Samuel Hervé : les aspirations du Medef Montpellier-Sète-Centre Hérault

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© HJE 2017 D. Croci

Élu en janvier dernier à la présidence du Medef Montpellier, Samuel Hervé se dit en phase avec les TPE et PME du tissu local et expose ses aspirations pour renforcer les synergies entre les acteurs économiques du territoire.

Cofondateur d’une entreprise de restauration collective (Akté Services, 40 salariés), passé par l’« école » du CJD, Samuel Hervé, 45 ans, également vice-président de la CCI Hérault en charge de l’entrepreneuriat et de l’action économique, préside depuis janvier 2017 le Medef Montpellier – Sète – Centre Hérault, qui compte 800 adhérents directs et de « branche » revendiqués.

Samuel Hervé, l’interview

 

La question d’un Medef Hérault regroupant ceux de Montpellier et Béziers est-elle d’actualité ?

Samuel Hervé : « Je connais bien Fabien Portes, le président du Medef biterrois, qui partage avec moi la même volonté d’être au service des entreprises héraultaises. Entre nous, il n’y a aucun problème d’hégémonie ou d’ego. L’évolution territoriale et administrative va dans le sens d’un agrandissement des périmètres des institutions, à l’exemple de la région Occitanie, des métropoles ou d’intercommunalités toujours plus grandes… La CCI est devenue héraultaise en fusionnant les trois entités de Montpellier, Béziers et Sète pour n’en former plus qu’une. Sur le plan du Medef national, nous sommes l’un des deux ou trois derniers départements à fonctionner ainsi. Il me semble que vis-à-vis des services de l’Etat, une seule entité héraultaise aurait plus de crédibilité pour nos entreprises. Lorsque la Direccte Occitanie ou Pôle Emploi grande région organisent des actions dans notre département, à qui doivent-ils s’adresser ? Montpellier ? Béziers ? Je pense que le moment est peut-être venu de se conformer à ce qui se fait partout en France, et pas seulement dans le monde patronal. Je suis bien sûr favorable et prêt au dialogue sur ce sujet structurant pour notre syndicalisme local. »

 

Le Medef Montpellier est le reflet d’une économie locale essentiellement portée par des TPE et PME. Quel est le lien avec les grandes aspirations nationales et internationales du Medef de Pierre Gattaz ?

 

« Au Medef s’associent le poids des territoires et le poids des branches représentant les grandes fédérations patronales comme l’UIMM ou le secteur de la chimie. Ces dernières ont une dimension importante et représentent un nombre d’adhérents et d’entreprises tout aussi important. Mais la représentation du Medef a aussi besoin de se diffuser dans tous les territoires, qui connaissent une problématique plus locale. Lors de son élection à la présidence du Medef national, Pierre Gattaz a intégré cette dimension territoriale. Un élu vice-président a d’ailleurs été nommé Monsieur Territoires. Il est en charge de l’animation et de la dynamique des délégations locales. C’est un bon signe envoyé par le national. On remarque par exemple qu’à la faveur des dernières négociations sur l’assurance chômage, les accords l’ont été à coût constant – pas de surtaxation des contrats courts – ce qui concerne directement nos TPE et PME, notamment pour le coût induit en charge administrative que cette surtaxation aurait pu entraîner. Ces accords récents font plutôt montre d’équilibre entre les enjeux des grandes branches et des territoires que nous représentons. Le Medef national a récemment lancé la plateforme PIMSA, une offre de services aux entreprises améliorant l’écoute et les réponses apportées à leurs besoins, notamment dans les territoires, grâce à des experts nationaux référents qui peuvent être sollicités en ligne ; le Medef local assurant l’interface entre l’entreprise et le référent. »

 

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© HJE 2017 – D. Croci

Comment appréhendez-vous votre rôle de président d’un syndicat patronal à l’échelon local ?

« Mon rôle est d’alerter au maximum les pouvoirs publics et les élus locaux de la complexité administrative exponentielle qui pèse sur l’entreprise. Notamment sur le poids de la traçabilité que demande toute traduction d’une loi dans le fonctionnement de l’entreprise. Si l’on considère que les TPE et les PME créent vraiment de l’emploi en France, il va falloir que nos décideurs politiques se posent vraiment la question de la façon d’alléger leur fonctionnement administratif. La question de la simplification est un enjeu majeur. J’aimerais aussi porter le message que faire du business n’est pas sale. Faire du business, c’est développer son entreprise, c’est créer de la richesse, c’est créer de l’emploi. Il ne faut pas en avoir honte, comme je l’entends trop souvent. »

 

Quelles sont vos priorités pour le Medef Montpellier ?

« J’ai présenté en bureau plusieurs priorités. Il faut mener des actions qui permettent à des chefs d’entreprise du tissu local de percevoir le Medef avec un regard positif et bienveillant. C’est par exemple aborder un certain nombre de problématiques qui sont celles du quotidien d’un chef d’entreprise. A l’instar de la réunion organisée début mars sur les candidatures prud’homales, à laquelle ont participé près de 50 dirigeants souhaitant représenter le Medef Montpellier au sein du futur conseil de prud’hommes. Une présence qui se fera pour la première fois non plus par élection, mais par désignation. »

 

Justement, quel sera l’impact de la réforme de la représentativité syndicale ?

« Elle a fait l’objet de négociations entre le Medef, la CPME et l’U2P (ex-UPA et UNAPL) pour définir les critères de cette représentation syndicale patronale, fixée selon un panachage du nombre d’adhérents et du nombre de salariés. Cela va déterminer le poids de chacun des syndicats patronaux. Elle va permettre de désigner les représentants des syndicats dans les instances et organismes paritaires. Prochainement, les conseils de prud’hommes ; potentiellement les tribunaux de commerce, les conseils d’administration d’organismes sociaux et paritaires comme l’Urssaf, la Carsat, la CPAM, la CAF… ce qui est très important pour nos entreprises. Plus on pèsera dans nos territoires, plus le syndicat pourra faire entendre sa voix et susciter l’adhésion des chefs d’entreprise. »

 

Comment comptez-vous susciter cette adhésion ?

« En communiquant davantage, notamment via les réseaux sociaux. Une stratégie de communication sera mise en place avec le nouveau secrétaire général, qui est en cours de recrutement. Il faut aussi relayer l’information de veille juridique venue du national, qui impacte la vie de l’entreprise – comme la négociation sur l’assurance chômage – tout en menant des opérations locales au plus près des adhérents. Je pense à la Nuit des Entrepreneurs, véritable succès. Ou aux petits déjeuners thématiques, dont les derniers ont porté sur la loi de Finances et sur la révision en cours de la valeur locative des locaux professionnels (RVLLP), qui risque d’avoir un impact majeur à la fois sur nos entreprises et pour nos élus politiques. Nous attirons d’ailleurs leur attention sur cette véritable bombe à retardement, qui pourrait se situer au-delà même de ce que l’on a connu pour la cotisation foncière des entreprises (CFE). »

 

Que craignez-vous de la révision en cours de la valeur locative des locaux professionnels ?

« Les anciens barèmes dataient de 1970, et les premiers chiffres liés à cette révision sortent maintenant. L’inconnue pour les chefs d’entreprise est le rattachement cartographique de leurs locaux à de nouvelles zones de tarification et de nouveaux barèmes qui pourraient modifier sensiblement leur taxation. On parle dans certains cas d’un rapport de 1 à 3,5 pour la taxe foncière. Le risque est aussi que les propriétaires bailleurs répercutent cette augmentation sur leurs locataires, donc sur les loyers perçus, ce qui pourrait mettre en danger la viabilité de certaines activités. Il existe toutefois des possibilités de voie de recours auprès des services fiscaux permettant d’étudier voire de négocier le coefficient de taxation. Nous devons le faire savoir à nos adhérents chefs d’entreprise et commerçants. »

 

Le prélèvement à la source est également perçu comme un élément supplémentaire de la complexité administrative imposée aux entreprises…

« Alors que l’on sort à peine de la DSN – Déclaration Sociale Nominative – c’est une nouvelle complexité de gestion qui touche nos entreprises ; celles qui font leur paie en interne et celles qui délèguent à leur expert-comptable. Pour le prélèvement à la source, nous en sommes à une troisième version qui se met péniblement en place, parce que nos entreprises ne sont pas préparées à répondre à la demande des services fiscaux. Il faut comprendre aussi que ce sont les entreprises qui vont collecter une part des impôts, avec cette question juridique : quelle sera leur part de responsabilité si des bugs se font jour ? Il y a aussi la question de la compatibilité des logiciels. Les éditeurs ne semblent pas prêts pour une mise en service en septembre. Pour autant, les services fiscaux recherchent des entreprises pilotes afin de tester la mise en place du système. Je considère, en tant que responsable local du Medef, que l’on peut ne pas être d’accord avec ce système ; mais lorsque la mesure est sur les rails, il faut être moteur. Je l’ai dit en bureau et je l’appliquerai à mon entreprise : je vais solliciter les services fiscaux pour être entreprise pilote dans l’Hérault. Au moins pour être en première ligne et pouvoir informer au mieux les adhérents de notre syndicat. »

 

L’image du Medef Montpellier reste plutôt celle d’un regroupement d’entreprises locales aux activités classiques, dans un monde économique en mutation…

« Pas seulement, mais le Medef Montpellier se doit en effet d’attirer des entrepreneurs qui ne viennent pas naturellement vers lui. Je pense notamment à cette jeune génération d’entrepreneurs que sont les startuppers, les jeunes entreprises innovantes, celles de l’économie collaborative et circulaire… tous ces modèles de la nouvelle économie productive qui sont un peu en rupture avec l’économie traditionnelle que le Medef incarne d’ailleurs très bien. Mon ambition est de convaincre ces entrepreneurs de la nouvelle économie qu’ils ont leur place au Medef et qu’ils peuvent contribuer à apporter une vision nouvelle sur l’entreprise de demain. A l’inverse, ils ont également besoin de tester et de sécuriser leur modèle économique, notamment au contact de nos entreprises traditionnelles, qui pourront à leur tour trouver, par une réflexion partagée, des leviers de différenciation. Cela pourrait par exemple prendre la forme de speed meetings pour créer du lien, des passerelles, afin que ces acteurs se connaissent et échangent. »

 

L’innovation serait donc au coeur de ces rencontres BtoB entre startuppers et chefs d’entreprise confirmés ?

« Il n’y a pas aujourd’hui une seule entreprise de l’économie traditionnelle qui ne puisse trouver, au contact de ces entrepreneurs, des évolutions possibles en matière d’innovation. On n’a pas inventé l’ampoule en cherchant à améliorer la bougie. Et pourtant, l’ampoule existe ; elle a été innovante, différente, et les bougies n’ont pas disparu. Leur marché se porte plutôt bien, en ayant opté pour le segment du bien-être, de la décoration et des loisirs. Elles se sont différenciées en devenant parfumées, colorées, naturelles ou des objets design. Nous avons juste changé l’usage des bougies traditionnelles tout en développant un nouveau modèle économique à partir de l’ampoule – la Led aujourd’hui. L’une n’a pas tué l’autre. C’est collectivement que l’on a pu décider d’accompagner à la fois la bougie et l’ampoule, surtout sans les opposer. L’économie traditionnelle doit se réinventer dans les usages qu’elle offre. L’échange de points d’expérience entre acteurs traditionnels et acteurs innovants est dans ce sens porteur d’énergie et salutaire pour nos entreprises. »

Propos recueillis par Daniel CROCI

Interview à consulter dans son intégralité dans notre édition du jeudi 13 avril 2017, n°3146 ou votre espace Abonné dès le 13 avril 15h00.

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