amarok Ouest Hérault (AAAOH) » et « Dirigeants victimes d’un braquage : lancement de la cellule psychologique Amarok à Nîmes et Montpellier ».
3 – A l’exception de Dimitri Pivot, président de l’association Second Souffle, retenu par d’autres obligations.

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